En Tunisie, l’investissement éducatif ne se transforme pas systématiquement en valeur économique. Derrière les indicateurs flatteurs de massification de l’enseignement supérieur se cache une réalité plus rugueuse : près d’un diplômé sur cinq occupe un emploi en deçà de ses qualifications.

Selon les données issues de l’Enquête nationale sur la population et l’emploi, ce taux atteignait déjà 19,8% en 2013. Une décennie plus tard, loin de s’estomper, le phénomène s’inscrit dans une dynamique préoccupante, dans un contexte où le chômage des diplômés reste structurellement élevé, oscillant autour de 28% à 30% ces dernières années, selon les estimations de l’Institut national de la statistique.

Cette surqualification n’est pas une simple anomalie statistique. Elle traduit une inefficience profonde dans l’allocation des compétences, et révèle une fracture entre les promesses du système éducatif et la réalité du tissu productif.

Une insertion dégradée

L’analyse sectorielle met en lumière des déséquilibres marqués. Dans des secteurs à faible intensité en compétences, la surqualification atteint des niveaux extrêmes. L’agriculture concentre plus de 80% de diplômés occupant des postes en dessous de leur niveau d’études. Le bâtiment et les travaux publics dépassent les 57%, tandis que le commerce frôle les 50%.