L’armée soudanaise a renforcé ses positions militaires le long de la frontière éthiopienne dans l’État de Gedaref, après des frappes de drones ayant visé l’aéroport international de Khartoum le 4 mai 2026. Khartoum a rappelé son ambassadeur en Éthiopie et accusé Addis-Abeba et les Émirats arabes unis d’être à l’origine des attaques — accusations que les deux pays ont démenties.
Des unités supplémentaires et du matériel militaire ont été déployés dans les localités d’Est Gallabat, Basunda et Al-Fashaga, selon des sources militaires soudanaises citées par Sudan Tribune. Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mohieddine Salem, a averti que Khartoum était prêt à « entrer dans une confrontation ouverte » avec l’Éthiopie si les attaques se poursuivaient.
Yale documente un soutien éthiopien aux FSR
La crise diplomatique repose sur un substrat documentaire précis. Le Humanitarian Research Lab de l’université Yale a publié début avril 2026 une analyse d’images satellites couvrant cinq mois d’activité à la base militaire éthiopienne d’Asosa, dans la région du Benishangul-Gumuz. Les chercheurs y ont identifié des convois de véhicules blindés, l’expansion de l’aéroport adjacent et des mouvements logistiques cohérents avec un soutien aux Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises dans l’État du Nil Bleu. L’Éthiopie a rejeté ces conclusions. Une enquête de Reuters publiée en février avait déjà signalé la présence d’un camp d’entraînement des FSR financé par les EAU sur le territoire éthiopien.
Ces révélations ont transformé le Nil Bleu en nouveau front actif : entre janvier et mars 2026, au moins 450 personnes y ont été tuées, selon l’Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED), le trimestre le plus meurtrier pour cet État depuis le début du conflit en avril 2023.
Le Caire amplifie la pression sur Addis-Abeba
Le Caire a condamné les frappes sur Khartoum et relayé les accusations soudanaises via la Ligue arabe, dans un alignement qui dépasse la solidarité de façade. Le Caire et Khartoum partagent depuis des années une opposition frontale au Grand Barrage de la Renaissance éthiopien (GERD), inauguré en septembre 2025, dont ils estiment qu’il menace leur sécurité hydrique sur le Nil. Des analystes du think tank Horn Review estiment que les accusations contre l’Éthiopie servent aussi à requalifier le conflit interne soudanais en crise régionale, augmentant la pression diplomatique sur Addis-Abeba dans le dossier du barrage.
Alan Boswell, directeur Corne de l’Afrique à l’International Crisis Group, a résumé la dynamique en cours : les deux dirigeants — le général soudanais Abdel Fattah Al-Burhan et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed — sont « enhardis par leurs parrains extérieurs », mais ont « montré par le passé leur capacité à désamorcer la situation ».
Aucune médiation internationale n’a abouti à ce stade. Les efforts diplomatiques américains dans la région n’ont pas encore produit de résultats concrets, selon Al Jazeera. Le prochain indicateur sera la réponse formelle d’Addis-Abeba aux accusations soudanaises devant l’Union africaine, dont le siège se trouve précisément à Addis-Abeba.