Sommet France–Afrique à Nairobi

Restaurer la légitimité politique en Afrique : une exigence pour un partenariat équitable et pour le développement économique et social

Les 11 et 12 mai 2026, la France organise à Nairobi un nouveau sommet France–Afrique, traditionnellement consacré aux chefs d’État africains francophones. Cette édition marque toutefois une évolution importante : elle s’ouvre désormais aux chefs d’entreprise, aux acteurs de la société civile et à la jeunesse entrepreneuriale africaine. Ce changement traduit la volonté affichée du président Emmanuel Macron de redéfinir les relations entre la France et le continent africain dans un contexte géopolitique profondément transformé.

Le choix du Kenya n’est pas anodin. Au-delà des considérations diplomatiques et économiques, ce pays représente aujourd’hui l’une des principales puissances économiques de l’Afrique de l’Est et l’un des pôles de croissance majeurs d’Afrique subsaharienne. Mais surtout, le Kenya incarne, malgré ses imperfections, l’un des rares exemples régionaux où l’alternance politique et la compétition démocratique ont acquis une réalité relativement ancrée dans la vie institutionnelle. Ces acquis sont le fruit de longues mobilisations populaires, de luttes politiques et d’une société civile active. L’Afrique francophone gagnerait à méditer cette expérience, car les peuples comme les nations finissent toujours par respecter ceux qui réussissent à construire des institutions crédibles et stables.

Au-delà des discours officiels et des engagements diplomatiques, une réalité s’impose avec force : la question de la légitimité politique demeure l’un des défis majeurs auxquels sont confrontés de nombreux États africains. Sans légitimité populaire, il ne peut exister ni gouvernance efficace, ni stabilité durable, ni partenariat international équilibré. La légitimité constitue le fondement même de toute autorité politique. Elle ne se décrète pas par la force, ni par des proclamations officielles ; elle se construit à travers le consentement libre et éclairé du peuple.

Dans un État démocratique, ce consentement s’exprime à travers des élections transparentes, sincères et incontestables. Lorsque ce principe est respecté, il établit une relation de confiance entre gouvernants et gouvernés, condition indispensable à la mise en œuvre de politiques publiques ambitieuses et à la stabilité des institutions. À l’inverse, lorsque les processus électoraux sont détournés, manipulés ou vidés de leur substance, la confiance populaire disparaît progressivement et laisse place à la défiance, à la frustration et à l’instabilité.

Dans plusieurs pays africains, cette légitimité demeure fragile, voire inexistante. Les institutions sont parfois instrumentalisées au profit du pouvoir en place, les élections contestées et la volonté populaire marginalisée. Certains régimes maintiennent leur autorité grâce à la répression, à la peur ou à des soutiens extérieurs qui privilégient la stabilité immédiate au détriment de la souveraineté populaire. Une telle approche finit cependant par produire l’effet inverse : elle affaiblit durablement l’État, nourrit les frustrations populaires et ouvre la voie à l’influence de nouvelles puissances concurrentes.

Cette crise de confiance explique en partie le recul de l’influence française dans plusieurs pays d’Afrique francophone. Les peuples africains aspirent aujourd’hui à des relations internationales fondées sur le respect, l’égalité et la cohérence. Aucun partenariat durable ne peut reposer sur une relation imposée ou perçue comme déséquilibrée. Comme dans toute relation humaine ou politique, un partenariat qui ne repose pas sur le consentement finit toujours par être contesté.

Cette réalité ne peut être comprise sans prendre en considération l’héritage historique des relations entre certaines anciennes puissances coloniales et leurs anciennes colonies. Des figures comme Jacques Foccart, proche du général Charles de Gaulle puis du président Georges Pompidou, ont incarné une période durant laquelle les équilibres politiques africains étaient souvent influencés par des logiques géopolitiques extérieures. Les conséquences de ces pratiques continuent encore aujourd’hui d’alimenter la méfiance d’une partie des opinions publiques africaines envers les discours occidentaux sur la démocratie.

Pourtant, l’Afrique ne manque ni de ressources, ni de talents, ni d’aspirations démocratiques. Partout sur le continent, des citoyens, des intellectuels, des organisations de la société civile et des responsables politiques œuvrent pour construire des systèmes plus transparents, plus responsables et plus respectueux de la volonté populaire. Leur engagement mérite d’être soutenu sans ambiguïté.

La restauration de la légitimité politique en Afrique passe par plusieurs exigences fondamentales. D’abord, garantir des élections libres, transparentes et crédibles grâce à des institutions électorales réellement indépendantes. Ensuite, renforcer l’État de droit et lutter contre l’impunité des fraudes électorales, de la corruption et des abus de pouvoir. Il est également nécessaire de promouvoir des partis politiques structurés, porteurs de projets de société cohérents, capables de dépasser les logiques clientélistes ou communautaires.

Dans ce processus, les partenaires internationaux portent une responsabilité importante. Soutenir la démocratie ne peut être une politique à géométrie variable. Il ne peut y avoir, d’un côté, des discours en faveur des droits humains et, de l’autre, des pratiques qui confortent des régimes contestés par leurs propres populations. Un partenariat équitable entre l’Afrique et l’Europe doit reposer sur le respect mutuel, la cohérence politique et la reconnaissance pleine et entière de la souveraineté des peuples africains.

Le cas des Comores illustre, à son échelle, ces enjeux globaux. Comme dans plusieurs autres pays africains, la consolidation des institutions démocratiques, la crédibilité des processus électoraux et le respect de la volonté populaire constituent des conditions essentielles pour garantir la stabilité politique et le développement économique et social.

Restaurer la légitimité politique en Afrique ne relève donc pas uniquement d’un débat interne aux États africains. Il s’agit d’un enjeu international majeur, qui conditionne la qualité des relations entre les continents, la sécurité collective et les perspectives d’un développement partagé. L’heure n’est plus aux simples déclarations d’intention, mais à une véritable volonté politique fondée sur la justice, la cohérence et le respect des peuples.