La France a annoncé vendredi 8 mai 2026 le retour de son ambassadeur en Algérie, à l’occasion d’une visite ministérielle qui doit permettre de restaurer le dialogue entre Paris et Alger. La ministre française déléguée aux Armées et aux anciens combattants, Alice Rufo, et l’ambassadeur Stéphane Romatet, qui avait été rappelé à Paris en avril 2025 par le président Emmanuel Macron, ont entamé leur voyage avec une étape lourde de symbole à Sétif.

Cette ville ainsi que celles de Guelma et Kherrata ont été le théâtre d’une répression sanglante de manifestations indépendantistes menée par l’armée française à partir du 8 mai 1945, faisant 45.000 morts selon Alger et entre 1.500 et 20.000 morts (dont 103 Européens), selon différentes sources françaises.

Hommage rempli de symboles

Alice Rufo et son homologue algérien, Abdelmalek Tachrift, ont mené une procession de plusieurs centaines de personnes, composée d’officiels mais aussi d’habitants arborant pour certains les couleurs du drapeau algérien. Les deux ministres ont déposé des gerbes sur une stèle à la mémoire de Bouzid Saâl, dont la mort sous les balles des forces françaises avait déclenché des émeutes, violemment réprimées.

« La lucidité avec laquelle la France regarde l’histoire doit aujourd’hui permettre de nouer des relations confiantes et prometteuses pour l’avenir », a souligné l’Élysée dans un communiqué. La date du 8 mai, baptisée « Journée de la mémoire » en Algérie, est « un marqueur fort sur le plan identitaire pour le nationalisme algérien, dont il faut tenir compte », a souligné l’historien Benjamin Stora, présent dans la délégation française.

La ministre déléguée s’est ensuite envolée vers Alger où elle doit être reçue d’ici samedi « par les autorités algériennes avec qui elle évoquera notamment les prochaines étapes de la consolidation » des relations franco-algériennes et la volonté française de « restaurer un dialogue efficace », a indiqué l’Élysée sans plus de détail.

Ce voyage fait suite à une profonde crise diplomatique entre Paris et Alger, déclenchée à l’été 2024 par le soutien apporté par Paris à un plan d’autonomie « sous souveraineté marocaine » pour le territoire disputé du Sahara occidental. La crise s’était aggravée avec l’arrestation en novembre 2024 de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal (gracié par le président Tebboune en novembre 2025) et après la mise en examen en avril 2025 d’un agent consulaire algérien accusé d’être impliqué dans l’enlèvement en France d’un influenceur algérien, Amir DZ. Cette affaire avait conduit à l’expulsion réciproque d’une douzaine de diplomates et agents consulaires et au rappel de l’ambassadeur Stéphane Romatet.

Cette rupture avait été nourrie par les prises de position du ministre français de l’Intérieur de l’époque Bruno Retailleau, tenant d’une ligne dure, qui avait cristallisé sur sa personne les critiques d’Alger.

Le cas Christophe Gleizes

Un réchauffement s’est amorcé avec la visite mi-février de son successeur Laurent Nuñez, reçu par le président Tebboune. Depuis, les expulsions d’Algériens en situation irrégulière en France, jusqu’alors gelées, ont repris et, mi-mars, les chefs de la diplomatie des deux pays se sont entretenus pour la première fois depuis des mois.

Reste un dossier non résolu, symbole de la crise entre les deux pays : le cas du journaliste Christophe Gleizes, auquel l’Élysée a affirmé porter une « attention prioritaire ». Le journaliste sportif de 37 ans a été arrêté en mai 2024 dans le cadre d’un reportage sur la JSK, club de football de Kabylie (nord-est), et condamné en appel début décembre à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».

Sa famille a annoncé mardi qu’il avait retiré depuis mars son pourvoi en cassation, une démarche visant à ouvrir la voie à une possible grâce du président Tebboune. « Ces étapes importantes du renforcement de la relation de la France et de l’Algérie donnent espoir et confiance dans une issue prochaine au drame humain que vivent Christophe Gleizes et sa famille », a réagi Thibaut Bruttin, directeur de Reporters sans frontières.