En confiant pour vingt ans ses chantiers navals à une co-entreprise avec le groupe néerlandais Damen, le Sénégal relance un actif industriel stratégique. Entre modernisation des infrastructures, montée des compétences locales et ambitions offshore, Dakar cherche à capter une part plus importante de la valeur ajoutée maritime en Afrique de l’Ouest.

Le Sénégal poursuit la relance de son industrie de réparation navale. Les autorités du pays ont attribué l’exploitation des chantiers navals de Dakar au groupe néerlandais Damen Shipyards, dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) signé pour une durée de vingt ans. L’opération, pilotée par la Société des Infrastructures de Réparation Navale (SIRN), se matérialise par la création d’une coentreprise chargée d’opérer le site sous l’entité Damen Shiprepair Dakar.

Ce contrat couvre un périmètre étendu incluant la reprise des installations, leur réhabilitation, leur financement, ainsi que leur exploitation et leur maintenance. Il survient après la résiliation de l’accord avec l’opérateur portugais Lisnave, dont les termes avaient été jugés défavorables à l’État sénégalais, traduisant une volonté de reprendre la main sur un maillon industriel au potentiel longtemps sous-exploité.

L’attribution s’est faite à l’issue d’un appel d’offres international structuré en deux phases, précédé d’une préqualification. Cinq candidats avaient initialement été retenus, dont plusieurs acteurs majeurs du secteur. Le modèle choisi, fondé sur un PPP « à paiement par les usagers », implique par ailleurs que la rentabilité dépendra directement de la capacité du site à attirer des volumes d’activité suffisants.

Moderniser un outil industriel stratégique

Le chantier naval de Dakar dispose d’infrastructures significatives, avec un dock flottant de 235 mètres sur 38, un bassin de radoub de 191 mètres sur 25, ainsi qu’un synchrolift d’une capacité de 1 200 tonnes. L’ensemble est complété par près de 500 mètres de quai, avec un tirant d’eau de 9 mètres, permettant d’accueillir différents types de navires.

Avec plus de 300 employés et un tissu de sous-traitants locaux, le site constitue déjà une base industrielle active. L’enjeu pour Damen sera de moderniser ces capacités et de les aligner sur ses standards globaux, notamment en matière de santé, sécurité, environnement, qualité et gestion des ressources humaines.

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« Cette coentreprise avec Damen marque une étape clé dans la revitalisation du chantier naval de Dakar, en soutenant la croissance durable, le transfert de compétences et la création de valeur à long terme », a indiqué Babacar Faye, le directeur général de la SIRN.

Cap sur l’offshore et la montée en gamme

Au-delà de la réparation navale classique, le projet vise un repositionnement sur des segments à plus forte valeur ajoutée. Le groupe néerlandais entend notamment capter la demande liée aux activités offshore, dans un contexte de développement de projets pétroliers et gaziers en Afrique de l’Ouest.

« Le chantier de Dakar est idéalement positionné pour accompagner nos clients dans les années à venir », a souligné Jeroen Heesters, directeur général de Damen Shiprepair, évoquant la réputation historique du site et l’expérience accumulée sur plusieurs décennies.

Pour soutenir cette ambition, Damen prévoit un programme d’investissements significatif, destiné à moderniser les infrastructures et à atteindre les standards exigés par l’industrie offshore, notamment en matière de sécurité.

Un levier pour capter la valeur ajoutée maritime régionale

Au-delà du cas sénégalais, cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large observée en Afrique. Longtemps cantonnées à des fonctions de transit, les économies portuaires africaines cherchent désormais à capter plus de valeur ajoutée dans leurs industries maritimes, en développant des capacités locales de maintenance et de réparation.

En se positionnant comme un hub régional, Dakar vise des flux aujourd’hui dirigés vers des chantiers en Europe ou en Asie, ainsi qu’une clientèle sous-régionale. Le démarrage des opérations et l’accueil des premiers clients, témoigne d’une mise en œuvre rapide du projet.

Par ailleurs, le projet s’intègre dans la nouvelle politique maritime et portuaire du pays, portée par le Plan Vision 2050. Celui-ci prévoit le développement de plateformes capables de soutenir des secteurs clés comme la pêche, le transport maritime et les activités offshore, dont la croissance alimente une demande accrue en services techniques.

À plus long terme, Damen évoque aussi la possibilité de relancer des activités de construction navale sur le site, ce qui marquerait un changement d’échelle pour l’industrie maritime sénégalaise.