En Éthiopie, près de la frontière avec l’Érythrée, se trouve la dépression du Danakil. Cette zone effondrée à 100 mètres sous le niveau de la mer abrite le dôme de Dallol, qui s’étend sur trois kilomètres de diamètre. Ce site est souvent considéré comme l’un des endroits les plus hostiles sur Terre. Plusieurs facteurs extrêmes s’y combinent, rendant la vie (telle que nous la connaissons) quasiment impossible.

Les vestiges d’un monde sous-marin datant de 120 000 ans

À la jonction de trois grandes plaques tectoniques (nubienne, arabique et somalienne), non loin de la mer Rouge, le site de Dallol a eu une vie géologique mouvementée. « Plusieurs fois pendant la préhistoire, à la faveur des écartements de plaques, la mer est entrée jusqu’ici, raconte David Moreira, spécialiste en biologie de l’évolution au Centre national de la recherche scientifique. Puis l’activité volcanique a fini par fermer la zone il y a 120 000 ans. »

En se retirant et en s’évaporant, la mer a laissé une couche de sel de deux kilomètres d’épaisseur. Poussé vers le haut par une vaste poche magmatique située probablement à 2 ou 2,5 kilomètres sous la surface, le dôme repose sur cet énorme dépôt salin. Il culmine à une centaine de mètres de hauteur.

Une intense activité magmatique

La région n’est pas devenue imperméable pour autant. L’ensemble de la dépression du Danakil est arrosé par les eaux qui ruissellent des montagnes environnantes. Cette eau s’infiltre dans les profondeurs, où elle est chauffée par la vaste poche magmatique souterraine. « Quand l’eau est brûlante, elle remonte en surface, chargée de sel et de nombreux autres minéraux », explique David Moreira. Un mélange de soufre, de fer, de magnésium et de chlore, qui engendre la variété des couleurs de Dallol.

Pourquoi Dallol est-il l’endroit le plus hostile à la vie sur Terre ?

Dallol, c’est donc ce cocktail détonant : une saumure hyperconcentrée (plus de 350 grammes de sel par litre d’eau, soit dix fois la salinité moyenne de l’eau de mer), incroyablement acide (un pH proche de zéro) et portée à une température supérieure à 100 °C.

Un environnement « polyextrême », comme le qualifie David Moreira, où il est tentant de chercher malgré tout l’existence d’organismes vivants, afin de mieux cerner les conditions dans lesquelles celle-ci est susceptible d’apparaître. Mais après trois campagnes d’étude, David Moreira est formel : « Hormis les traces issues de la contamination humaine, touristique ou minière, il n’y a rien. Dallol est le seul endroit du monde où l’eau n’abrite aucune forme de vie. Celle-ci est immédiatement détruite par la saumure. »

Le constat est lourd de conséquences pour l’exobiologie : « Pendant longtemps, on a pensé que la présence d’eau liquide était synonyme de vie potentielle, reprend David Moreira. Là, c’est l’exception. Cela remet en question les critères établis pour trouver de la vie ailleurs dans l’Univers, sur les exoplanètes. »

Pourquoi le site de Dallol reste-t-il encore si peu étudié ?

Ce dôme a toujours été connu des Afars, un peuple nomade présent dans toute la corne de l’Afrique. À partir du début du XXe siècle, des mines ont été créées dans la dépression du Danakil pour y exploiter le sel et, surtout, le chlorure de potassium dont on tire la potasse, abondamment utilisée dans l’industrie des engrais.

Des géologues et des volcanologues, Haroun Tazieff notamment, se sont également intéressés à la région – l’étonnant cratère de l’Erta Ale se trouve à proximité. Mais la zone reste difficile d’accès, régulièrement coupée du monde par les conflits frontaliers avec l’Érythrée.

C’est à David Moreira, à sa consœur Purificación López-García et au photographe Olivier Grunewald que l’on doit les premières études biologiques de Dallol (2016, 2017 et 2019 – une quatrième campagne est à l’étude). Les scientifiques ont d’ailleurs trouvé des traces de vie à proximité, dans des environnements moins extrêmes – en l’occurrence des archées, organismes unicellulaires formant l’une des trois branches du vivant.

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