Dans son analyse hebdomadaire du marché, le courtier de fret Intermodal revient sur les évolutions à attendre sur les flux de gaz naturel liquéfié (GNL). Les décisions européennes de sanctionner le gaz russe et l’augmentation de la production américaine peut modifier les chaînes logistiques.

Un article de Ports et Corridors. La décision de l’Europe de rompre officiellement ses derniers liens gaziers avec la Russie marque la fin d’un chapitre qui a défini le système énergétique du continent pendant des décennies. Présentée comme une sanction destinée à entraver l’effort de guerre de Moscou en Ukraine, cette mesure reflète un changement structurel plus profond, estime le courtier de fret Intermodal.

Le gaz, un combustible essentiel dans le mix énergétique

L’interdiction progressive du gaz russe en Europe est échelonnée jusqu’à la fin de 2027. Ainsi, les approvisionnements par gazoduc et par navires vont se tarir. Selon Intermodal, « le déficit sera principalement comblé par les flux maritimes. Le GNL ne sera pas un outil d’équilibrage marginal, il deviendra un pilier central de l’approvisionnement. » En 2025, l’UE a importé environ 146 milliards de m³ de GNL, faisant de ce combustible un élément clé du mix énergétique européen.

Une hausse de 285 % de GNL américain en Europe

À court terme, le déficit laissé par les volumes russes est principalement comblé par les États-Unis. Le GNL américain est rapidement passé d’une source flexible à la principale source de gaz de l’Europe, représentant de 55 à 60 % des importations totales de GNL de l’UE, soit 81 Mdm³ en 2025, une hausse de 285 % par rapport à 2021. Les accords en cours et potentiels avec les fournisseurs américains laissent entrevoir un scénario où les volumes américains pourraient approcher 40 % de la demande totale de gaz en Europe, voire 80 % des importations de GNL d’ici la fin de la décennie.

Des livraisons de 7 Mdm³ par mois

Dans le même temps, les volumes de gaz russe vers l’Europe diminuent, passant de 151 Mdm³ en 2021 à 37 Mdm³ en 2025. Cette réduction est compensée par les États-Unis, qui fournissent environ 21 Mdm³ sur la même période. Cette dépendance devient particulièrement visible en période de crise : le froid de cet hiver a porté les livraisons de GNL américain à environ 7 Mdm³ par mois. Si ce flux renforce la sécurité énergétique, il introduit également un nouveau dilemme stratégique. L’Europe réduit son exposition à l’énergie russe, mais concentre les risques ailleurs. Le GNL américain offre échelle, flexibilité et alignement politique, mais la dépendance demeure.

Le déplacement des risques

Cette dépendance génère un ensemble différent de vulnérabilités, liées à la politique d’exportation américaine, à sa politique intérieure et à l’utilisation du commerce comme levier géopolitique. Les tensions récentes entre Bruxelles et Washington montrent que même les chaînes d’approvisionnement alliées ne sont pas à l’abri de perturbations. Cette situation fait passer l’Europe d’une simple substitution à une diversification, les acheteurs privilégiant l’optionalité à mesure que les contrats russes à long terme expirent à partir de 2027.

Le Qatar, une sécurité d’approvisionnement

Dans ce contexte, le Qatar apparaît comme un pilier essentiel de la stratégie de diversification européenne. Le GNL qatari représente déjà 15 à 20 Mdm³ en Europe. Les extensions de capacité à North Field East et North Field South devraient augmenter de 55 Mdm³ par an l’offre mondiale d’ici la fin de la décennie. Contrairement au GNL américain, les volumes qataris sont généralement vendus dans le cadre de contrats à long terme de 15 à 25 ans, offrant une sécurité d’approvisionnement au détriment de la flexibilité. Pour l’Europe, ce compromis devient acceptable, car il limite la dépendance à un seul fournisseur.

L’Azerbaïdjan et le Nigéria, nouvelles sources d’approvisionnement

L’Azerbaïdjan peut augmenter ses livraisons de gaz via le corridor gazier sud-européen, avec un engagement à porter ses exportations à 20 Mdm³. En janvier 2026, le gaz azéri a commencé à être acheminé vers l’Allemagne et l’Autriche, mais la capacité reste limitée. Les retards à Shah Deniz et la nécessité d’étendre les gazoducs repoussent les délais au-delà de l’objectif initial de 2027. Le Nigéria est également envisagé comme une source à long terme, offrant des solutions par voie maritime et par gazoduc, avec deux projets à l’étude : le gazoduc transsaharien (prévu en 2030) et le gazoduc Nigéria-Maroc, dont le calendrier reste incertain.

L’implication pour la logistique maritime

Pour le secteur maritime, les conséquences sont claires. Le remplacement du gaz russe acheminé par gazoduc par du GNL américain allonge les distances de transport et augmente la demande en tonnes-kilomètres. L’expansion des capacités de liquéfaction et d’exportation américaine ancre durablement les flux transatlantiques vers l’Europe. En fin de compte, l’Europe ne cherche pas l’indépendance énergétique totale, mais se dirige vers un système plus complexe, dépendant du transport maritime et de la diversification des fournisseurs.

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