(Agence Ecofin) – Alors que le gouvernement chinois forme chaque année des milliers de jeunes Africains à travers, bourses, ateliers Luban et programmes universitaires, l’intelligence artificielle n’apparaît toujours pas dans les axes officiels de cette coopération avec le continent africain.
La Chine restructure son enseignement supérieur au rythme de l’intelligence artificielle (IA). Entre 2021 et 2025, ses établissements ont supprimé 12 200 filières jugées obsolètes et créé 10 200 nouvelles. Cette réforme, largement relayée mi-juin 2026 par la presse locale et plusieurs médias internationaux, illustre un constat sans précédent : plus de 30 % des programmes du supérieur ont ainsi été ajustés en quatre ans.
Concrètement, les lettres, les langues et la gestion reculent au profit des disciplines technologiques. Neuf universités ont, par exemple, ouvert des cursus en « intelligence incarnée ».
Cette réorientation s’inscrit dans une stratégie nationale clairement assumée. Le géant asiatique s’attend à accueillir un nombre record de 12,7 millions de nouveaux diplômés en 2026, alors que le taux de chômage des jeunes dépasse toujours 16 %. Dans ce contexte, Pékin cherche à mieux aligner son système d’enseignement supérieur sur les besoins de son économie.
Cette évolution dépasse toutefois le cadre national et pourrait avoir des répercussions sur ses partenaires. De fait, le continent africain figure parmi les premiers concernés, en raison de l’ampleur de son partenariat universitaire avec Pékin.
Une coopération chiffrée, sans volet IA déclaré
Ce partenariat s’appuie d’abord sur un cadre diplomatique précis. Le Plan d’action de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine (FOCAC) régit la relation jusqu’en 2027. Adopté en septembre 2024, il prévoit 60 000 opportunités de formation pour le continent. Un texte distinct, publié par le ministère chinois des Affaires étrangères, détaille le contenu de cette enveloppe. Il organise l’apprentissage en plusieurs axes complémentaires.
Le premier concerne la gouvernance publique des cadres africains. Le second couvre le développement économique, avec l’agriculture durable et les Ateliers Luban. Sur ce terrain précis, la Chine avait établi 17 de ces ateliers dans 15 pays du continent dès juin 2025. Le troisième volet porte sur les sciences et l’enseignement supérieur, au cœur du partenariat universitaire entre la Chine et l’Afrique. Il englobe le « Plan de coopération Chine-Afrique 100 universités », lancé en 2023 à Johannesburg. Sur 255 établissements candidats, 50 ont été retenus comme membres officiels. Ce dispositif succède au programme « 20 +20 », plus limité, et couvre dix domaines de coopération, parmi lesquels la santé, l’agriculture et le numérique éducatif.
À l’examen des documents officiels, aucun de ces volets ne mentionne explicitement l’intelligence artificielle. Le seul engagement de Pékin sur l’IA envers l’Afrique se trouve ailleurs. Il figure dans le chapitre consacré à la sécurité du Plan d’action de Beijing. Il porte sur le renforcement des compétences en gouvernance de l’IA, sans prévoir de bourses, de formations ou de cursus spécifiquement dédiés à cette technologie.
À cette absence de précisions s’ajoute un manque de transparence statistique. Depuis 2018, le ministère chinois de l’Éducation ne publie plus de données détaillées sur les étudiants étrangers par continent. Cette année-là, plus de 81 000 étudiants africains étudiaient en Chine, soit 16,6 % du total.
Un chantier encore absent du partenariat universitaire
Le silence sur l’intelligence artificielle a un coût, alors que le marché du travail africain reste sous tension. Les estimations disponibles indiquent une forte pression démographique sur l’emploi des jeunes, avec une hausse attendue de la main-d’œuvre jeune africaine de plus de 73 millions d’ici 2050.
Face à cette tension, l’Union africaine affiche des ambitions claires pour sa jeunesse. L’Agenda 2063 se présente comme le cadre stratégique continental de transformation et mentionne explicitement les compétences, la science, la technologie et l’innovation comme leviers de développement.
Un premier signal ciblé sur l’IA est apparu en avril 2026. Le Secrétariat du comité chinois de suivi du FOCAC a lancé un concours sur des cas d’application de l’IA pour la jeunesse africaine, avec une visite d’étude en Chine pour les lauréats. Le document officiel précise que l’initiative porte sur des usages liés au bien-être public, au progrès scientifique, à l’application industrielle, aux échanges culturels et au développement des talents.
Ce concours reste toutefois ponctuel. Il ne constitue pas, à ce stade, une intégration structurée de l’IA dans les cursus universitaires du partenariat sino-africain. Les textes publiés ne mentionnent, à ce jour, aucun dispositif académique permanent de ce type.
Un prochain rendez-vous pourrait toutefois offrir une nouvelle impulsion. L’année 2026 a été proclamée « Année sino-africaine des échanges humains et culturels », avec un programme d’activités dévoilé par la diplomatie chinoise. Reste à savoir si cette dynamique se traduira par l’intégration d’un volet consacré à l’intelligence artificielle dans la coopération entre Pékin et les pays africains.
Félicien Houindo Lokossou
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