L’Ouest Aveyron serait-il en train de se tailler une réputation inattendue, celle de terre d’accueil de la capoeira Angola ? La question mérite d’être posée tant les initiatives se multiplient.
La création de cours réguliers à La Fouillade, à la salle de La Source, va dans ce sens. Chaque mercredi, de 11 heures à 12 heures pour les enfants, puis de 19 h 30 à 21 h 30 pour les adolescents et les adultes, la discipline afro-brésilienne trouve désormais un ancrage hebdomadaire. Un signe qui ne trompe pas. Car au-delà des cours, la dynamique est bien réelle.
Régulièrement, des stages viennent enrichir la pratique locale, avec la venue de professionnels reconnus. Ce fut le cas en décembre dernier avec Caatinga Do Mar, à l’initiative d’Angoleiros do Mar-Ségala. Un temps fort qui a confirmé l’intérêt croissant pour cette forme singulière de capoeira, à la fois art martial, danse, musique et rituel. La capoeira Angola est le style le plus proche de la capoeira originelle, telle qu’elle était pratiquée par les esclaves africains au Brésil. Ici, point de démonstration spectaculaire ou d’explosions acrobatiques. Le jeu est plus lent, plus feutré, souvent proche du sol. Tout est affaire de ruse, d’habileté, de déséquilibre subtil plutôt que de force brute. Une sorte de dialogue corporel où chaque geste compte, où l’intention prime sur l’impact.
Profondément ancrée dans les traditions afro-brésiliennes, la capoeira Angola ne se conçoit pas sans sa musique, cadencée, organique, ritualisée. Une musique jouée par une « bateria » complète, réunissant jusqu’à huit instruments, qui guide et structure le jeu. L’appellation « Angola » remonte aux premiers Africains déportés vers le Brésil, embarqués au port de Luanda et désignés, quelle que soit leur origine, comme des « Noirs d’Angola ». Figure tutélaire de ce style, le maître Pastinha, Vicente Ferreira Pastinha, demeure une référence incontournable. Défenseur acharné de la tradition, il fonda en 1941 le Centro Esportivo de Capoeira Angola, formant de nombreux maîtres qui, aujourd’hui encore, transmettent cet héritage. Derrière une apparente douceur, le jeu d’Angola se révèle redoutable de finesse, comparable aux échecs : dissimulation, théâtralisation, malice et parfois même plaisanterie pour mieux surprendre l’adversaire.
À La Fouillade comme ailleurs en Ouest Aveyron, la capoeira Angola semble avoir trouvé un terrain propice pour poursuivre son chemin.