Le Maroc continue de se distinguer comme un pôle industriel de premier plan pour les sciences de la vie à l’échelle du continent africain. Dans son édition 2026 du rapport Site selection for life sciences companies – MENA region & Türkiye, le cabinet KPMG dresse un état des lieux très chiffré de la filière. Selon la même source, celle-ci «a attiré près de 70 millions de dollars d’investissements en 2025» (environ 644 millions de dirhams), «pour un chiffre d’affaires de 1,37 milliard de dollars» (près de 12,6 milliards de dirhams) «et une valeur ajoutée de 460 millions de dollars» (environ 4,23 milliards de dirhams). Ces flux alimentent un appareil productif qui compte «9 155 emplois directs à haute productivité», chaque salarié générant en moyenne «500 000 dollars de revenus annuels» (près de 4,6 millions de dirhams), «pour un taux de valeur ajoutée de 34 %».

Une telle densité capitalistique et humaine s’adosse à une géographie commerciale exceptionnelle. Le document relève que «le port Tanger Med, première plateforme de transbordement d’Afrique, est relié à 186 ports mondiaux et traite près de 9 millions de conteneurs par an, autorisant des délais de livraison vers l’Europe de un à deux jours». Connecté à un réseau de dix-huit aéroports internationaux, à 2 109 kilomètres de voies ferrées et à 1 800 kilomètres d’autoroutes, le royaume chérifien offre une armature logistique qui, selon les mêmes analyses, «le place au cinquième rang mondial pour l’aéroport Mohammed-V de Casablanca et au deuxième rang régional pour Marrakech-Menara».

Ces atouts physiques sont démultipliés par la refonte du système de couverture santé. Depuis 2023, le Maroc a unifié ses régimes d’assurance sous l’égide de l’Assurance maladie obligatoire, gérée par la Caisse nationale de sécurité sociale. Le rapport constate que cette réforme «a étendu la protection à la quasi-totalité de la population, l’affiliation étant désormais obligatoire et assortie de paniers de soins standardisés». Le financement, majoritairement public, associe cotisations sociales et transferts budgétaires, pendant que le reste à charge des ménages diminue progressivement. Cet élargissement de la demande intérieure de médicaments constitue un socle pour les industriels, en complément des débouchés régionaux.

Un maillage d’incitations fiscales et de préférences locales

L’investissement dans les sciences de la vie est encouragé par un faisceau de dispositions législatives et réglementaires que le rapport juge «parmi les plus attractives de la région». La charte de l’investissement de 2022 autorise des subventions en capital «pouvant couvrir jusqu’à 30 % des coûts de projets industriels dans les secteurs prioritaires, dont la pharmacie, avec des taux modulés selon la région». Les entreprises nouvellement créées bénéficient en outre d’une «exonération d’impôt sur les sociétés pendant cinq ans, suivie de taux réduits pouvant descendre à 8,75 % dans les zones d’accélération industrielle». Les zones franches procurent un cadre encore plus favorable. L’étude précise que l’on y observe «un taux d’imposition nul durant les cinq premières années, un taux d’environ 8,75 % par la suite, ainsi qu’une exonération des droits de douane et de la TVA sur les intrants et les équipements».

L’arsenal réglementaire complète ces mécanismes par une orientation explicite en faveur de la production nationale. La Direction des médicaments et de la pharmacie, agence réglementaire de référence, met en œuvre des «certifications formelles des sites de fabrication et une protection accrue des brevets». Surtout, les marchés publics appliquent une «préférence nationale pour les médicaments fabriqués localement, incitant les hôpitaux et les programmes d’État à s’approvisionner auprès des producteurs domestiques lorsque cela est possible». Le Maroc, qui se classe au deuxième niveau de maturité (ML2) de l’outil d’évaluation mondial de l’Organisation mondiale de la santé pour les autorités réglementaires, poursuit une montée en gamme institutionnelle afin d’atteindre le niveau 3, «gage d’un système intégré et stable».

Un tissu industriel dense et un vivier académique tourné vers l’innovation

Le paysage productif marocain réunit une galaxie d’acteurs privés et publics. Parmi les fleurons, le rapport cite Sothema, «l’un des plus grands fabricants pharmaceutiques du Maroc, fortement positionné sur les injectables, l’oncologie et les biotechnologies, avec des lignes de production avancées et des exportations vers l’Afrique et le Moyen-Orient» ; Pharma5, «leader des génériques, alimentant à la fois le marché intérieur et l’export» ; ou encore Laprophan, «pionnier de l’industrie pharmaceutique marocaine, contribuant de longue date à l’autosuffisance médicamenteuse». Des filiales de multinationales ancrent également leur production dans le royaume. Sanofi Maroc dispose d’un «site industriel à Aïn Sebaâ, intégré au réseau manufacturier mondial du groupe et tourné vers l’Afrique», tandis que Pfizer Maroc opère une «unité de production et de conditionnement à Casablanca, favorisant le transfert de technologies et la sécurité des approvisionnements». À cette base industrielle s’ajoute un écosystème naissant de jeunes pousses numériques. DabaDoc, «plateforme de prise de rendez-vous médicaux revendiquant plus de 5 millions d’utilisateurs et 15 000 médecins référencés dans douze pays africains» ; Moldiag, «premier test PCR africain pour le mpox homologué par Africa CDC» ; et DataPathology, «centre de pathologie numérique ayant levé 1 million de dollars pour étendre ses capacités d’analyse de données», illustrent la vigueur de cette scène.

La recherche clinique et la formation constituent les piliers d’une ambition de montée en gamme. Le rapport dénombre «188 essais cliniques enregistrés entre 2015 et 2025», régis par une «loi nationale sur la recherche biomédicale qui suit les bonnes pratiques cliniques internationales et impose une surveillance continue». L’encadrement relève de la Direction des médicaments et de la pharmacie et du ministère de la santé. Sur le plan académique, plusieurs institutions irriguent la filière. L’Université Mohammed-V de Rabat, avec ses facultés des sciences et de médecine-pharmacie, se distingue par «ses travaux de pointe en biologie, biotechnologie et sciences médicales». L’Université Hassan-II de Casablanca propose une «vaste palette de formations en biochimie et sciences de la santé». L’Institut Pasteur du Maroc, enfin, mène des «recherches en virologie, bactériologie, immunologie et parasitologie, avec un accent sur la tuberculose, la grippe et les menaces virales émergentes». Ces établissements bénéficient de partenariats internationaux nourris. Le document mentionne la «collaboration avec Sinopharm pour une unité de remplissage aseptique de vaccins» et la «participation de l’Institut Pasteur aux ateliers de fabrication vaccinale d’Africa CDC», tandis que le Maroc a été retenu, aux côtés de l’Égypte, pour héberger le centre régional de capacités vaccinales et biotechnologiques (RCCN) pour l’Afrique du Nord.

La logistique du dernier kilomètre s’appuie sur un maillage aéroportuaire certifié. À l’aéroport Mohammed-V, «un terminal cargo doté de chambres froides dédiées et les installations de Royal Air Maroc Cargo assurent la manipulation des produits thermosensibles selon les normes GDP». Les flux internationaux transitent par des plaques tournantes certifiées CEIV Pharma, telles que Doha, Dubaï ou Istanbul, avant d’être distribués dans le pays. De quoi conforter le statut de «hub régional d’exportation» que le rapport prête au royaume, en rappelant qu’il est «situé au carrefour de l’Afrique, de l’Europe et du Moyen-Orient, avec des accords de libre-échange couvrant plus d’une cinquantaine de pays».