Maroc Telecom accélère son virage vers les réseaux de nouvelle génération. Porté par la Data, la fibre et les performances de Moov Africa, le groupe affiche au premier semestre 2026 une croissance de 5,4% de son chiffre d’affaires et maintient une marge d’EBITDA supérieure à 50%, tout en renforçant sensiblement ses investissements.

Maroc Telecom aborde 2026 avec une ligne stratégique claire : investir davantage dans les réseaux de nouvelle génération pour capter la croissance des usages numériques, tout en protégeant une rentabilité élevée. Au premier semestre, le groupe a porté son chiffre d’affaires consolidé à 19 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 5,4%, et son EBITDA à 9,54 milliards, en progression de 5,1%. Sa marge d’EBITDA reste quasiment stable à 50,2%, malgré l’accélération des dépenses d’investissement. Derrière ces résultats se dessine un modèle de moins en moins dépendant de la voix et davantage tiré par la Data, la fibre, les services financiers mobiles et les infrastructures mutualisées.

L’investissement au cœur du nouveau cycle
Le premier marqueur de cette inflexion réside dans l’effort consacré aux réseaux. Hors fréquences et licences, les investissements ont représenté 17,6% des revenus du groupe à fin juin, contre 15,7% un an auparavant. Leur montant atteint 3,42 MMDH, en hausse de 7,3%. Maroc Telecom maintient parallèlement son objectif annuel de CAPEX équivalant à environ 25% du chiffre d’affaires, signe que le groupe accepte de mobiliser davantage de ressources aujourd’hui pour préparer ses relais de croissance futurs.

Cette orientation est particulièrement visible au Maroc, où les investissements ont bondi de 28,9%, à 2,01 MMDH. Ils absorbent désormais 21,4% des revenus réalisés sur le marché national. Le paiement d’une partie des équipements liés au déploiement de la 5G, intervenu au premier trimestre, a notamment pesé sur le cash-flow opérationnel des activités marocaines. Celui-ci recule de 8,2%, à 2,48 milliards.

Cette évolution s’inscrit ainsi dans un cycle d’équipement plus soutenu, plutôt que dans un recul de la performance opérationnelle. Le groupe poursuit en parallèle le déploiement des infrastructures mutualisées issues des partenariats conclus au Maroc. Cette approche doit accompagner l’extension du très haut débit fixe et mobile dans un secteur où la fibre et la 5G nécessitent des investissements lourds et continus. La feuille de route combine ainsi renforcement des capacités, partage des infrastructures et maîtrise des coûts.

La Data prend le relais des métiers historiques
Sur le marché marocain, la croissance reste mesurée, mais sa composition évolue. Le chiffre d’affaires progresse de 2,2%, à 9,4 MMDH, soutenu par le mobile, en hausse de 1,4%, et le fixe, qui avance de 4,5%. Le principal moteur vient toutefois des usages numériques : les revenus de la Data mobile augmentent de 20,2%, tandis que ceux de la Data fixe progressent de 12,3%. La fibre constitue l’un des piliers de cette dynamique. Le parc FTTH s’est accru de 30%, confirmant que la croissance du fixe repose désormais sur une montée en gamme technologique.

À fin juin, le parc mobile total au Maroc baisse de 2,2%, à 18,52 millions de clients, alors que le nombre d’utilisateurs de l’Internet mobile 3G, 4G+ et 5G augmente de 5,2%, à 11,56 millions. Le contraste résume le changement de priorité : l’enjeu ne consiste plus seulement à accumuler des abonnés, mais à développer les usages et la valeur générée par les connexions.

Cette évolution permet à Maroc Telecom de préserver ses équilibres opérationnels. L’EBITDA des activités marocaines augmente de 2,2%, à 5,17 MMDH, avec une marge stable à 55%. Hors l’effet exceptionnel lié à l’accord conclu avec Wana Corporate et comptabilisé en 2025, l’EBITA du Maroc progresse de 8,4%. Le groupe parvient donc à maintenir un niveau élevé de rentabilité tout en absorbant un effort d’investissement sensiblement plus important.

Moov Africa, premier moteur de croissance
Le deuxième pilier stratégique se situe hors du Maroc. Les filiales Moov Africa ont généré 10,15 MMDH de chiffre d’affaires au premier semestre, en hausse de 7,5%. Leur rythme de progression est plus de trois fois supérieur à celui des activités nationales et leur contribution dépasse désormais la moitié des revenus consolidés du groupe. Cette croissance internationale repose elle aussi sur le déplacement des usages. La Data mobile progresse de 12,5% et le mobile Money de 18,2%, compensant la baisse de la voix et des revenus de l’entrant international.

L’intérêt stratégique du portefeuille africain ne tient donc plus uniquement à l’élargissement géographique de la base de clientèle. Il réside également dans la capacité du groupe à accompagner la demande de connectivité et de services financiers numériques sur ses différents marchés. La performance opérationnelle confirme cette montée en puissance. L’EBITDA des filiales augmente de 8,7%, à 4,38 MMDH, plus rapidement que leur chiffre d’affaires. Leur marge gagne 0,5 point pour atteindre 43,1%, grâce à l’amélioration de la marge brute et à la maîtrise des coûts. Le cash-flow opérationnel international bondit de 22,7%, à 2,13 milliards.

Cette génération de trésorerie constitue un levier important pour financer les investissements dans le très haut débit et le mobile Money. La progression des parcs demeure toutefois contrastée selon les pays. Le nombre de clients mobiles augmente notamment de 24,6% au Togo, de 19,9% au Burkina Faso, de 13,2% au Niger et de 8,2% en Côte d’Ivoire. Il recule en revanche de 15,2% au Mali et de 14,4% au Bénin. Le Haut Débit fixe connaît également des trajectoires différenciées, avec une hausse de 84,5% en Côte d’Ivoire et de 47,6% en Mauritanie, mais une baisse de 37% au Mali. Ces écarts rappellent que l’expansion africaine reste un portefeuille de marchés aux dynamiques et aux contraintes distinctes.

Une capacité financière encore préservée
À l’échelle du groupe, le cash-flow opérationnel progresse de 3,9%, à 4,61 MMDH. La dette nette s’établit à 18,19 milliards, soit 0,9 fois l’EBITDA annualisé. Ce levier contenu permet à Maroc Telecom de soutenir ses réseaux sans déséquilibrer sa structure financière, alors que les besoins d’investissement devraient rester élevés. La forte baisse apparente du résultat net, ramené à 2,48 MMDH, doit être replacée dans son contexte. Le premier semestre 2025 avait bénéficié de recettes exceptionnelles liées à l’accord conclu avec Wana Corporate.

Hors cet élément non récurrent, les performances nettes du groupe progressent de 8,1%. De même, l’EBITA consolidé, affiché en recul à 5,69 MMDH, ressort en hausse de 6,8% une fois cet effet neutralisé. Maroc Telecom confirme ainsi ses perspectives pour 2026 : une croissance du chiffre d’affaires et de l’EBITDA, assortie d’un CAPEX hors fréquences et licences proche de 25% des revenus, à périmètre et taux de change constants. Le groupe reste néanmoins exposé aux tensions géopolitiques, à la volatilité des coûts et aux difficultés d’approvisionnement énergétique rencontrées dans certains marchés.

Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO

L’émission

Chaque semaine, un grand invité décrypte les enjeux de l’économie marocaine.