Le groupe télécoms britannique Vodafone a dévoilé le 4 décembre 2025 une opération de prise de contrôle de Safaricom, le géant des télécommunications et pionnier du mobile money au Kenya. Effectuée via sa filiale africaine Vodacom Group, la transaction porte sur un total de 20 % du capital de Safaricom. D’une valeur d’environ 1,8 milliard d’euros, elle comprend le rachat de 15 % de la participation de l’État kényan, et de 5 % directement chez la maison mère Vodafone, via une réorganisation interne.
Poursuivre la « Vision 2030 »
Avant cette opération, le capital de Safaricom était principalement détenu par l’État kényan (35%), Vodacom Group (35%), Vodafone (5%) et des investisseurs publics (25%). Une fois l’accord finalisé, la nouvelle structure sera la suivante : Vodacom Group détiendra 55% d’actions, l’État conservera 20 % et les investisseurs publics 25%. C’est ce seuil de 55% qui donnera à Vodafone le contrôle sur l’opérateur kenyan, et lui permettra de consolider intégralement l’entreprise dans ses comptes.
Pour Vodafone, cette prise de contrôle permettra plusieurs actions stratégiques. Tout d’abord, elle contribuera à simplifier une structure capitalistique complexe, puis à aligner la stratégie de Safaricom sur sa « Vision 2030 » centrée sur la fintech, et à accroître son poids sur les services financiers mobiles en Afrique. Cotée à la Bourse de Nairobi avec une capitalisation de 7,7 milliards d’euros, Safaricom est la plus grande entreprise télécoms au Kenya, avec 65,1% des parts de marché mobile sur le segment voix, et 62,8% pour l’Internet mobile. M-Pesa, son service financier mobile capte 90,9 % de parts de marché et enregistre plus de 100 millions de transactions quotidiennes, avec 38 millions de clients.
Safaricom possède aussi un important portefeuille de tours et de fréquences dans le pays, ainsi qu’une participation majoritaire dans Safaricom Ethiopia.
Lever des fonds sans s’endetter davantage
« Cette transaction historique marquera une étape décisive dans la stratégie de Vodacom visant à accélérer sa croissance et à renforcer son impact à travers l’Afrique. L’acquisition d’une participation majoritaire dans Safaricom renforce notre position de leader sur le marché, tout en ouvrant de nouvelles opportunités pour favoriser l’inclusion numérique et financière à grande échelle au Kenya et en Éthiopie. Les résultats exceptionnels de Safaricom et ses perspectives de croissance différenciées complètent parfaitement nos ambitions pour 2030, nous permettant d’offrir une valeur durable à toutes les parties prenantes et de connecter des millions de personnes supplémentaires pour un avenir meilleur », a expliqué Shameel Joosub, le directeur général du groupe Vodacom.
Pour Nairobi, l’opération répond d’abord à une logique budgétaire. Contraint par la dette, le gouvernement a officialisé depuis mai 2025 son intention de céder une partie de ses participations dans les entreprises publiques. En plus des fonds issus de la vente de 15% de ses parts dans Safaricom, un mécanisme complémentaire prévoit que Vodacom/Vodafone lui verse 265 millions d’euros supplémentaires en échange du droit de percevoir les futurs dividendes attachés à ses 20 % de parts restantes. En pratique, l’État kenyan encaisse immédiatement du cash et conserve 20 % du capital avec un siège au Conseil d’administration, mais renonce à une importante partie de ses revenus futurs.
Le ministère des Finances présente cette opération comme une manière innovante de dégager du capital sans augmenter les impôts ni la dette. Les critiques, elles, dénoncent la vente d’un atout et redoutent un affaiblissement du levier stratégique de l’État. L’acquisition reste soumise à de nombreuses autorisations, notamment celles du Cabinet et du Parlement, ainsi que des régulateurs des marchés au Kenya, en Éthiopie et en Afrique du Sud. Vodacom s’attend à une finalisation de l’acquisition au premier trimestre 2026.