Courtisée pour ses ressources minières, l’Afrique du Sud attire aussi les grandes puissances industrielles pour un autre enjeu stratégique, la transition énergétique. Dans la lignée de plusieurs pays occidentaux, c’est au tour du Japon de s’intéresser aux chaînes de valeur de l’énergie et aux technologies bas carbone de la nation arc-en-ciel.
Le Japon veut accélérer ses discussions avec l’Afrique du Sud autour d’un prêt énergétique en yens, tout en promouvant une technologie utilisant de l’ammoniac pour réduire les émissions des centrales à charbon sud-africaines. L’annonce intervient dans un contexte où Tokyo multiplie depuis plusieurs années ses investissements dans les métaux critiques sur le continent africain.
Ammoniac et hydrogène
Selon Bloomberg, le prêt envisagé par Tokyo doit aider Pretoria à poursuivre ses objectifs de transition énergétique. Si l’idée du prêt avait été évoquée dès août 2025 lors d’une rencontre entre le président sud-africain Cyril Ramaphosa et les autorités japonaises, aucun montant n’a été communiqué à ce stade.
Le Japon met en avant une technologie dite de co-combustion à l’ammoniac ». Le principe consiste à remplacer une partie du charbon utilisé dans les centrales électriques par de l’ammoniac, un dérivé de l’hydrogène, afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre sans fermer immédiatement les infrastructures existantes.
Cette approche intéresse particulièrement l’Afrique du Sud, dont environ trois quarts de la production d’électricité proviennent encore du charbon. Le pays cherche à réduire progressivement cette dépendance tout en limitant les risques de pénuries d’électricité qui affectent régulièrement son économie.
Le développement de cette technologie repose aussi sur les ambitions sud-africaines dans l’hydrogène vert. Grâce à son fort potentiel solaire et éolien, le pays espère produire de l’hydrogène à partir d’énergies renouvelables, via l’électrolyse de l’eau. Cet hydrogène peut ensuite être transformé en ammoniac, plus simple à transporter et à stocker.
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La technologie défendue par Tokyo suscite toutefois des critiques. Plusieurs analyses concordantes estiment qu’elle pourrait prolonger la durée de vie des centrales à charbon en retardant leur
fermeture complète. D’autres soulignent que l’efficacité climatique du procédé dépend largement de la manière dont l’ammoniac et l’hydrogène sont produits.
Une présence déjà renforcée dans les métaux critiques
Avant cette initiative, Tokyo a accru au cours des derniers mois sa présence dans plusieurs projets miniers stratégiques en Afrique du Sud.
En mars 2026, le groupe japonais Itochu et l’organisme public JOGMEC ont par exemple annoncé de nouveaux investissements dans le projet Platreef, développé par la société canadienne Ivanhoe Mines dans la province sud-africaine du Limpopo. Le projet produit du platine, du palladium, du nickel et du cuivre, des métaux devenus essentiels pour les batteries, les réseaux électriques, l’électronique ou encore certaines technologies liées à la transition énergétique.
L’exploitation commerciale du site a commencé en novembre 2025, mais une deuxième phase d’extension doit fortement augmenter les volumes produits. L’objectif affiché est de porter la production annuelle à environ 450 000 onces de métaux du groupe du platine, contre environ 100 000 actuellement, avec une hausse parallèle des volumes de nickel et de cuivre.
Pour le Japon, qui dépend largement des importations de matières premières, ces investissements répondent à un enjeu industriel majeur. Tokyo cherche depuis plusieurs années à diversifier ses sources d’approvisionnement afin de réduire sa dépendance à la Chine dans certains minerais critiques.
Du côté de l’Afrique du Sud, cette multiplication des partenariats internationaux – le Japon va rejoindre plusieurs partenaires occidentaux – arrive à un moment clé de sa politique énergétique. Le pays a dévoilé l’année passée une nouvelle feuille de route destinée à mieux aligner ses investissements avec ses objectifs climatiques et ses besoins de sécurité énergétique. Les plans actuels prévoient des dépenses de 2 230 milliards de rands, soit environ 116 milliards d’euros, afin d’augmenter les capacités de production électrique, avec une priorité accordée au solaire, à l’éolien, mais aussi au nucléaire et au gaz.