L’organisme finlandais de financement du développement Finnfund, a annoncé ce 25 novembre une alliance avec l’Union européenne pour le lancement d’un programme de garanties en faveur des projets de numérisation en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Dans le cadre de cette initiative, l’UE accordera 222 millions d’euros de garanties aux investissements de Finnfund, contribuant ainsi à mobiliser jusqu’à 2 milliards d’euros. Par ailleurs, elle soutiendra la préparation des nouveaux investissements de Finnfund à hauteur de 13 millions d’euros.
Réduire la fracture numérique
Jaakko Kangasniemi, le président-directeur général de Finnfund, explique que « ce programme ouvre la voie à l’expertise numérique finlandaise pour accéder à de nouveaux marchés internationaux. Réduire la fracture numérique représente non seulement une importante opportunité commerciale, mais aussi un moyen de générer un impact positif. Le programme vise à développer la connectivité haut débit, à concevoir des solutions numériques et à améliorer l’accès aux produits et aux services. Les investissements peuvent concerner les câbles sous-marins, les centres de données, les solutions de paiement mobile, l’intelligence artificielle et d’autres innovations numériques ».
En partageant le risque, Bruxelles espère attirer des capitaux privés vers la connectivité Internet et les services numériques, dans des régions où la fracture numérique reste prononcée. En Afrique, seulement 38 % de la population était connectée à Internet en 2024, contre une moyenne mondiale de 68 % indique l’Union internationale des télécommunications (UIT). 57% des habitants des zones urbaines du continent utilisaient Internet, contre seulement 23 % dans les zones rurales. La disponibilité d’internet, son accessibilité et les services numériques sont pourtant aujourd’hui des atouts indispensables pour le développement économique et social.
Une étude de la Banque mondiale suggère d’ailleurs qu’une augmentation de 10% du taux de pénétration des services mobiles à haut débit peut entraîner une croissance de 1,3 à 1,5 % du PIB (produit intérieur brut) par habitant.
Un nouvel appui à exploiter judicieusement
Pour l’Afrique, ce mécanisme prolonge le programme « Africa Connected » lancé en 2023 sous l’égide du Fonds européen pour le développement durable plus (FEDD+), qui ciblait déjà les opérateurs d’infrastructures et les plateformes numériques dans sa zone subsaharienne. Le nouveau dispositif double le volume des investissements prévus et élargit leur couverture géographique, tout en maintenant le continent au premier rang des bénéficiaires.
Politiquement, la Finlande présente ce programme comme sa contribution la plus importante à la stratégie Global Gateway de l’Union européenne, qui vise à financer des infrastructures durables dans les pays cibles et partenaires. « Il s’agit d’une excellente opportunité concrète d’accéder à de nouveaux marchés », a déclaré le Premier ministre finlandais Petteri Orpo.
Reste à répondre à une question centrale : comment ce flux de capitaux se traduira-t-il concrètement pour les entreprises et les États africains ? Les garanties doivent en théorie faciliter l’accès au financement pour les opérateurs télécoms, les fournisseurs d’infrastructures, les fintechs et les jeunes pousses du numérique. Tout dépendra néanmoins de la clarté des critères d’éligibilité, de leur caractère abordable, de la capacité des acteurs locaux à monter des projets bancables et de la volonté des partenaires européens de co-construire avec les écosystèmes africains plutôt que d’imposer des solutions clés en main.
Dans un contexte de concurrence accrue entre Europe, Chine et États-Unis pour financer les infrastructures numériques, cette alliance UE – Finnfund est aussi un signal géostratégique. Pour l’Afrique, l’enjeu sera de transformer cette opportunité financière annoncée en projets concrets, au service de sa souveraineté numérique, de l’emploi des jeunes et de l’inclusion de millions de citoyens encore tenus à l’écart du monde connecté.