Le seul taureau de Tawakal encore en vie n’arrive plus à se lever et gît au même endroit depuis près d’une semaine. Ses os saillent sous sa peau. Son propriétaire le regarde, impuissant. « Il n’y a plus d’eau », « nous n’avons plus de nourriture », se lamente Bishar Maalim Mohammed. « Nous sommes en danger. »

Dans la grande ville voisine de Banisa, le grand bassin de rétention d’eau s’est asséché, laissant place à une vaste étendue stérile désormais utilisée par les enfants comme terrain de jeu.

Rationnement

La ville dépend désormais d’un bassin plus petit, dans le village de Lulis, mais son niveau baisse dangereusement. Des troupeaux de chèvres, de vaches et de chameaux – dont certains ont parcouru jusqu’à 30 kilomètres – se bousculent pour accéder à l’eau qui reste, que les autorités rationnent afin de prolonger les réserves. « Dans deux semaines, cette eau sera finie », observe Aden Hussein, un habitant de Lulis.

Plus de 2 millions de Kényans (sur environ 53 millions) sont confrontés à une insécurité alimentaire croissante après les déficits de pluviométrie entre octobre et décembre, estime l’Autorité nationale de gestion de la sécheresse (NDMA). Selon la Famine early warning systems network (FEWS Net), une organisation de surveillance de la sécurité alimentaire, entre 20 et 25  millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire humanitaire entre Kenya, Somalie et Éthiopie, plus de la moitié d’entre elles du fait de la sécheresse.

Face à cette situation, les hôpitaux du comté de Mandera sont débordés. Dans celui de Banisa, l’afflux d’enfants gravement malnutris, dont certains viennent d’Ethiopie, a saturé le service pédiatrique. « Les cas de malnutrition augmentent » car les enfants dépendaient « uniquement du lait de chèvre et de chameau, mais il n’y en a plus du tout », constate Khalid Ahmed Wethow, nutritionniste hospitalier à Banisa.

Le service dépendait jusqu’à récemment du Programme alimentaire mondial (PAM) pour les suppléments alimentaires destinés aux nourrissons et aux mères allaitantes. Mais les coupes claires ces derniers mois dans l’aide internationale – notamment des États-Unis et de l’UE – a contraint l’agence onusienne à réduire ses aides. L’hôpital n’a rien reçu depuis six mois.

Si la sécheresse persiste, « nos enfants seront les prochains à mourir », craint Bishar Mohamed, qui n’a rien à voir avec son homonyme précédemment mentionné.