Interrogé par Léa Salamé à Kiev, le président ukrainien est revenu sur la situation de son pays, durement frappé par l’hiver et les frappes russes. Il a également commenté les négociations en cours avec la Russie et les Etats-Unis.

Il reste déterminé face à l’envahisseur russe. Invité exceptionnel du journal de 20 heures de France 2, mercredi 4 février, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a partagé avec Léa Salamé sa vision du conflit qui ravage son pays depuis près de quatre ans. « Si l’Ukraine n’arrête pas [Vladimir] Poutine, il va envahir l’Europe », a-t-il notamment lancé, appelant ses partenaires du Vieux Continent, ainsi que le président américain, Donald Trump, à exercer plus de pression sur la Russie. De l’état des troupes ukrainiennes aux commentaires sur les négociations de paix en cours, voici les principales séquences à retenir de l’entretien accordé par le président ukrainien à France 2.

1 Volodymyr Zelensky évoque un bilan de 55 000 soldats ukrainiens tués

Habituellement très discret sur les pertes de ses forces armées, Volodymyr Zelensky a livré un nouveau bilan des soldats tués depuis le début de l’invasion russe, le 24 février 2022. « Officiellement, sur le champ de bataille, le nombre de militaires tués (…) est de 55 000 », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il reste aussi « un grand nombre » de soldats considérés comme « disparus », et dont la mort n’a pas été confirmée par l’armée ukrainienne.

Ce bilan officiel reste à prendre avec prudence. Le nombre total des pertes militaires ukrainiennes pourrait en effet être bien plus élevé, selon les centres de recherche étrangers. Fin janvier, le Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS) estimait par exemple dans un rapport qu' »entre 100 000 et 140 000″ soldats ukrainiens avaient été tués depuis février 2022.

2 Il affirme que « si l’Ukraine n’arrête pas Poutine, il va envahir l’Europe »

Comme il l’avait déjà déclaré par le passé, Volodymyr Zelensky soutient que l’Ukraine se bat au nom de l’Union européenne, face à une Russie décidée à s’étendre vers l’Ouest. « Les pays voisins de l’Ukraine comprennent qu’ils seront les premières victimes » de la politique expansionniste du Kremlin, a-t-il assuré. « Leurs drones peuvent agir en profondeur. La portée de leurs missiles est illimitée… Ils frapperont partout », a-t-il mis en garde au sujet de l’armée russe.

Tout en se défendant de vouloir jouer à « faire peur », le président ukrainien a lancé un avertissement sans détour aux pays européens. « En Europe, la vie est cool, c’est agréable… C’est pour ça que je dis qu’on est tous en train de se battre pour défendre ce mode de vie, a-t-il souligné. Mais aujourd’hui, il est très clair que si l’Ukraine n’arrête pas [Vladimir] Poutine, il va envahir l’Europe. »

Face à cette menace, Volodymyr Zelensky appelle les Européens à « se rendre compte de tous les risques qui existent aujourd’hui », et à revoir leurs priorités, trop centrées selon lui autour de « leurs affaires intérieures ». « Je pense que la pression sur [Vladimir] Poutine n’est pas suffisante. (…) Mon avis, c’est qu’il faut dialoguer, mais en mettant des conditions », a-t-il précisé, affirmant que « l’intérêt » du président russe est « d’humilier l’Europe ».

3 Il estime que « Poutine n’a peur que de Trump »

Aux yeux du président ukrainien, Vladimir Poutine ne craint aucun autre chef d’Etat, à l’exception de Donald Trump. « Si le président Trump sait que [Vladimir] Poutine a peur de lui, alors il ne peut pas accepter toutes les conditions que pose le président russe », estime Volodymyr Zelensky. « Le président Trump sait qu’il a un moyen de pression, par l’économie, par les sanctions, par les armes. Des armes qu’il pourrait nous transférer s’il ne veut pas engager l’armée américaine », a-t-il par ailleurs suggéré.

Dans ce face-à-face, le Vieux Continent est loin de peser aussi lourd que le président américain, selon Volodymyr Zelensky. « Vous savez à quel point nous sommes reconnaissants aux Européens (…), ils nous ont énormément aidés. Mais [Vladimir] Poutine n’a pas peur des Européens, malheureusement. »

4 Il assure qu’il faudrait « deux ans au minimum » à la Russie pour conquérir tout le Donbass

Alors que les négociations trilatérales se poursuivent entre Américains, Russes et Ukrainiens, Volodymyr Zelensky a évoqué les demandes territoriales de Moscou, qui réclame le contrôle du Donbass (est du pays). « La Russie veut que nous quittions tout le Donbass. Pourquoi ? Parce que depuis qu’ils ont commencé cette guerre, ils n’ont remporté aucune victoire », a-t-il déclaré.

« Nous, les Ukrainiens, nous rendons parfaitement compte du prix que chaque mètre et chaque kilomètre de cette terre coûte à notre armée », a-t-il assuré. « Pour conquérir l’est de l’Ukraine, cela leur coûterait 800 000 cadavres [de soldats] supplémentaires », estime le président ukrainien, au sujet des forces russes. « Il leur faudra deux ans au minimum, avec une progression très lente. A mon avis, ils ne tiendront pas aussi longtemps. »

Un peu plus tôt dans l’entretien, il avait accusé Moscou de « profiter du froid » pour tenter de faire pencher le cours de la guerre, en multipliant les frappes contre les infrastructures énergétiques depuis le début de l’hiver. « La Russie veut infliger plus de souffrances aux Ukrainiens pour qu’ils acceptent ce que nos amis américains appellent un ‘compromis’. Mais en fait, il s’agit d’un ultimatum », a accusé le président ukrainien.

5 Il réclame une « force d’interposition internationale » en cas de gel du front

Tout en rappelant qu’il n’a jamais souhaité de « conflit gelé » avec la Russie sur le territoire ukrainien, Volodymyr Zelensky a tout de même exploré cette idée. « Si on gèle la ligne de front et qu’on garde nos positions respectives, c’est déjà une concession énorme », a-t-il déclaré, ajoutant que cela bénéficierait surtout à l’armée russe, qui a « besoin d’une pause », selon lui.

Concernant le gel de la ligne de front, plusieurs options ont été proposées par les différentes parties ces dernières semaines, dont la mise en place d’une « zone démilitarisée » ou « zone économique » spéciale, avec une présence militaire limitée. « Si on parle d’une zone économique, par exemple, nos militaires vont devoir reculer, il faut qu’ils le fassent aussi », a-t-il réclamé, visant les combattants russes.  

« Nous devons avoir le contrôle de notre partie. Eux doivent contrôler la leur. Mais, entre nous, il faut une force d’interposition internationale, une présence internationale », a-t-il encore déclaré. A ce sujet, Emmanuel Macron avait affirmé début janvier que « plusieurs milliers » de soldats français pourront être déployés pour maintenir la paix en Ukraine, après un cessez-le-feu.

« Si on perd cette guerre, on perd tout simplement l’indépendance de notre pays », a conclu Volodymyr Zelensky. « Nous avons réussi jusqu’ici à la préserver. (…) Sinous devenons une partie de la Russie, ce serait une perte absolument monstrueuse, a-t-il insisté. Je suis sûr que ça n’arrivera pas. »