Le président kényan, William Ruto, et son homologue américain, Donald Trump, lors de la cérémonie de signature de l’accord de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, à l’Institut des Etats-Unis de la paix, à Washington, le 4 décembre 2025. ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP
Jeudi 4 décembre, le Kenya est devenu le premier Etat d’Afrique, et plus largement du Sud global, à signer un accord bilatéral avec les Etats-Unis de Donald Trump en matière de santé. Le texte, paraphé à Washington par le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, et le président kényan, William Ruto, est aussi le premier de ce type conclu depuis la dissolution, en février, de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid).
L’accord prévoit le versement par les Etats-Unis de plus d’1,6 milliard de dollars (1,37 milliard d’euros) au système de santé kényan, sur cinq ans, pour lutter contre le sida, le paludisme, la tuberculose et la polio. Le Kenya contribuera à hauteur de 850 millions de dollars supplémentaires et s’engage, à terme, à « assumer une plus grande responsabilité financière », selon le département d’Etat américain.
Le Kenya fait partie des rares pays africains « bien vus » à Washington. Nairobi a en particulier gagné la considération des Etats-Unis en prenant la tête de la mission multinationale de soutien à la sécurité en Haïti, pays des Caraïbes ravagé par la violence des gangs.
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Même si le succès de ce déploiement, lancé en juillet 2024, est mitigé – sur les 2 500 policiers prévus initialement, moins de 1 000 hommes ont été déployés sur le territoire haïtien –, M. Rubio a salué cet engagement et souhaité que le Kenya poursuive cette mission, désormais placée sous mandat onusien.
Court-circuiter l’OMS
Selon plusieurs observateurs, l’accord de jeudi, passé d’Etat à Etat, serait surtout un moyen de court-circuiter l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de mettre à mal le multilatéralisme qui prévalait jusqu’à présent en la matière. Marco Rubio ne s’en est pas caché : « Nous n’allons pas dépenser des millions de dollars pour financer le complexe industriel des ONG alors que des partenaires proches et importants comme le Kenya n’ont que très peu d’influence sur l’utilisation des fonds alloués à la santé. En résumé, si vous voulez aider un pays, travaillez avec ce pays, et non avec un tiers. »
Les fonds débloqués « seront acheminés directement par le biais des institutions gouvernementales, éliminant ainsi les intermédiaires et garantissant que l’aide parvienne aux bénéficiaires visés, pour un impact et une responsabilisation optimaux », a appuyé William Ruto.
Le Rwanda a emboîté le pas au Kenya samedi, signant à son tour un accord bilatéral avec les Etats-Unis pour un montant de 228 millions de dollars sur cinq ans. Les accords bilatéraux de ce type devraient se multiplier dans les semaines à venir, tous entrant dans le cadre de la nouvelle politique de santé américaine pour le monde – America First Global Health Strategy –, dévoilée en septembre.
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En janvier, tout juste investi, Donald Trump avait annoncé que son pays se retirerait de l’OMS, dont il était membre depuis 1948. Le président américain reproche à l’organisation internationale sa mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19 et estime la contribution financière américaine trop importante. Les Etats-Unis doivent officiellement quitter le régulateur de la santé mondiale le 22 janvier 2026.
Accès à des données sensibles
Lors de discussions préparatoires, courant novembre, alors qu’une délégation américaine se trouvait à Nairobi, un point crucial a été au cœur des discussions : le droit pour les Etats-Unis d’accéder aux données sur les « agents pathogènes à potentiel épidémique » du pays. En clair, la possibilité pour les Américains de consulter directement les cas de maladies à fort risque épidémique du pays.
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Jusqu’à présent, ces données étaient transmises à l’OMS, qui centralisait les informations venues de l’ensemble de ses membres pour, ensuite, coordonner la réponse sanitaire. Le texte de l’accord final n’a pas été rendu public, mais il semble bien que l’accès à ces données sensibles soit dans la version définitive.
Aden Duale, le ministre de la santé kényan, a affirmé que « dans le cadre du nouvel accord Etats-Unis – Kenya (…), tout partage de données [serait] soumis à la législation kényane » et que « seules les données anonymisées et agrégées [seraient] partagées ». Ces mots n’ont pas suffi à rassurer les observateurs et acteurs de la vie politique kényane.
« Quelles catégories de données spécifiques vont être partagées ? Les données génomiques, les schémas de maladies, les données de santé mentale, les demandes de remboursement d’assurance, les dossiers hospitaliers ou les données biométriques sont-ils inclus ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi cela n’est-il pas explicitement précisé ? », a interrogé, sur X, l’avocat et opposant politique Willis Otieno. Le lanceur d’alerte Nelson Amenya a, lui, demandé la publication de l’intégralité de l’accord.