Accueilli par son homologue algérien, Sifi Ghrieb, Abdoulaye Maïga doit tenter de relancer une coopération mise à mal par la crise qui a opposé les deux voisins. Si les conséquences économiques sont restées limitées, les enjeux commerciaux et stratégiques demeurent importants, notamment pour le nord du Mali et pour l’influence de l’Algérie au

Sahel.

Volume des échanges

Malgré une frontière commune de plus de 1 300 kilomètres, le Mali et l’Algérie n’ont jamais entretenu des échanges commerciaux particulièrement importants. C’est l’une des raisons pour lesquelles la crise diplomatique, qui a éclaté entre les deux pays, n’a pas provoqué de choc économique majeur.

Mais, cette brouille a néanmoins eu des conséquences locales, notamment dans le nord du Mali, où les échanges transfrontaliers avec l’Algérie constituent, depuis longtemps, une source essentielle d’approvisionnement en produits alimentaires, équipements ménagers ou biens manufacturés.

Contexte régional difficile

Pour le Mali, le réchauffement des relations intervient surtout dans un contexte régional compliqué. Bamako cherche à diversifier ses débouchés commerciaux, alors que plusieurs corridors traditionnels sont confrontés à des défis sécuritaires. « Pourquoi ce dégel est important aujourd’hui ? Parce que le Mali fait face à plusieurs contraintes dans son environnement régional. La sortie de la Cédéao constitue un défi. Il y a également les difficultés sécuritaires sur le corridor Dakar-Bamako, notamment avec la présence du Jnim, qui augmente les coûts de transport et de transaction », analyse l’économiste sénégalais, Sérigne Moussa Dia.

La fermeture des espaces aériens et le refroidissement des relations politiques avec l’Algérie ont également compliqué les flux commerciaux et ralenti plusieurs projets de coopération.

Le Mali renoue le dialogue avec l'Algerie avec la visite de travail de son Premier ministre à Alger.<span class="copyright">Fanny Noara-Kabrè/AFP</span>

Le Mali renoue le dialogue avec l’Algerie avec la visite de travail de son Premier ministre à Alger.Fanny Noara-Kabrè/AFP

Alger veut garder son influence

L’Algérie poursuit, quant à elle, ses propres objectifs stratégiques. Alger cherche, depuis plusieurs années, à renforcer sa présence économique au Sahel, une région qu’elle considère comme essentielle à sa sécurité et à son rayonnement. Sérigne Moussa Dia. « Au-delà des échanges commerciaux, il y a d’autres enjeux pour l’Algérie. Le pays cherche à diversifier ses investissements et à renforcer sa présence dans l’espace sahélien. Le Mali dispose d’importantes ressources naturelles et énergétiques, tandis que l’Algérie possède une expérience reconnue dans leur exploitation. »

Les marchés de Bamako ont d’ailleurs réussi à s’adapter. De nombreux opérateurs économiques se sont tournés vers d’autres fournisseurs, notamment le Maroc et la Turquie, limitant ainsi les effets de la brouille diplomatique avec l’Algérie.

Reste que le retour des ambassadeurs entre les deux pays et la reprise des liaisons aériennes sont perçus comme des signaux positifs par une partie de l’opinion. « En tant que Malien, je me réjouis de ce déplacement. Ces deux dernières années ont été difficiles pour les échanges entre nos deux pays. En 2024, selon les statistiques des Nations unies, le commerce bilatéral représentait environ 7,6 millions de dollars, soit près de 4,6 milliards de francs CFA », déclare Amadou Diarra, journaliste et analyste politique malien.

Cette visite du Premier ministre malien traduit une réalité : ni Bamako ni Alger n’ont intérêt à une détérioration durable de leurs relations. Dans un Sahel marqué par l’instabilité sécuritaire, les deux capitales cherchent désormais à rétablir un dialogue qu’elles jugent bénéfique pour leurs intérêts respectifs.