Développer une industrie automobile qui dépasse l’assemblage simple suppose de bâtir un tissu de sous-traitants locaux. L’Algérie tente d’accélérer ce chantier, entre nouveaux projets industriels et refonte de ses règles d’intégration locale.
Le Premier ministre Sifi Ghrieb a posé la semaine dernière la première pierre de General Plastic Injection (GPI), une usine en construction de composants et d’accessoires en plastique destinés à l’industrie automobile. La mise en service de l’unité doit contribuer à faire progresser le taux d’intégration locale vers les 40 % exigés des constructeurs opérant en Algérie au terme de cinq années d’activité, conformément au cadre réglementaire en vigueur.
Nouvelle méthodologie
Le taux d’intégration locale mesure la part de valeur produite sur le sol algérien dans un véhicule assemblé dans le pays. Il prend en compte les achats locaux, les salaires versés, les exportations de composants et les emplois indirects générés par la sous-traitance. Un décret de novembre 2017 avait fixé un premier cadre, avec un seuil minimal de 15 % à la troisième année d’activité et de 40% à 60 % à la cinquième. Ces objectifs n’ont pas été pleinement atteints, et le ministre de l’Industrie Yahia Bachir qualifiait lui-même encore récemment le taux actuel de « faible ».
Dans les efforts du gouvernement visant à corriger le tir, le Premier ministre a lancé en février dernier un groupe de travail multisectoriel chargé d’élaborer un nouveau référentiel national de calcul. Avant d’être choisi en août 2025 pour remplacer l’ancien chef du gouvernement Nadir Larbaoui, Sifi Ghrieb dirigeait le ministère de l’Industrie, où ses services travaillaient déjà sur l’élaboration d’une nouvelle méthodologie. Cette refonte devrait acter l’abandon de l’ancienne méthode de calcul financier, jugée inefficace en raison de la dépréciation du dinar, au profit d’un calcul fondé sur le pourcentage réel de pièces fabriquées localement.
Les constructeurs face à leurs engagements
Ces dernières années, plusieurs opérateurs ont obtenu leur agrément et souscrit des engagements formels auprès de l’État en matière d’intégration locale. Mais l’italien Fiat, via Stellantis El Djazair, demeure à ce stade le seul constructeur à avoir concrétisé une unité de production opérationnelle. Son site de Tafraoui, dans la wilaya d’Oran, a produit plus de 60 000 véhicules depuis son lancement fin 2023. Les objectifs pour 2026 portent sur 90 000 unités et un taux d’intégration au-dessus de 30 % pour le nouveau modèle Grande Panda, dont la production en mode CKD (kits démontés importés) doit commencer.
JAC Motors, Tirsam, Ben Piu, SYM et VMS pour les deux-roues ont également reçu des agréments, avec un engagement commun de 30 % d’intégration au terme de la cinquième année. Le projet de plus grande envergure encore en attente de concrétisation est celui de Hyundai, porté par le groupe omanais Saud Bahwan. L’investissement est évalué à 400 millions de dollars (341 millions d’euros) pour une usine dont l’agrément initial a été accordé en mai 2025.
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Pour ces acteurs néanmoins, l’absence d’un véritable marché de la sous-traitance, capable de fournir les usines en pièces fabriquées en Algérie, reste un défi récurrent. Cela a entraîné le non-respect des objectifs d’intégration locale par plusieurs constructeurs, qui ont vu leurs usines fermées. Les exemples du français Renault et de l’allemand Volkswagen sont les plus connus.
Un atout pour Alger
En attendant le nouveau document de référence sur l’intégration locale dans l’industrie automobile, GPI se positionne comme l’un des atouts dans la manche d’Alger. L’usine exploitera les actifs de Plastic Algeria Components (PAC), une société confisquée à un homme d’affaires condamné pour corruption et transférée en janvier 2026 à la holding publique Algeria Chemical Specialities (ACS). Implantée dans la wilaya de Tissemsilt sur 107 000 m², l’unité doit démarrer sa production en septembre prochain et produire des pièces de carrosserie, des éléments d’habitacle et des accessoires techniques.
Il ne s’agit pas de la première unité destinée à servir de sous-traitant aux constructeurs automobiles installés en Algérie. En mars 2025, la société publique Anabib a en effet signé un accord avec l’équipementier automobile chinois Auto Lumiar pour une coentreprise destinée notamment à produire des phares et des pare-chocs. Reste à voir si la multiplication des projets visant à développer cet écosystème manquant de sous-traitants suffira à éviter de nouvelles fermetures pour non-respect du cahier des charges.