Les
éléphants, d’Afrique ou d’ailleurs, sont constamment menacés
par l’humain. Ceux-ci sont par exemple victimes du commerce de
l’ivoire et de la perte d’habitat. Une nouvelle étude publiée dans
la revue Nature se penche sur la lente
disparition de ces mastodontes. Celle-ci laisse entendre que la
réduction du nombre d’éléphants en Afrique provoquerait ce qui
s’apparente à un cercle vicieux. En effet, les petits groupes
d’éléphants isolés montreraient des signes préoccupants de
consanguinité. Cette pratique entraînerait des problèmes génétiques
inquiétants.
Dans le cadre de cette étude de grande ampleur, les chercheurs
ont étudié les données génomiques de pas moins de 181 éléphants de
savane. À cela viennent s’ajouter 51 éléphants de forêt. L’ensemble
est réparti sur 29 sites différents, dans 17 pays à travers le
monde.
Les chercheurs se sont ensuite focalisés sur les petits groupes
d’éléphants. Ces derniers auraient tendance à vivre à l’écart de
leurs congénères, notamment en raison de l’expansion agricole et
des projets d’infrastructures. Plus généralement, l’augmentation de
la population humaine dans la zone accentuerait ce phénomène.
Un véritable cercle vicieux pour les éléphants
d’Afrique
Les chercheurs ont pu par exemple observer un petit groupe
d’éléphants, comptant une centaine d’individus. Ces derniers,
vivant en Érythrée, se tiennent à l’écart de leurs semblables. En
effet, le groupe serait situé à près de 400 km de toute autre
population. L’étude porte également sur le sanctuaire de Babile, en
Éthiopie, qui compte environ 300 éléphants d’Afrique.
Mais cet isolement aurait de graves conséquences sur les
éléphants concernés. En restant à l’écart de leurs congénères, les
plus grands animaux terrestres du monde auraient tendance à se
reproduire entre eux. Cette consanguinité entraînerait des
problèmes génétiques, en réduisant parfois la résistance aux
maladies. En d’autres termes, la réduction du nombre d’éléphants en
Afrique accélérerait toujours plus leur déclin.
La consanguinité des éléphants
d’Afrique au cœur du problème
« Nous observons les effets de l’isolement à travers une
augmentation de la consanguinité, c’est-à-dire des accouplements
entre individus apparentés, ce qui entraîne également une perte de
diversité génétique et peut compromettre la santé d’une population
», explique Patrícia Pečnerová, généticienne de l’évolution à
l’Université de Copenhague et auteure principale de l’étude. «
Lorsqu’une population est isolée, il devient plus fréquent de
s’accoupler avec un proche, car les options sont limitées, même si
les éléphants évitent généralement cela ».
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Heureusement, cette nouvelle étude s’accompagne aussi de bonnes
nouvelles. Les chercheurs auraient également constaté que, malgré
tout, la plupart des éléphants d’Afrique sont en bonne santé
génétique. Et ce, malgré leur déclin. En effet, une autre étude, remontant à 2024,
montre une forte baisse de population. Celle-ci constate une
diminution d’environ 70 % des éléphants de savane et de 90 % des
éléphants de forêt entre 1964 et 2016.
Par ailleurs, les chercheurs ont également pu constater une
meilleure diversité génétique chez les éléphants de forêt par
rapport à ceux de savane. « Depuis un million d’années ou plus,
le schéma observé chez les éléphants de forêt indique un plus grand
nombre d’individus reproducteurs, ce qui est cohérent avec leur
diversité génétique plus élevée », précise Alfred Roca,
généticien et co-auteur de l’étude. « Cela correspond également
à la forte compétition entre mâles observée chez les éléphants de
savane, qui limite le nombre de mâles reproducteurs et réduit ainsi
leur diversité génétique ».