Assuré de l’emporter avant même la tenue du scrutin, Yoweri Museveni, à la tête de l’Ouganda depuis 1986, a été proclamé, samedi 17 janvier, vainqueur de la présidentielle par la commission électorale.

Selon les résultats finaux annoncés par le président de la commission électorale, Simon Mugenyi Byabakama, Yoweri Museveni est crédité de 71,65 % des suffrages, contre 24,72 % pour son principal opposant Bobi Wine. 

L’ex-guérillero, âgé de 81 ans officiellement, remporte donc un septième mandat consécutif et prolonge ses presque 40 ans de règne en s’étant appuyé sur un contrôle total de l’appareil électoral et sécuritaire. Il a fait modifier deux fois la Constitution pour supprimer les limites d’âge et de mandats présidentiels. 

Sur le continent, seuls Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale et Paul Biya au Cameroun ont passé plus de temps que lui au pouvoir.

Dans une vidéo publiée sur X peu avant leur annonce officielle, Bobi Wine a exprimé son « rejet total des résultats truqués » et affirmé s’être caché après un raid des forces de sécurité sur son domicile. 

« Je sais que ces criminels me recherchent partout et je fais de mon mieux pour rester en sécurité », a-t-il publié sur X.

La police a démenti tout raid ayant visé l’opposant et assure que ce dernier est toujours chez lui, tout en reconnaissant qu’un dispositif policier était déployé autour de sa résidence. 

« Nous ne pouvons tolérer que des individus utilisent son domicile pour se rassembler et (…) inciter à la violence », s’est défendu le porte-parole de la police, Kituuma Rusoke, aux journalistes.

Un important dispositif policier était également déployé dans la capitale, Kampala, ont constaté des journalistes de l’AFP, les forces de sécurité cherchant à empêcher des manifestations du même type que celles qui ont touché le Kenya et la Tanzanie voisins ces derniers mois.

Avant les élections, les autorités avaient coupé internet, qui a été rétabli samedi soir, a constaté l’AFP. Cette coupure a « perturbé l’observation efficace » du scrutin et « accru la suspicion », a déploré Goodluck Jonathan, ex-président du Nigeria et représentant des observateurs électoraux de l’Union africaine.

Le vote s’est déroulé dans un climat « marqué par une répression et une intimidation généralisées », a pointé l’ONU.

  « Père de la Nation »

Yoweri Museveni reste néanmoins pour beaucoup le « père de la Nation », qui a tiré le pays du chaos politique et économique à l’issue d’une guerre de brousse contre ses rivaux dans les années 1980. Plus de 70 % de la population ougandaise a moins de 30 ans et n’a connu que lui au pouvoir.

« Cette victoire est le fruit de son travail acharné, de son dévouement et de son engagement envers le peuple ougandais », s’est réjoui Isaac Kamba, un enseignant de 37 ans, lors d’un rassemblement pro-gouvernemental sur un terrain de cricket à Kampala. 

Pourtant, l’ambiance au rassemblement était loin d’être à la fête, un présentateur ayant même demandé à la foule de se montrer plus enthousiaste si elle voulait recevoir le repas gratuit. 

Un porte-parole du parti de Bobi Wine, la Plateforme d’unité nationale, a rejeté auprès de l’AFP les résultats présidentiels qu’il a qualifiés de « mascarade ». 

Le parti au pouvoir de Yoweri Museveni, le Mouvement de résistance nationale (NRM), disposait également d’une avance considérable au niveau des sièges parlementaires, selon les résultats provisoires. Le dépouillement des bulletins est toujours en cours. 

Avec AFP