C’était une victime collatérale de l’offensive douanière de Donald Trump. L’accord commercial préférentiel entre les États-Unis et de nombreux pays africains, l’AGOA (African Growth and Opportunity Act) n’avait pas été renouvelé avant son expiration au 30 septembre dernier. Il a été réactivé mardi jusqu’à fin 2026, avec effet rétroactif, c’est-à-dire que les exportations africaines des derniers mois seront finalement également exemptées de droits de douane.
Lancé en 2000 sous la présidence du démocrate Bill Clinton, il permet aux pays africains d’exporter de nombreux produits vers les États-Unis sans droits de douane, s’ils respectent une série de conditions (pluralisme politique, respect des droits humains, lutte contre la corruption…). Une trentaine de pays sur la cinquantaine du continent africain bénéficient de l’accord, qui couvre un large éventail de produits allant de l’habillement à l’igname en passant par les voitures.
L’Afrique du Sud en première ligne
En 2024, 8,23 milliards de dollars de marchandises ont été exportées dans le cadre de l’accord, dont 50 % depuis l’Afrique du Sud (automobiles, métaux précieux, produits agricoles), et 20 % depuis le Nigeria (principalement du pétrole et de l’énergie), selon la Commission américaine du commerce international (USITC). Pretoria était confrontée à des milliers de pertes d’emplois avec la fin de l’AGOA et les droits de douane de 30 % qui frappaient ses secteurs automobile et agricole.
Dans le cadre de l’AGOA, Washington exempte de droits de douane les voitures en provenance d’Afrique du Sud. Derrière les métaux précieux, c’est le deuxième secteur d’exportation du pays à destination de Washington, d’après le fisc sud-africain. Début 2025, Billy Tom, président de l’organisation patronale du secteur (Naamsa), indiquait que 86 000 emplois étaient directement liés à l’accord chez les constructeurs, 125.000 en incluant leurs sous-traitants.
Transport, énergie et textile concernés
Au Lesotho par ailleurs, le textile, plus grand pourvoyeur d’emplois du pays, était particulièrement affecté par la fin de l’accord. Des centaines d’employés ont manifesté dans la capitale Maseru fin octobre contre les coupes liées aux nouveaux droits de douane américains. Le Lesotho, que le président américain avait qualifié de « pays dont personne n’a jamais entendu parler », a exporté 150 millions de dollars de marchandises dans le cadre de l’accord en 2024.
Au Kenya (575 millions de dollars dans le cadre de l’AGOA en 2024), un fabricant de jeans a annoncé en septembre le licenciement d’un millier de salariés en raison du non-renouvellement de l’accord. Par secteurs, à l’échelle de la trentaine de pays, les principaux concernés sont les équipements de transport (2,6 milliards de dollars), l’énergie (1,9 milliard), le textile (1,2 milliard), l’agriculture (un milliard) et les métaux et minéraux (800 millions).
« Une victoire très limitée »
Mais la prolongation d’un an de l’accord n’est qu’une simple « bouffée d’oxygène » et pourrait compromettre les investissements à long terme, ont mis en garde mercredi des industriels africains. Au Kenya, le propriétaire d’une usine qui exporte des jeans Wrangler et Levi’s grâce à l’accord a d’abord salué une « bonne nouvelle ». Mais cela ne « vaut guère plus qu’une saison, donc les négociations sont loin d’être terminées », a jugé Pankaj Bedi, directeur général de l’usine United Aryan à Nairobi.
Le dirigeant syndical du Lesotho, Tsepang Makakole, a indiqué à l’AFP que les discussions initiales portaient sur une prolongation de l’AGOA de 10 ans. « On a commencé avec 10 ans, puis trois, et ce n’est plus qu’un an. C’est une victoire très limitée », a-t-il déclaré. « Les investisseurs pourraient se dire « D’ici l’an prochain, nous devons quitter le Lesotho parce que nous voyons bien que ce n’est plus un pays intéressant pour fabriquer et exporter des vêtements vers l’Amérique » », a-t-il ajouté.