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Au début des années 2000, le gouvernement de Robert Mugabe avait expulsé de nombreux fermiers blancs. Une politique aux conséquences économiques catastrophiques.
Publié le 11 mai 2026 à 17h15

le gouvernement d’Emmerson Mnangagwa tente d’ouvrir un nouveau chapitre Photo © Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA
Les fermiers blancs quittent l’Afrique du Sud et reviennent au Zimbabwe ? Vingt ans après les grandes expropriations qui ont bouleversé le Zimbabwe, le gouvernement d’Emmerson Mnangagwa tente d’ouvrir un nouveau chapitre. Le pays d’Afrique australe a annoncé vouloir restituer 67 fermes à d’anciens propriétaires étrangers expulsés au début des années 2000, sous la présidence de Robert Mugabe
À l’époque, plusieurs milliers d’agriculteurs blancs avaient été chassés de leurs terres dans le cadre d’une vaste réforme agraire présentée comme une réparation historique. Robert Mugabe entendait alors redistribuer les exploitations agricoles aux populations noires «spoliées durant la période coloniale». «Nous disons non aux Blancs qui possèdent nos terres. Ils doivent partir. Il n’y a pas de place pour eux ici», assurait-il encore en 2015.
L’effondrement de la population blanche
La population blanche du Zimbabwe a connu un effondrement spectaculaire depuis la réforme agraire lancée par Robert Mugabe au début des années 2000. À l’indépendance du pays en 1980, les Blancs, principalement descendants de colons britanniques de l’ancienne Rhodésie, étaient environ 200 000 à 250 000, soit près de 5% de la population. Aujourd’hui, la minorité blanche représente une fraction infime de la population zimbabwéenne, avec environ 30 000 individus.
Entre 2000 et 2005, la politique agraire de Mugabe, appelée « Fast Track Land Reform Programme », menée dans la violence et sans compensation, avait provoqué l’effondrement du secteur agricole autrefois florissant, entraînant avec lui une grave crise économique. Des millions de Zimbabwéens avaient alors émigré vers l’Afrique du Sud, le Royaume-Uni ou le Botswana notamment. Des familles entières avaient fui leurs exploitations sous la pression d’anciens combattants de la guerre d’indépendance. Dans de nombreuses régions, des fermes autrefois prospères avaient ensuite été laissées à l’abandon.
Aujourd’hui, le gouvernement insiste : il ne s’agit pas de remettre en cause l’héritage de la réforme agraire de Mugabe. Selon le ministre de l’Agriculture, cette restitution vise avant tout à régler de vieux contentieux diplomatiques et à respecter des accords bilatéraux d’investissement conclus avec plusieurs pays européens.
Aujourd’hui, le gouvernement insiste : il ne s’agit pas de remettre en cause l’héritage de la réforme agraire de Mugabe. Selon le ministre de l’Agriculture, cette restitution vise avant tout à régler de vieux contentieux diplomatiques et à respecter des accords bilatéraux d’investissement conclus avec plusieurs pays européens. Les fermes concernées appartenaient à des ressortissants du Danemark, de la Suisse, de l’Allemagne et des Pays-Bas.
Mais sur le terrain, le retour des anciens propriétaires s’annonce extrêmement compliqué. Johan Willemse, professeur sud-africain d’économie agricole dont la famille possédait elle-même une ferme au Zimbabwe, estime, auprès de RFI, que beaucoup d’exploitations sont aujourd’hui méconnaissables. « La plupart des infrastructures qui se trouvaient sur ces fermes n’existent plus. Il faudrait redévelopper ces fermes à partir de zéro », explique-t-il. Selon lui, il sera difficile de relancer la production agricole, d’autant que certaines terres sont désormais occupées par d’autres habitants. « Des personnes me disent qu’elles ne sont pas prêtes à prendre ces risques », ajoute-t-il.
Parallèlement, le Zimbabwe pourrait également autoriser environ 400 agriculteurs blancs à racheter leurs anciennes exploitations afin d’y rester installés.
Le gouvernement avait déjà annoncé en 2020 un vaste plan de compensation de 3,5 milliards de dollars destiné aux fermiers expropriés. Mais faute de moyens financiers, cette promesse n’a jamais véritablement été appliquée.
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