Le fait que Donald Trump ait choisi son conseiller spécial Afrique/Moyen-Orient, Massad Boulos, beau-père de sa fille Tiffany, dans son premier cercle familial est significatif, et le poids de ce dernier s’est accru avec le départ mi-juillet du diplomate de carrière Troy Fitrell. 

La méthode très personnelle du Président, qui lui vaut jusqu’ici un certain succès, est éprouvée : mettre sur la table des conditions maximalistes, apparemment inacceptables, puis les négocier à la baisse jusqu’à une position médiane qui reste en réalité très avantageuse pour les États-Unis. La partie adverse se considère alors relativement satisfaite quand elle voit les exigences américaines être abaissées de moitié, pour inacceptables qu’elles eussent pu sembler si elles avaient été posées telles quelles dès le départ. 

Un autre point fort de la méthode Trump est qu’il ne traite pas le continent africain comme une entité unique et indistincte – il a raison. Ses interlocuteurs, traités chacun à part entière, et égale, et non comme la part indistincte d’un grand tout continental, y voient une marque de respect…Son administration adopte une approche différenciée par pays, conclut des deals adaptés avec chaque capitale et néglige l’Union africaine comme les instances multilatérales où se débattent les sujets globaux. L’absence d’un représentant américain de haut niveau à la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement, qui s’est tenue à Séville du 30 juin au 3 juillet, est à cet égard significative. C’est dans cet esprit bilatéral que le président américain a reçu à la Maison-Blanche ses homologues du Liberia (Joseph Nyumah Boakai), du Sénégal (Bassirou Diomaye Faye), de Mauritanie (Mohamed Ould El-Ghazaouani), de Guinée-Bissau (Umaro Sissoco Embaló) et du Gabon (Brice Clotaire Oligui Nguema) le 9 juillet. Il faut aussi voir en creux dans cette liste d’invités ceux qui ont été négligés du fait de leur proximité trop grande avec la Chine, comme le dirigeant du Congo-Brazzaville. Donald Trump fait jouer la concurrence… 

IM – C’est-à-dire avec les Européens, et notamment les Français et les Britanniques? 

ND – Oui, mais pas seulement. Le monopole occidental sur le continent africain est depuis longtemps révolu, si tant est qu’il ait jamais existé. La Chine et la Russie n’en sont pas non plus les seuls concurrents, loin de la. Les pays du Golfe, la Turquie, l’Inde, la Corée du Sud, le Brésil, l’Iran par exemple sont présents depuis longtemps, à plus ou moins bas bruit.

MD – Comment Donald Trump est-il perçu et reçu par les Africains ?

ND – Avec intérêt, en réalité. C’est en Europe que l’on est désemparé ou consterné face à Donald Trump, pas en Afrique, qui perçoit mieux les positions de la Maison-Blanche que celles de l’Élysée … L’approche « transactionnelle » de Donald Trump séduit, parce qu’elle donne le sentiment d’être traité en partenaire digne d’intérêt. C’est là en réalité son point le plus fort, qui le démarque des partenaires traditionnels qui continuent trop souvent de fonder leur approche sur des notions – « valeurs communes », « solidarité », « devoir moral », »liens historiques »…..qui inspirent aux dirigeants comme à la jeunesse africaine une défiance croissante .Ainsi le fil conducteur de la Conférence de Séville est resté le mot « aide », que les Africains (tant les dirigeants que la jeunesse) ont en horreur.