Des experts sur le site du crash du Boeing 737 MAX d’Ethiopian Airlines, près de Bishoftu en Éthiopie, le 15 mars 2019.Des experts sur le site du crash du Boeing 737 MAX d’Ethiopian Airlines, près de Bishoftu en Éthiopie, le 15 mars 2019.AFP

«Boeing a été négligent», a lancé mercredi l’avocat de la famille de Samya Stumo, une Américaine de 24 ans décédée dans le crash d’un 737 MAX 8 d’Ethiopian Airlines en 2019, devant un tribunal fédéral civil de Chicago.

Cet accident, qui a fait 157 morts au total, a entraîné des dizaines de plaintes au civil de la part de proches des victimes. La quasi-totalité ont été réglées par des accords à l’amiable.

Mais, dans le cas de Samya Stumo, ses parents et ses deux frères ne sont pas parvenus à s’entendre avec Boeing en amont du procès, qui s’est ouvert lundi avec une sélection du jury – cinq femmes et trois hommes – qui a duré deux jours.

Boeing «négligent»

Les débats ont donc vraiment commencé mercredi matin avec les propos liminaires de Shanin Specter, avocat de la famille, et de Dan Webb, avocat de Boeing. «Boeing a été négligent. L’avion de Boeing n’était pas sûr. Boeing a causé ce crash et ces décès», a déclaré Shanin Specter.

«Ce crash était évitable», a-t-il déploré, tandis que Michael Stumo et Nadia Milleron, les parents de Samya, ainsi que ses frères, Adnaan et Tor, se trouvaient au premier rang du public. «C’est comme si, depuis qu’elle n’est plus là, nous n’avions plus la permission d’être heureux. C’est frivole», a témoigné Michael Stumo, le père de Samya, dans l’après-midi.

D’un ton composé, tandis que son épouse sanglotait dans le public, il a parlé pendant des heures de «Sammy», sa fille «charismatique et sophistiquée». «C’est comme si mes organes étaient broyés», décrit-il en évoquant sa réaction quand il a appris, en pleine nuit, l’accident. «Comment pouvions-nous perdre deux enfants», ajoute-t-il, se souvenant de leur fils Nels, décédé en bas âge d’un cancer.

Samya Stumo, brillante jeune fille

«Votre fille est morte, mais votre esprit ne le croit pas parce que vous ne l’avez jamais vue», a-t-il ajouté, racontant que, depuis ce décès, sa femme n’écoute plus de musique, la famille ne fait plus de soirée karaoké, et son fils Tor autrefois «le plus joyeux des trois», s’est isolé. Michael Stumo doit poursuivre son témoignage jeudi. Son épouse et les deux frères devraient suivre.

Shanin Specter avait longuement évoqué dans la matinée la vie d’une jeune femme «extraordinairement douée et accomplie», qui a appris à lire seule à trois ans, est sortie diplômée du lycée à 16 ans et a étudié à l’université du Massachusetts, avant d’obtenir une bourse complète à l’université de Copenhague.

C’est en effectuant sa première mission pour «son emploi de rêve», avec l’ONG ThinkWell spécialisée dans la santé publique, qu’elle a embarqué le 10 mars 2019 dans le vol ET302, qui s’est écrasé peu après le décollage d’Addis Abeba.

Regrets de Boeing

Le constructeur américain a admis dès 2019 qu’un logiciel anti-décrochage avait contribué à cet accident, ainsi qu’à celui d’un 737 MAX 8 de la compagnie indonésienne Lion Air le 29 octobre 2018. Ces accidents ont fait 346 morts au total.

L’avocat de l’avionneur a exprimé ses regrets et affirmé être «d’accord avec Shanin Specter» sur le fait que la famille Stumo devrait recevoir «une compensation financière importante pour la douleur infligée». «Notre seul désaccord (porte) sur le montant exact de cette compensation», a-t-il relevé. Ces propos liminaires étaient très proches de ceux qu’il avait prononcés en novembre 2025, lors du premier procès civil contre Boeing lié aux deux accidents.

Le jury avait octroyé 28,45 millions de dollars d’indemnisation au veuf d’une victime. Un second procès, en janvier, a été interrompu après un accord hors tribunal au soir du second jour. Le procès Stumo devrait durer jusqu’au 15 mai, sauf accord hors tribunal entre Boeing et la famille de Samya Stumo.

(afp/sdn)