Né en 1943 à Guebwiller en Alsace dans une famille marquée par la guerre (son père « malgré-nous » a été détenu au camp de Tambow et est décédé peu de temps après son retour en Alsace), Maurice Freund a été placé en orphelinat puis à l’institut Don Bosco à Landser. Turbulent, il est renvoyé à 14 ans et enchaînera les activités : électricien, militant associatif, scout et syndicaliste, avant de se lancer dans l’aventure du voyage.
Avec Point Air, il démocratise le transport aérien
Avec une bande d’amis, il crée dans les années 1960 l’association Le Point, qui deviendra le Point Mulhouse , puis en Point Air, l’une des premières compagnies charters françaises. Il démocratise le transport aérien low-cost vers l’Afrique, l’Inde, l’Amérique latine et les Antilles.
Proche de Thomas Sankara (président du Burkina Faso assassiné en 1987), il contribue à la création de la compagnie burkinabè Naganagani et développe avec Pierre Rabhi des projets agroécologiques emblématiques, comme le campement de Gorom-Gorom, toujours au Burkina.
Créée en 1981 à l’aéroport de Bâle-Mulhouse, la compagnie aérienne Point Air, dont il fut le PDG, déclare faillite en 1988 dans un contexte de conflits avec Air France et les pouvoirs publics. Il rebondit en devenant directeur général d’Air Mali puis, en 1995, en fondant la coopérative Point-Afrique. Cette agence réinvestit les bénéfices sur place et relance des liaisons directes vers des destinations africaines habituellement peu desservies. Des milliers de voyageurs-militants (que l’on nomme les « pointistes ») découvrent alors l’Afrique autrement.
Critique des politiques françaises au Sahel
Maurice Freund s’engage concrètement pour le développement local, l’agroécologie et le dialogue interculturel. Critique des politiques françaises au Sahel, il plaidait pour plus d’autonomie du Nord-Mali et un développement de proximité, positions qui lui valurent parfois des controverses et des oppositions. Il s’est notamment mobilisé pour la libération d’otages, dont celle de son amie Sophie Pétronin, qu’il qualifiait de « sainte des temps modernes » et de « contrepoison à la haine ».
Le décès de Maurice Freund a été annoncé ce dimanche sur Facebook par Delphine Patry, ancienne collaboratrice chez Point-Afrique Voyages, spécialisée dans les voyages accessibles aux personnes à mobilité réduite. Elle lui rend hommage comme un « homme au cœur immense, rempli de convictions », engagé pour ne pas laisser tomber les « oubliés » de l’Afrique.
Il laisse une œuvre vivante : des centaines d’associations nées de l’engagement des pointistes, des amitiés profondes au Sahel, et une vision humaniste refusant les amalgames.
Son autobiographie Est-ce ainsi que les hommes volent ? Mémoires d’un Robin des airs (préfacée par Pierre Rabhi) retrace ce parcours hors-norme, ses combats, ses naïvetés et son espoir dans les populations sahéliennes.