Ce 20 novembre, en amont du sommet du G20 qui s’est tenu à Johannesburg, l’Union européenne et l’Afrique du Sud ont paraphé un accord de partenariat dans le domaine des minéraux critiques. « Nous avons besoin de ces intrants pour alimenter la transition énergétique propre, ici comme en Europe. L’avenir de notre économie repose donc sur des chaînes d’approvisionnement équitables et fiables », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, lors de la conférence de presse. Quant au président sud-africain, Cyril Ramaphosa, il affirme : « Nous n’allons plus nous contenter d’extraire des minéraux. Nous voulons les transformer sur le lieu même de leur extraction […] afin que l’Afrique du Sud puisse commencer à monter en gamme ».

Pour l’instant, les contours de cette entente qualifiée de « sans précédent » par Ramaphosa n’ont pas été détaillés. Elle vient néanmoins confirmer l’ambition affichée depuis quelques années par l’UE, qui entend sécuriser son approvisionnement en minéraux critiques et qui cherche la parade à sa dépendance vis-à-vis de la Chine. La veille de la signature, Stéphane Séjourné, le commissaire européen à l’Industrie, avait annoncé dans un entretien accordé au Financial Times que le bloc économique envisage de mettre sur pied une autorité centrale pour coordonner l’achat et le stockage de minéraux critiques, dans un contexte de tensions entre les États-Unis et la Chine à propos des terres rares.

Dans le cadre de son objectif de neutralité carbone en 2050, l’UE aura en effet besoin d’importantes quantités de ces ressources clés dans la production de batteries et dans les technologies bas carbones. La Commission européenne estime qu’elle aura besoin de 18 fois plus de lithium en 2030 qu’en 2020, et de 5 fois plus de cobalt.

Une concurrence croissante sur un marché africain plus exigeant

Face à ses besoins croissants en minerais critiques, l’UE entend compter sur une Afrique qui détient, selon plusieurs estimations, 30% des réserves mondiales de minerais critiques, dont le cuivre, le cobalt, le graphite, le lithium et les terres rares. Ses ambitions s’inscrivent toutefois dans un contexte de concurrence exacerbée. Au-delà la Chine qui domine l’extraction de plusieurs minerais comme le cobalt et le cuivre, notamment en République démocratique du Congo, d’autres acteurs convoitent ces ressources stratégiques africaines.

En août 2025, le fonds qatari Al Mansour Holding a dévoilé un plan d’investissement de 100 milliards USD (environ 86,7 milliards d’euros) entériné à travers plusieurs accords couvrant notamment le secteur minier dans plusieurs pays du continent. Un mois plus tard, le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) annonçait aussi un investissement de 500 millions USD (environ 433,5 millions d’euros) dans le canadien Ivanhoe Mines, qui exploite la plus grande mine congolaise de cuivre, Kamoa-Kakula. En décembre 2022, les USA avaient conclu un protocole d’accord avec la Zambie et la RDC pour accompagner ces dernières dans la création d’une filière industrielle complète pour la production de batteries électriques, allant de l’extraction minière à l’assemblage.

Stratégie européenne plus compétitive

Dans un tel contexte de rivalités stratégiques, de multiplication des offres et d’intensification des investissements, les observateurs estiment que la stratégie de Bruxelles qui consiste à tisser des partenariats avec des pays alliés ou « amis » (stratégie dite de « friendshoring ») pourrait être insuffisante. Pour espérer sécuriser durablement son accès aux ressources africaines, les observateurs estiment que l’UE devra probablement adopter une approche plus compétitive, plus flexible et davantage alignée sur les priorités économiques et industrielles des pays du continent.

Cela implique entre autres des investissements dans les installations industrielles sur place, et un soutien à des projets de transformation locale pour un partage de la valeur ajoutée, au-delà de la simple sécurisation des approvisionnements pour l’Europe. De telles évolutions pourraient permettre à l’Union européenne de s’aligner sur les ambitions montantes des pays africains qui veulent dépasser le simple stade de la fourniture de matières premières sur le marché des minéraux stratégiques, et plus globalement des ressources minières.