À un an de la fin de son second mandat, Emmanuel Macron joue ses dernières cartes algériennes. L’Élysée a annoncé, ce vendredi 8 mai 2026, le retour à Alger de Stéphane Romatet, ambassadeur de France rappelé à Paris en avril 2025 sur fond de brouille bilatérale, ainsi que l’envoi à Sétif de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, pour commémorer la répression française de mai 1945. Officiellement, il s’agit de « restaurer un dialogue efficace » et de porter « une attention prioritaire » au sort du journaliste français Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie depuis juin 2025. Officieusement, l’opération relève d’une fuite en avant mémorielle dont la France paie seule l’addition.

Une « réconciliation » à sens unique

Le scénario est rodé depuis 2017. Avant même son élection, le candidat Macron qualifiait la colonisation française de « crime contre l’humanité » lors d’un voyage à Alger. Une fois président, il commandait à l’historien Benjamin Stora un rapport sur les mémoires franco-algériennes, remis en janvier 2021, censé fournir la méthodologie d’un apaisement. Cinq ans plus tard, le bilan est sans appel : la relation bilatérale traverse sa pire crise depuis 1962, les deux capitales ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs — du jamais-vu en plus de soixante ans — et les concessions françaises se sont accumulées sans contrepartie tangible.

L’envoi d’une ministre française à Sétif pour s’incliner devant l’historiographie officielle algérienne couronne cette logique. À aucun moment l’Élysée n’a jugé utile d’évoquer les civils français massacrés en mai 1945 dans la région — hommes, femmes, enfants tués pour beaucoup à l’arme blanche, dans des conditions souvent atroces. Le silence sur ces victimes est aussi assourdissant qu’il est éloquent.

Sétif 1945 : ce que la doxa officielle escamote

L’historien Bernard Lugan a, à plusieurs reprises, rétabli les faits que la version algérienne consacrée préfère oublier. Le 8 mai 1945, jour de la victoire alliée en Europe, les indépendantistes du Parti du peuple algérien et de l’Étoile nord-africaine — deux organisations dissoutes respectivement en 1939 et 1937 — décident de profiter des cérémonies pour, selon les mots mêmes de l’un de leurs cadres, Chawki Mostefaï, « frapper un grand coup ». Les manifestants, venus en masse depuis les campagnes, sont armés de gourdins, de couteaux et d’armes à feu. Mostefaï le reconnaîtra lui-même bien plus tard, dans un entretien au quotidien algérien El Watan en 2015.

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La région est alors quasiment vide de forces de l’ordre : à Sétif, vingt gendarmes seulement. Les hommes valides sont sous les drapeaux en Europe — l’Algérie française a fourni 204 500 mobilisés sur une population européenne d’environ un million d’habitants. Les administrateurs expérimentés, jugés trop « vichystes » après le débarquement de 1942, ont été remplacés par de jeunes fonctionnaires fraîchement débarqués de métropole et ignorants du terrain. Quand un sous-préfet tente d’interpeller les porteurs de drapeaux indépendantistes, la situation dégénère. La première victime est une fillette juive de huit ans, tuée à coups de couteau.

Pendant cinq jours, dans une région privée de troupes, les Européens sont attaqués sans pouvoir se défendre. Cent trois civils français sont massacrés, souvent dans des conditions effroyables (Vétillard, Sétif, mai 1945. Massacres en Algérie, 2008). Des milices d’autodéfense s’organisent avec les vieillards et les rares permissionnaires en attendant l’arrivée des renforts, notamment sénégalais, qui rétabliront l’ordre une semaine plus tard avec l’appui de l’aviation.

La répression qui suivit fut brutale, c’est un fait. Mais le bilan officiel algérien — un fantasmatique « 40 000 morts » lancé sans vérification par une source diplomatique américaine favorable aux indépendantistes — est aujourd’hui réfuté par les historiens. Les estimations sérieuses, fondées notamment sur les archives du Service historique de la Défense à Vincennes, situent le nombre de victimes algériennes entre 7 000 et 10 000, fourchette haute incluse. Loin, donc, des chiffres brandis pour les besoins de la cause politique contemporaine.

Une instrumentalisation dénoncée jusque dans le camp de gauche

Il est piquant de rappeler qu’à l’époque, l’unanimité s’était faite en métropole pour condamner les attaques contre les civils français. Le Parti communiste lui-même, peu suspect de complaisance coloniale, qualifia les meneurs de Sétif et Guelma de « provocateurs à gages hitlériens » et réclama qu’ils soient « passés par les armes ».

Plus récemment, la tentative d’Olivier Le Cour Grandmaison d’assimiler la colonisation française à une préfiguration de la Shoah a été sévèrement étrillée par deux historiens à la sensibilité pourtant éloignée du roman national : Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet. Dans un texte paru dans la revue Esprit en décembre 2005, ils dénonçaient « une entreprise idéologique frauduleuse, guère moins frelatée que l’identification, à Sétif, par le ministre des Anciens moudjahidines, de la répression coloniale aux fours crématoires d’Auschwitz ». Et de poser cette question dévastatrice : « Si les massacres coloniaux annoncent le nazisme, on ne voit pas pourquoi la répression sanglante de la révolte de Spartacus, ou encore la Saint-Barthélemy, ne l’auraient pas tout autant annoncé. »

Un président pris à son propre piège

L’épisode actuel illustre la logique dans laquelle Emmanuel Macron s’est lui-même enfermé. En reconnaissant en juillet 2024 la « marocanité » du Sahara occidental pour se rapprocher de Rabat, il a fait basculer la relation algérienne dans une crise dont il peine désormais à sortir. Le régime du président Tebboune, fragilisé depuis le Hirak de 2019, a tout intérêt à entretenir le ressentiment anti-français pour se relégitimer auprès de sa population. Et la France, plutôt que de répondre par la fermeté, multiplie les gestes unilatéraux dans l’espoir d’un dégel improbable.

La coopération migratoire en témoigne : selon les données rendues publiques, Alger ne reprend désormais qu’entre quinze et vingt de ses ressortissants refoulés par semaine — environ la moitié de l’étiage des temps « normaux », mais déjà plus que les zéro reconduits enregistrés en 2025. Pendant ce temps, le journaliste français Christophe Gleizes croupit en prison, condamné à sept ans pour ses contacts avec des dirigeants sportifs kabyles.

Une histoire qui mérite mieux qu’une génuflexion

Ce qui se joue à Sétif ce 8 mai 2026 dépasse la simple diplomatie. La France valide officiellement, par la voix d’une ministre, une lecture historique unilatérale qui escamote ses propres morts, gonfle les chiffres adverses et assimile sans nuance répression coloniale et entreprise génocidaire. La repentance, ainsi pratiquée, n’apaise rien : elle nourrit les surenchères mémorielles d’Alger et alimente, en miroir, les ressentiments en métropole. Le président qui voulait « panser les plaies » s’apprête à quitter l’Élysée en laissant la relation franco-algérienne dans un état rarement vu depuis 1962.

L’histoire mérite mieux qu’une génuflexion. Elle mérite la rigueur des archives, le courage du contradictoire, et le respect dû à toutes les victimes — y compris celles qu’aucun discours officiel ne nomme plus.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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