Adil Ettabaa
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21:36 – 22 novembre 2025

Une étude publiée par la Geological Society of America, fondée sur des modélisations tridimensionnelles réalisées par des équipes portugaises et allemandes, conclut que le détroit de Gibraltar pourrait avoir engagé un processus de fermeture progressive. Les auteurs expliquent que «le détroit de Gibraltar – cette étroite bande marine entre l’Espagne et le Maroc – ne serait pas aussi immuable qu’on le suppose, car il montrerait déjà les signes d’un repli géologique».

Située au point de rencontre des plaques africaine et eurasiatique, la région demeure animée de mouvements continus, invisibles pour le voyageur mais bien présents dans les profondeurs. Leur modèle met en évidence un enfoncement de la plaque méditerranéenne occidentale sous la plaque atlantique, mécanisme de subduction longtemps jugé improbable. Les spécialistes rappellent que la persistance de secousses notables, telles que celles survenues dans le Haut Atlas marocain, «témoigne d’un système géodynamique qui n’est nullement figé mais en pleine évolution». Ils précisent que la Méditerranée se rétracte depuis des millions d’années tandis que l’Atlantique s’élargit très lentement, mais que cette configuration pourrait désormais changer, la subduction semblant migrer vers l’ouest en direction de l’océan.

Une recomposition continentale à l’échelle de la Terre

Les chercheurs estiment que la fermeture du détroit pourrait survenir dans un horizon de vingt millions d’années, laps de temps bref à l’échelle géologique. Ils expliquent que «la jonction future de l’Afrique et de l’Europe représenterait une transformation majeure, presque immédiate si l’on adopte la mesure du temps terrestre». Ils envisagent l’apparition d’une vaste zone de forte activité sismique et volcanique, comparable à l’anneau qui ceinture l’océan Pacifique. Le sud de l’Europe et le nord de l’Afrique deviendraient alors des espaces d’intense agitation géologique.

Les auteurs rappellent enfin que les cartes ne figent qu’un instant : «Les rivages ne sont que des lignes passagères et les continents poursuivent leur lente dérive». Ils ajoutent que, malgré les distances culturelles ou politiques entre l’Espagne et le Maroc, «leur proximité géologique se resserre déjà». Selon eux, ce processus n’a rien d’un bouleversement brutal mais relève du mouvement naturel d’une planète en constante transformation.