Le Maroc poursuit la refonte de son système de santé en resserrant l’encadrement de la formation médicale. Un nouveau décret publié au Bulletin officiel vient redéfinir, dans le détail, le statut des étudiants des facultés publiques de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire, depuis les premières années de formation jusqu’au résidanat.

Le texte, signé le 30 avril 2026 par le chef du gouvernement Aziz Akhannouch, intervient dans un contexte de transformation profonde du secteur sanitaire, marqué par la mise en place des groupements sanitaires territoriaux et la volonté des autorités de rapprocher davantage l’enseignement académique de la pratique hospitalière.

Le décret n° 2.26.342 établit un cadre juridique unifié pour les étudiants « observateurs », « externes », « internes » et « résidents », tout en précisant leurs droits, leurs obligations, leurs modalités d’encadrement ainsi que leurs conditions de participation aux soins au sein des établissements publics, militaires et conventionnés.

Le texte introduit d’abord une classification détaillée des parcours hospitaliers. Le statut d’« observateur » concerne les étudiants des premières années de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire. À partir de la troisième année pour les filières médecine et médecine dentaire — et de la quatrième année en pharmacie — les étudiants accèdent au statut d’« externe ». Ils sont alors progressivement intégrés aux activités de soins, aux gardes et aux différentes missions médicales, sous la supervision des praticiens encadrants.

Le décret franchit un pas supplémentaire concernant les étudiants de sixième année, désormais considérés comme des membres à part entière des équipes de soins. Ceux-ci devront participer de manière régulière à la prise en charge des patients, assurer des stages hospitaliers à temps plein et contribuer aux gardes dans les structures hospitalières.

L’internat fait également l’objet d’un encadrement plus strict. Les étudiants souhaitant accéder à cette étape devront réussir un concours spécifique après les quatre premières années de formation. La durée de l’internat est fixée à deux ans. Durant cette période, l’interne exerce dans les services hospitaliers, participe aux gardes, suit des formations pratiques, prend part aux travaux de recherche scientifique et contribue à l’encadrement des étudiants externes.

Le décret insiste particulièrement sur le rôle des médecins résidents, présentés comme un maillon central des équipes médicales au sein des établissements de santé. Les résidents se voient confier des responsabilités directes dans les soins, les traitements, les urgences et les gardes hospitalières. En parallèle, ils devront poursuivre des activités de recherche scientifique et participer à l’encadrement pédagogique et pratique des étudiants en formation.

L’une des mesures les plus marquantes du texte concerne l’obligation de service imposée aux résidents non militaires. Les médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes concernés devront exercer pendant trois années après l’obtention de leur diplôme de spécialité dans les groupements sanitaires territoriaux ou dans les établissements relevant du ministère de la Santé. Une exception est toutefois prévue pour les candidats admis aux concours de professeurs-chercheurs, qui pourront intégrer l’université.

Le décret encadre également les conditions d’une éventuelle dispense de cet engagement. Toute libération anticipée demeure soumise à l’accord de l’administration et au remboursement des indemnités perçues durant la formation, ainsi que des frais liés aux études et au cursus de spécialisation.

Le gouvernement a par ailleurs prévu des dispositions transitoires pour les promotions 2024, 2025, 2026 et celles qui suivront. La durée de l’engagement professionnel obligatoire des nouveaux diplômés variera entre quatre et six ans selon l’année d’obtention du diplôme.

Au-delà des aspects académiques et professionnels, le texte introduit plusieurs garanties sociales au profit des étudiants stagiaires. Ceux-ci bénéficieront désormais de l’assurance maladie obligatoire de base ainsi que d’une couverture contre les accidents du travail et les maladies professionnelles. Le décret précise également leurs droits en matière de congés, d’autorisations d’absence et d’indemnités liées aux gardes et au service obligatoire.

Enfin, le nouveau dispositif instaure un cadre disciplinaire renforcé au sein des établissements de santé. Les manquements professionnels ou les violations du règlement intérieur pourront être transmis aux autorités compétentes afin que des mesures appropriées soient prises.

À travers ce texte, les autorités marocaines cherchent à structurer plus étroitement le parcours des futurs professionnels de santé, alors que le pays tente d’adapter son système hospitalier à une demande croissante en soins et à un manque persistant de ressources humaines médicales.