L’Afrique du Sud compte 13.000 rhinocéros, soit 80% de la population mondiale de cet animal en voie d’extinction.Pour endiguer le fléau du braconnage, qui en a tué plus de 400 l’an passé, le pays a adopté des mesures radicales.Regardez ce reportage exceptionnel du JT de 20H de TF1.

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C’est une poudre qui se vend parfois plus cher que de la cocaïne ou de l’or. La poudre de corne de rhinocéros peut se négocier 70.000 euros le kilo sur le marché nord-asiatique, parce que des millionnaires croient dur comme fer à ses fausses vertus aphrodisiaques. Résultat : la demande explose. Le braconnage, aussi. En Afrique du Sud, pays comptant 13.000 rhinocéros, soit 80% de la population mondiale de cet animal en voie d’extinction, une trentaine est ainsi tuée tous les mois. Mais ce fléau n’est pas une fatalité, comme le montre le reportage exceptionnel du JT de 20H de TF1 visible en tête de cet article.

Capture d'écran TF1Capture d’écran TF1

« C’est sans conteste l’un des rhinocéros les plus spéciaux dont je m’occupe », indique Yolandé Van der Merwe, responsable depuis treize ans de la protection des jeunes rhinocéros de l’Entabeni Safari Conservancy, en désignant un animal de plus de deux tonnes dont l’épaisse carcasse a été traversée de part et d’autre par une même balle. Un peu plus loin, c’est un bébé d’un an, la plus jeune des orphelins accueillis dans ce sanctuaire grand comme plusieurs fois Paris, qui « a été lacéré de 23 coups par une hache. Elle n’avait que 10% de chances de survie. Elle avait un trou dans le crâne, on pouvait voir une partie de son cerveau. Elle avait une balafre depuis la joue jusqu’à son nez », reprend cette sorte d’infirmière pour rhinocéros, qui pousse la prise en charge jusqu’à passer chaque nuit, dans un dortoir dédié, en compagnie des animaux âgés de moins de trois mois.

Un impact de balle sur la carcasse d'un rhinocéros blanc. - Capture d'écran TF1Un impact de balle sur la carcasse d’un rhinocéros blanc. – Capture d’écran TF1

Mais pour surveiller les adultes, et leurs cornes bien plus prisées, c’est encore une autre affaire. « Les malfaiteurs essaient d’infiltrer toute notre chaîne de protection. Ils mettent souvent en place des équipes de trois personnes, avec un tireur et un expert en logistique. Ils font aussi appel à des résidents locaux qui connaissent les lieux par cœur. Ils ont des relais dans toute l’Afrique et jusqu’en Asie du Sud-Est », détaille James Larkin, professeur à l’université Witwatersrand de Johannesbourg.

Capture d'écran TF1Capture d’écran TF1

Un chercheur renommé (nouvelle fenêtre) qui fait aussi partie du projet Rhisotop, dont les membres sont en charge d’une opération aussi délicate qu’incroyable. Les caméras de TF1 ont pu la filmer tandis qu’elle avait lieu pour la deuxième fois au monde. Il s’agit de regrouper au même endroit une douzaine de rhinocéros, puis de les endormir pendant une demi-heure… afin d’injecter dans leurs cornes, sous la supervision des agents de l’AIEA, les gendarmes du nucléaire, une substance radioactive qui n’est dangereuse ni pour les animaux, ni pour l’environnement, jurent les scientifiques. Elle a surtout vocation à rendre la corne toxique pour la consommation humaine. Sauf que l’essentiel, en l’occurrence, est ailleurs. 

Chercheur universitaire renommé, James Larkin injecte lui-même une substance radioactive dans la corne d'un rhinocéros endormi. - Capture d'écran TF1Chercheur universitaire renommé, James Larkin injecte lui-même une substance radioactive dans la corne d’un rhinocéros endormi. – Capture d’écran TF1

« Personne sur cette planète n’a le droit d’être en possession de matières radioactives. Ça veut donc dire que si les braconniers sont attrapés avec, ils font face à des risques énormes de poursuites judiciaires. En Afrique du Sud, c’est considéré comme un crime d’État, alors que se faire attraper pour braconnage de cornes de rhinocéros dans notre pays, c’est assez peu condamné. Ainsi, on renverse la vapeur », explique l’anthropologue Jessica Babich, directrice générale du projet Rhisotop.

L'un des panneaux signalant la présence d'une matière radioactive dans les cornes des rhinocéros du Entabeni Safari Conservancy. - Capture d'écran TF1L’un des panneaux signalant la présence d’une matière radioactive dans les cornes des rhinocéros du Entabeni Safari Conservancy. – Capture d’écran TF1

L’Entabeni Safari Conservancy emploie, en outre, un service de sécurité privée spécifiquement dédié à la défense des rhinocéros. Ses hommes, qui arpentent cagoulés les centaines d’hectares du parc, viennent de l’autre bout du pays, et doivent régulièrement passer au détecteur de mensonges, pour que la hiérarchie s’assure qu’ils ne soient pas soudoyés par des braconniers, ou qu’ils ne cachent pas leurs liens avec d’autres habitants du secteur. Ils effectuent leurs rondes de jour comme de nuit, surveillant les moindres allées et venues en quête d’éventuelles intrusions, notamment au moyen de drones équipés de caméras thermiques, qui permettent de repérer des armes à feu dans un rayon de plusieurs kilomètres.

Capture d'écran TF1Capture d’écran TF1

En parallèle, la police sud-africaine a, elle, créé une unité spéciale, composée de centaines d’enquêteurs chargés de relever un maximum de preuves à chaque cas de braconnage, afin que des poursuites judiciaires soient lancées au plus vite. « Lui a pris quinze ans de prison, et lui aussi », montre un enquêteur, officiant dans les bureaux de la police nationale à Pretoria, en faisant défiler les profils de suspects sur l’écran de son téléphone portable. « Nous avons des agents infiltrés dans les réseaux mafieux, qui travaillent parfois en sous-marin, et on a aussi des indic’ qui nous livrent des infos. On peut solliciter plein d’unités de police pour lutter contre le braconnage », conclut-il. Si les autorités sud-africaines investissent autant dans la protection des rhinocéros, c’est aussi que leur attrait touristique pèse lourd économiquement. C’est peut-être ce qui les sauvera.

Hamza HIZZIR | Reportage TF1 : François-Xavier MÉNAGE, David PIRES, Emmanuel CROZET