La décision est tombée comme un coup de tonnerre dans le milieu des ONG. L’organisation internationale Avocats sans frontières (ASF) a annoncé avoir été notifiée de la suspension de ses activités en Tunisie. Une mesure qu’elle rejette catégoriquement et qu’elle compte contester par toutes les voies légales disponibles.

Dans un communiqué diffusé mardi, l’organisation dit avoir reçu notification officielle de cette décision émanant des autorités compétentes. ASF parle d’une mesure « injustifiée », qu’elle qualifie d’atteinte directe à la liberté d’action de la société civile et aux principes qui encadrent le travail associatif indépendant.

Le ton est ferme, sans ambiguïté. Pour l’ONG, il ne s’agit pas d’un simple différend administratif, mais d’un signal préoccupant adressé à l’ensemble des acteurs du champ associatif. ASF estime que cette suspension cible, au-delà de sa propre structure, les espaces indépendants qui interviennent dans les domaines sensibles de l’accès à la justice, des droits humains et de l’État de droit.

Fondée en 1992 en Belgique, présente en Tunisie depuis 2012, l’organisation rappelle son rôle dans l’accompagnement juridique et le soutien aux mécanismes de défense des droits fondamentaux. Elle affirme qu’elle ne renoncera pas et qu’elle engagera toutes les procédures nécessaires pour contester la décision devant les instances compétentes.

Dans son argumentaire, ASF dénonce également l’absence, selon elle, d’un cadre suffisamment transparent ou d’un processus de concertation ayant précédé cette mesure. Elle y voit une logique de restriction progressive de l’espace civique et une fragilisation du rôle des organisations indépendantes dans la société.

Pour l’heure, les autorités tunisiennes n’ont pas livré de communication détaillée publiquement contradictoire permettant de préciser les motivations exactes de cette suspension dans les mêmes termes que ceux avancés par l’organisation concernée.

Ce nouvel épisode intervient dans un climat déjà marqué par des tensions récurrentes entre certaines structures associatives et les pouvoirs publics. Depuis plusieurs mois, des organisations locales et internationales font état d’un environnement plus contraignant, évoquant notamment des procédures administratives renforcées, des contrôles financiers plus stricts et des mesures affectant le fonctionnement de certaines ONG.

Dans ce contexte, plusieurs voix issues des milieux des droits humains alertent sur un recul progressif de l’espace civique. Des organisations internationales ont déjà exprimé leurs inquiétudes face à ce qu’elles décrivent comme une multiplication de mesures susceptibles d’affecter la liberté d’association et l’indépendance du travail associatif.

Au-delà du cas d’ASF, c’est donc une question plus large qui se pose : celle de la place accordée aux organisations indépendantes dans l’équilibre institutionnel et démocratique du pays. Entre encadrement légal et liberté d’action, la ligne de tension semble de plus en plus perceptible.

L’affaire, désormais ouverte, devrait suivre son cours devant les instances juridiques si les recours annoncés sont effectivement engagés. En attendant, elle vient ajouter une nouvelle couche de crispation à un dossier déjà sensible : celui des relations entre l’État et la société civile en Tunisie.

Mourad Benyahia