Alors que le Royaume entre dans une phase avancée de transition démographique, le Fonds des Nations Unies pour la population s’apprête à évaluer son 10e programme de pays, couvrant la période 2023-2027. Au-delà d’un simple bilan de coopération, cet exercice doit mesurer la contribution du programme aux grands chantiers sociaux en cours. Une évaluation qui permettra de mieux orienter l’exploitation des politiques sociales.

Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) au Maroc s’apprête à passer au crible son 10e programme de pays, couvrant la période 2023-2027. Un exercice qui vise à apprécier la pertinence, la performance et les effets du programme actuellement mis en œuvre avec les autorités marocaines. L’enjeu dépasse le simple bilan institutionnel, il s’agit de mesurer la contribution de l’UNFPA aux grands chantiers sociaux du Royaume.

Le programme évalué est aligné sur le Nouveau modèle de développement (NMD) 2021-2035, sur le Cadre de coopération des Nations Unies pour le développement durable 2023-2027, ainsi que sur plusieurs politiques nationales (santé sexuelle et reproductive, protection sociale, jeunesse, lutte contre les violences faites aux femmes et réforme du Code de la famille).

Le défi de l’inclusion féminine
Les données démographiques placent le Maroc face à une nouvelle équation de développement. La population légale s’élève à 36,8 millions d’habitants, selon le RGPH 2024. Le rythme d’accroissement annuel moyen ralentit nettement, à 0,85% entre 2014 et 2024, contre 1,25% lors de la décennie précédente. Plus structurant encore, l’indice synthétique de fécondité est désormais passé sous le seuil de remplacement, à 1,97 enfant par femme.

Cette évolution confirme l’entrée du pays dans une transition démographique avancée. Elle ouvre un débat économique majeur : comment transformer le dividende démographique restant en gains de productivité, alors même que la fenêtre d’opportunité se resserre ? Le vieillissement de la population, la baisse de la taille des ménages et l’urbanisation croissante imposent déjà de repenser l’offre de santé, la protection sociale, l’aménagement territorial et les politiques d’emploi. L’autre indicateur clé est celui de la participation économique des femmes.

Le taux d’activité féminin s’établit à 16,8% en 2024, contre 67,1% pour les hommes. Cet écart, parmi les plus marqués de la région, pèse directement sur le potentiel de croissance du pays, alors que le NMD fixe l’objectif d’un taux de participation féminine de 45% à l’horizon 2035. C’est dans ce contexte que l’évaluation de l’UNFPA examinera les actions menées en faveur de l’autonomisation des femmes, de la lutte contre les violences basées sur le genre et de la réforme des cadres juridiques, dont l’appui technique au processus de révision de la Moudawana.

Santé reproductive : des progrès, mais des écarts persistants
Sur le front sanitaire, le Maroc a enregistré des avancées substantielles. La mortalité maternelle est passée de 112 décès pour 100.000 naissances vivantes en 2010 à 72,6 en 2018. Le taux d’accouchements assistés par du personnel qualifié atteint 86,6%. Mais les disparités territoriales restent fortes : 96,6% en milieu urbain, contre 73,2% en milieu rural. Les besoins non satisfaits en planification familiale concernent encore 11,3% des femmes en âge de procréer. L’évaluation devra ainsi apprécier la capacité du programme à soutenir l’accès universel à des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, notamment pour les adolescentes, les jeunes femmes, les personnes en situation de handicap, les migrantes et les populations rurales.

Parmi les axes examinés figurent la diversification de l’offre contraceptive, la télésanté, la digitalisation du carnet mère-enfant et les modèles de services intégrés santé reproductive/violences basées sur le genre. L’un des volets les plus économiques du programme concerne la donnée. L’UNFPA a appuyé le Haut-commissariat au plan dans la préparation et la valorisation du RGPH 2024, notamment à travers des outils numériques, des plateformes de formation, des tableaux de bord régionaux et des études prospectives.

Cette dimension est stratégique, les politiques publiques territorialisées exigeant désormais des données fines, désagrégées et exploitables. La consultation prévoit que l’équipe d’évaluation analyse la capacité des institutions nationales et infranationales à produire et utiliser ces données pour orienter les politiques publiques. L’intelligence démographique devient ainsi un instrument de gouvernance qui doit permettre de mieux cibler les dépenses sociales, d’anticiper les besoins sanitaires et de réduire les inégalités territoriales.

Au-delà de l’audit de performance, cette évaluation préparera le prochain cycle de coopération entre l’UNFPA et le Maroc. Elle devra identifier les résultats obtenus, les limites de mise en œuvre, les effets sur les populations les plus vulnérables et les ajustements nécessaires pour la période suivante.

Pour le Maroc, tout l’enjeu repose sur un diagnostic utile au pilotage des politiques sociales dans un contexte de recomposition démographique rapide. Pour l’UNFPA, il s’agit de démontrer la valeur ajoutée d’un programme situé au croisement de la santé, du genre, de la jeunesse et de la donnée publique. Dans un Maroc engagé dans la construction d’un État social, cette évaluation pourrait devenir un marqueur discret mais significatif de la nouvelle gouvernance des politiques publiques.

Maryem Ouazzani / Les Inspirations ÉCO