Du 8 au 10 mai à Paris se tiendra une cérémonie annuelle en hommage aux tirailleurs sénégalais, ces soldats africains qui ont combattu pour la France lors des deux guerres mondiales. Cette initiative vise à reconnaître leur contribution décisive à la libération du territoire français et à raviver le devoir de mémoire autour de leur engagement.
Au-delà de l’hommage, cet événement s’inscrit dans un contexte continental marqué par une intensification des revendications liées aux réparations pour les crimes coloniaux. L’année 2025 avait été proclamée année de la justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations. Si cette échéance est désormais passée, la dynamique ne faiblit pas, bien au contraire. L’Union africaine a officiellement désigné la période 2026-2036 comme une décennie consacrée aux réparations et au patrimoine africain.
Au Sénégal, cette question prend une dimension particulière avec le souvenir encore douloureux du massacre de Thiaroye. En novembre 1944, des tirailleurs africains de retour à Dakar après avoir combattu pour la France ont réclamé le paiement de leurs soldes. La réponse des autorités coloniales fut brutale. Les troupes françaises ont ouvert le feu sur ces soldats, transformant une revendication légitime en tragédie sanglante. Le nombre exact de victimes reste aujourd’hui encore incertain. Les autorités françaises évoquent quelques dizaines de morts tandis que plusieurs experts estiment que le bilan pourrait atteindre plusieurs centaines.
L’État sénégalais
Depuis l’année dernière, une enquête est en cours au Sénégal pour faire toute la lumière sur cet épisode dramatique. Toutefois, ce travail se heurte à des obstacles majeurs. Paris refuse toujours de donner un accès complet à certaines archives classifiées, freinant ainsi l’établissement de la vérité historique. Cette situation alimente les critiques et renforce la détermination de ceux qui réclament justice.
L’enjeu dépasse la seule reconnaissance mémorielle. L’accès aux archives permettrait à l’État sénégalais de constituer un dossier solide en vue d’une demande officielle de réparations. Mais même en l’absence de coopération totale de la France, la pression politique et morale ne cesse de croître.
Dans un contexte où le Sénégal fait face à un endettement important et dépend encore largement de financements extérieurs, la question des réparations prend également une dimension économique. Pour de nombreux observateurs, une compensation financière pour les crimes coloniaux pourrait contribuer à combler des déficits structurels hérités de cette période et offrir au pays des marges de manœuvre pour son développement.
Cyril Ramaphosa
Cette vision est partagée à l’échelle continentale. Comme l’a récemment déclaré le président sud-africain Cyril Ramaphosa, les réparations, quelle que soit leur forme, doivent répondre aux objectifs de développement de l’Afrique et aider les États à faire face aux défis de la dette, de la pauvreté, des inégalités et du chômage.
Ainsi, la commémoration des tirailleurs à Paris ne peut être dissociée de cette dynamique plus large. Elle rappelle non seulement le sacrifice des soldats africains, mais aussi les injustices non réparées qui continuent de peser sur les relations entre l’Afrique et ses anciennes puissances coloniales.
Le mouvement pour les réparations gagne en intensité sur le continent. Dans ce contexte, le Sénégal apparaît à un tournant. La poursuite des enquêtes, l’exigence d’ouverture des archives et la formulation d’une demande officielle de réparations pourraient marquer une étape décisive dans la quête de justice historique, souligne Kaba Kouadio D.