L’Éthiopie franchit une nouvelle étape dans la libéralisation de son économie, en amorçant l’ouverture du secteur des assurances. L’ambition est d’attirer des capitaux, de stimuler la concurrence, et de moderniser le système financier.

L’Éthiopie prépare l’entrée d’assureurs étrangers sur son marché, à travers un projet de loi soumis à consultation publique le mercredi 29 avril 2026. Le texte, au cœur de la stratégie de réformes du gouvernement d’Abiy Ahmed, prévoit une transformation en profondeur du secteur, avec l’introduction d’un régulateur indépendant et l’ouverture encadrée aux investissements internationaux.

Le projet organise concrètement cette ouverture en permettant aux acteurs étrangers de créer des filiales, d’acquérir des participations dans des compagnies d’assurance locales ou d’ouvrir des bureaux de représentation. Des garde-fous sont toutefois prévus : les investisseurs stratégiques étrangers seront limités à 40% du capital d’un assureur local, tandis que la participation étrangère totale ne pourra dépasser 49%. Les investissements devront être réalisés en devises, avec des règles précises pour le rapatriement des dividendes.

Un marché sous-développé en quête de transformation

Cette réforme se profile sur un marché largement sous-développé. Le pays compte environ 19 assureurs et un seul réassureur pour une population de plus de 120 millions d’habitants. Le taux de pénétration de l’assurance reste limité à 0,3% du PIB, loin de la moyenne africaine de 3,6% et du niveau mondial de 6,5%. Malgré une croissance annuelle des primes estimée à entre 40% et 50% ces dernières années, l’absence de concurrence internationale a freiné l’innovation, limité la diversité des produits et restreint les capacités de couverture des risques majeurs, notamment dans l’agriculture, les infrastructures et le climat.

L’ouverture vise précisément à corriger ces faiblesses. L’arrivée de capitaux et d’expertise étrangers doit renforcer la compétitivité du secteur, introduire des outils avancés de gestion des risques et élargir l’accès à l’assurance pour une population encore largement exclue du système financier formel. Le texte prévoit également la création de l’Ethiopian Insurance Regulatory Authority (EIRA), une autorité autonome qui sera chargée de la délivrance des licences, de la supervision prudentielle, de la protection des assurés et de la gestion des défaillances.

Le projet introduit par ailleurs plusieurs innovations structurantes. Un mécanisme permettra de tester de nouveaux produits dans un cadre dédié. Un cadre réglementaire pour les assurances islamiques (Takaful et Re-Takaful) est prévu, et une licence d’« assureur inclusif » vise quant à elle spécifiquement les populations rurales et l’économie informelle. Le texte renforce aussi les exigences de gouvernance, avec des administrateurs indépendants et des règles de capital fondées sur les risques.

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Une réforme inscrite dans un plan de libéralisation plus large

Cette ouverture s’inscrit dans une dynamique plus large de libéralisation de l’économie éthiopienne. Après les télécommunications et le secteur bancaire ouverts aux investisseurs étrangers avec des plafonds similaires, les assurances constituent un nouveau levier pour attirer des investissements et soutenir une croissance tirée par le secteur privé.

Les perspectives sont intéressantes. Une concurrence accrue pourrait accélérer le développement de produits comme la micro-assurance ou l’assurance agricole paramétrique, contribuant à réduire le déficit de couverture du pays. Le recours à la réassurance internationale devrait également améliorer la capacité à absorber les chocs économiques et climatiques.

Des défis subsistent néanmoins. Selon la presse locale, les assureurs locaux redoutent la concurrence d’acteurs internationaux mieux capitalisés. La réussite de la réforme dépendra de la capacité de la nouvelle autorité de régulation à encadrer efficacement le marché. Le projet doit encore être approuvé par le Conseil des ministres et le Parlement. S’il est adopté, il remplacera les cadres réglementaires de 2012 et 2019, et marquera l’une des réformes les plus structurantes du pays en 2026.