Dans le cadre de l’émission L’Entretien des ÉCO, animée par El Mehdi Allabouch, Mehdi Bouamrani, CEO de Dislog Group, revient sur la montée en puissance de Dislog Medical Devices (DMD), un acteur qui ambitionne de transformer le paysage des dispositifs médicaux au Maroc et en Afrique. Entre stratégie de build-up, modèle intégré et vision panafricaine, entretien…

Pour commencer, pouvez-vous revenir sur votre parcours et ce qui vous a préparé à diriger Dislog Medical Devices ?
Mon arrivée à la tête de Dislog Medical Devices s’inscrit dans la continuité d’un parcours de près de 28 ans dans la gestion d’entreprise, le développement de marques et la structuration d’organisations. J’ai d’abord passé 18 ans chez Procter & Gamble, où j’ai évolué dans un environnement international, entre l’Europe et le Maroc. Cette expérience m’a permis d’acquérir une culture forte de la performance, de l’exécution et du développement de marques. Il y a une dizaine d’années, j’ai rejoint le groupe H&S aux côtés de son fondateur, avec lequel j’ai participé au développement du groupe depuis 2016. Aujourd’hui, mon rôle s’inscrit dans un modèle de gouvernance que nous appelons le Build and Run.

Le fondateur du groupe, Moncef Benkhayat, porte la vision stratégique, le développement et les opérations de croissance, notamment à travers les acquisitions. Pour ma part, je suis en charge du «Run», c’est-à-dire de la gestion opérationnelle des activités existantes, de leur structuration et de leur performance au quotidien. Au sein de Dislog, nous avons historiquement développé trois grandes verticales. La première concerne l’hygiène, la deuxième l’alimentaire, et la troisième, plus récente, porte sur les solutions de santé. Cette dernière activité s’est construite progressivement depuis quatre ans, notamment à travers des acquisitions dans les EPI, le pharmaceutique et la dermo-cosmétique. La création de Dislog Medical Devices, dont j’assure également la présidence, marque une nouvelle étape dans cette trajectoire.

Justement, DMD est né de la consolidation de plusieurs acteurs. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Dislog Medical Devices est un projet très récent, puisqu’il a à peine un an et demi d’existence. Mais c’est probablement l’un des build-ups les plus rapides menés par le groupe au cours des vingt dernières années. L’ambition est claire. Il s’agit de devenir un intégrateur de référence dans un marché des dispositifs médicaux qui reste encore très fragmenté, avec une forte présence d’acteurs familiaux et de structures spécialisées.

En l’espace d’un an, nous avons réalisé cinq acquisitions majeures, chacune apportant une expertise précise et complémentaire. Megaflex nous a permis de nous renforcer dans le diagnostic in vitro, avec les équipements et les réactifs de laboratoire. Eramedic nous a apporté une position forte dans l’endoscopie et les équipements destinés aux blocs opératoires. Farmalac est venue compléter le dispositif sur les matières premières et les emballages destinés à l’industrie pharmaceutique.

Afrobiomédic nous a permis d’intégrer une expertise de référence en cardiologie interventionnelle, notamment sur les stents, les valves et la rythmologie. Enfin, Scomedica a renforcé notre présence dans les instruments hospitaliers et les équipements de salles d’opération. Cette construction n’est pas une simple addition d’entreprises. Elle répond à une logique industrielle et commerciale cohérente. L’objectif est de bâtir une offre intégrée, capable de couvrir un spectre large de besoins des établissements de santé, depuis le diagnostic jusqu’aux équipements de blocs opératoires, en passant par les dispositifs spécialisés et les solutions destinées à l’industrie pharmaceutique.

Vous travaillez avec des partenaires internationaux. Vous revenez d’ailleurs des États-Unis…
Effectivement, nous avons été invités par Illumina, leader mondial du séquençage génétique, basée à San Diego. Cette rencontre illustre bien le positionnement que nous souhaitons donner à Dislog Medical Devices, celui d’un acteur capable de connecter le marché marocain aux technologies médicales les plus avancées. Le séquençage génétique fait aujourd’hui partie des innovations les plus structurantes de la médecine moderne. Il permet, entre autres, d’aller vers des traitements plus personnalisés, en particulier dans la prise en charge du cancer.

Grâce à l’analyse génétique, il devient possible d’identifier les thérapies les plus adaptées au profil de chaque patient, notamment dans le domaine de l’immunothérapie. Ces technologies ouvrent également des perspectives importantes dans le diagnostic prénatal, avec la possibilité d’anticiper certaines pathologies et d’améliorer la précision du suivi médical. Nous sommes donc au cœur de la médecine génomique, qui constitue l’un des axes majeurs de transformation des systèmes de santé. Pour nous, l’enjeu est de contribuer à rendre ces solutions accessibles, structurées et adaptées aux besoins du marché.

Comment pilote-t-on une structure aussi riche et multidisciplinaire ?
La première condition est de faire confiance aux fondateurs, aux dirigeants et aux experts qui ont construit ces métiers. Je ne suis ni médecin ni pharmacien. La force de Dislog Medical Devices réside précisément dans la complémentarité des talents que nous avons intégrés et dans la profondeur d’expertise de chacune des sociétés qui composent aujourd’hui le groupe. Toute la richesse du build-up de DMD consiste justement à mettre ces expertises au service d’une vision commune. Notre rôle n’est pas de les uniformiser, mais de leur donner un cadre, des moyens et une ambition partagée. Il faut laisser à ces équipes l’espace nécessaire pour continuer à se développer, tout en leur permettant d’aller plus vite et plus loin grâce à la puissance du groupe.

En tant que président, mon rôle repose sur trois grands axes. Le premier est de définir le cap. Nous voulons construire un véritable one-stop shop dans les dispositifs médicaux, accélérer notre expansion internationale et atteindre deux milliards de dirhams de chiffre d’affaires d’ici 2028. Le deuxième axe consiste à libérer les énergies. Cela veut dire donner aux équipes les moyens financiers, humains et organisationnels nécessaires pour développer leurs activités, gagner en efficacité et saisir de nouvelles opportunités. Enfin, le troisième axe est de créer des synergies. En mutualisant certaines ressources, en croisant les expertises et en coordonnant davantage nos forces, nous pouvons adresser des projets plus ambitieux, répondre à des besoins plus complexes et renforcer notre position sur le marché de la santé.

Derrière le modèle de One Stop Shop, il y a une promesse forte, n’est-ce pas ? Qu’est-ce qui fait aujourd’hui la différence entre DMD et les autres acteurs du marché ?
La première différence tient à la structure même du marché. Le secteur des dispositifs médicaux reste extrêmement fragmenté, avec une multitude d’acteurs spécialisés, souvent positionnés sur des segments précis. Dans ce contexte, notre rôle d’intégrateur constitue déjà un facteur de différenciation majeur. Aujourd’hui, seuls deux ou trois groupes disposent, comme nous, d’une taille critique leur permettant d’agréger plusieurs expertises et de proposer des solutions globales. Notre ambition est précisément d’accompagner les pouvoirs publics, les établissements de santé et les opérateurs privés dans des projets de grande envergure.

Le Maroc connaît une dynamique importante de développement de nouvelles infrastructures sanitaires, avec un objectif clair : rapprocher l’offre de soins du patient et accélérer l’ouverture de structures modernes sur l’ensemble du territoire. Pour réussir ce type de projets, les donneurs d’ordres ont besoin de partenaires capables de suivre le rythme. Ils doivent pouvoir compter sur des entreprises structurées, solides financièrement, organisées et capables de déployer des solutions dans les délais impartis. C’est là que le modèle de DMD prend tout son sens.

Pour prendre un exemple concret, nous sommes fiers d’avoir contribué, à travers nos différentes solutions, à accélérer l’ouverture des CHU d’Agadir et de Laâyoune en fin d’année dernière. Ces projets illustrent parfaitement notre rôle. Nous ne sommes pas seulement des fournisseurs d’équipements ou de dispositifs. Nous sommes un partenaire d’exécution, capable de mobiliser plusieurs expertises au service de projets structurants pour le système de santé.

Le modèle de “one-stop shop” est central. Quelle est sa valeur ajoutée concrète ?
Sa valeur ajoutée est multiple. Elle tient d’abord à notre capacité à proposer une solution complète, avec un interlocuteur unique. Dans des projets de santé souvent complexes, lourds sur le plan financier et exigeants en matière de délais, cette approche permet de simplifier la coordination, de sécuriser l’exécution et d’apporter davantage de lisibilité aux partenaires, publics comme privés. Notre taille constitue également un atout important. Elle nous permet de renforcer notre maillage territorial et d’améliorer significativement la qualité du service client.

Dans les dispositifs médicaux, la relation ne s’arrête pas à la livraison d’un équipement. Elle inclut la maintenance, la formation des équipes, la capacité d’intervention rapide et, lorsque cela est nécessaire, la livraison en urgence. Ce sont des éléments déterminants pour les établissements de santé, car la continuité du service peut avoir un impact direct sur la prise en charge des patients.

Enfin, notre valeur ajoutée repose aussi sur la qualité des marques que nous représentons. Nous travaillons avec des partenaires internationaux de référence comme Sysmex, Siemens, Storz ou Illumina. Pour les professionnels de santé, cette exigence de qualité est essentielle. Elle garantit l’accès à des technologies fiables, reconnues et adaptées aux standards les plus élevés du secteur médical.

Vous couvrez toute la chaîne de valeur, de la distribution à la maintenance. Quel avantage cela représente-t-il ?
C’est un avantage décisif, parce que dans les dispositifs médicaux, la qualité du service ne se limite pas à la mise à disposition d’un équipement ou d’un produit. Elle repose aussi sur la capacité à intervenir rapidement, à assurer la continuité des opérations et à accompagner les équipes médicales dans les meilleures conditions. Prenons l’exemple de la cardiologie interventionnelle. Dans ce domaine, le temps de réaction peut parfois faire la différence entre la vie et la mort.

Grâce à notre infrastructure logistique, à notre organisation territoriale et à la mobilisation de nos équipes, nous pouvons intervenir très rapidement partout au Maroc, y compris dans des situations d’urgence. Cette capacité d’exécution est essentielle. Là où certains acteurs peuvent avoir besoin de plusieurs heures, voire de plusieurs jours, pour mobiliser une solution, notre modèle nous permet d’agir dans des délais beaucoup plus courts. C’est précisément cette réactivité, combinée à l’expertise technique et à la proximité terrain, qui fait la différence pour les établissements de santé et, au final, pour les patients.

Quels sont aujourd’hui vos principaux défis ?
Nos défis se situent à la fois sur le court et le moyen terme. Le premier consiste à compléter et finaliser notre modèle de one-stop shop. Nous avons déjà construit une plateforme solide, mais certaines aires thérapeutiques doivent encore être renforcées afin de proposer à nos clients, publics et privés, une offre pleinement intégrée, couvrant l’ensemble de leurs besoins avec des produits et des technologies de référence. Le deuxième défi est de consolider notre positionnement sur le marché national. Notre ambition est de faire de Dislog Medical Devices un acteur incontournable au Maroc, capable d’accompagner les grands projets de santé, de répondre aux exigences des établissements publics et privés et d’apporter un niveau de service aligné sur les meilleurs standards du secteur. Enfin, notre développement ne s’arrête pas au marché marocain. Nous avons également une ambition régionale, avec une projection progressive vers l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest. L’enjeu est de capitaliser sur notre modèle, notre expertise et notre capacité d’intégration pour accompagner la transformation des systèmes de santé dans ces régions.

À ce sujet, quelle est votre feuille de route pour vous développer en Afrique ?
Notre feuille de route sera, dans son principe, assez proche de celle que nous avons déployée au Maroc. Elle repose sur deux grands axes. Le premier consiste à consolider nos partenariats existants afin de passer progressivement d’une logique nationale à une logique multi-pays. L’objectif est de pouvoir accompagner nos partenaires et nos clients sur plusieurs marchés, avec le même niveau d’exigence, de qualité et de service. Le deuxième axe consiste à dupliquer la méthodologie du Build and Run.

Sur la partie Build, cela passera par des acquisitions ciblées d’acteurs de référence, capables d’apporter une expertise forte et complémentaire à notre plateforme. Il ne s’agit pas de grandir pour grandir, mais de construire un dispositif cohérent, avec des métiers solides, des équipes expérimentées et une vraie capacité d’exécution sur le terrain.

Dans notre activité, la présence locale est déterminante. Il ne suffit pas de vendre un équipement ou un dispositif médical. Il faut accompagner les clients tout au long du cycle de vie des solutions, depuis l’installation jusqu’à la maintenance, en passant par la formation, le suivi technique et l’intervention rapide. C’est cette proximité qui permettra à DMD de se développer durablement en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest.

À plus long terme, quelle transformation souhaitez-vous impulser dans le secteur ?
Le secteur de la santé est devenu stratégique, et la crise du Covid l’a rappelé de manière très forte. Elle a montré à quel point la souveraineté sanitaire dépend de la capacité d’un pays à maîtriser une partie de sa chaîne de valeur, notamment sur l’amont industriel. Dans le médicament, le Maroc dispose déjà de champions nationaux et d’une industrie dynamique, qui continue de se développer autour d’acteurs solides et reconnus.

Pour ce qui est des dispositifs médicaux, le sujet est plus complexe. Le marché reste encore largement dépendant de l’importation, alors que les besoins augmentent et que les exigences technologiques deviennent de plus en plus fortes. À plus long terme, notre ambition serait donc d’inscrire Dislog Medical Devices dans une véritable logique industrielle. Nous souhaitons contribuer, progressivement, au développement d’une production locale de dispositifs médicaux au Maroc. Ce serait une évolution importante pour créer de la valeur, renforcer les compétences nationales et accompagner la montée en puissance du système de santé marocain.

Une introduction en bourse est-elle envisagée pour répondre aux ambitions de DMD ?
Le groupe a déjà indiqué que l’accès au marché financier faisait partie de sa stratégie de développement. Dislog Medical Devices connaît aujourd’hui une croissance rapide et a déjà atteint un milliard de dirhams de chiffre d’affaires. Cette trajectoire montre le potentiel de la plateforme et la profondeur du marché que nous adressons. Une introduction en Bourse peut donc être envisagée à terme, dans la continuité de cette dynamique. Mais il est encore trop tôt pour en parler de manière concrète. Notre priorité, aujourd’hui, est de consolider notre modèle, de finaliser notre offre intégrée, de poursuivre notre développement national et régional, et de créer les conditions d’une croissance durable.

El Mehdi Allabouch / Les Inspirations ÉCO