L’émission obligataire, initialement ciblée pour lever 15 milliards KES (environ 107 millions d’euros) avec une option de rallonge de 5 milliards KES (environ 36 millions d’euros), a enregistré une demande totale de 41,4 milliards KES (environ 296 millions d’euros).

Face à ce taux de souscription de 276%, Safaricom, l’opérateur de mobile leader en Afrique de l’Est, a exercé son option pour absorber le montant maximum autorisé de 20 milliards KES (environ 143 millions d’euros). Ce niveau de liquidité démontre la capacité du marché local à financer des projets d’infrastructures majeurs sans recours exclusif à la dette extérieure.

La particularité de cette opération réside dans la composition de son carnet d’ordres. Les données officielles indiquent que 28 412 investisseurs individuels (retail) ont participé à l’émission. Ce chiffre dépasse le volume de participation observé lors des récentes introductions en bourse dans la région. L’accès à ce produit financier, traditionnellement dominé par les banques, les assureurs et les gestionnaires de fonds, a été élargi grâce à l’utilisation de la technologie mobile.

Le processus de souscription a été simplifié via l’utilisation d’un code téléphonique (USSD) et de l’application M-Pesa (appellation locale du porte-monnaie via les téléphones portables), permettant des transactions directes sans intermédiaires physiques.

Selon les rapports de l’émission, 92% des ordres provenant du segment « retail » ont été exécutés via ces canaux numériques. Cette méthode a permis de réduire considérablement les barrières administratives et logistiques qui freinent habituellement l’accès des particuliers au marché obligataire.

Une allocation stratégique favorisant les petits porteurs

Face à la forte sursouscription, Safaricom et ses arrangeurs ont appliqué une politique d’allocation spécifique visant à privilégier l’inclusion financière. Les ordres inférieurs à 500 000 KES (environ 3 570 euros) ont bénéficié d’un taux d’allocation de 100%. En revanche, les demandes des grands investisseurs institutionnels ont été réduites au prorata pour permettre l’entrée de ces milliers de petits porteurs. Cette stratégie confirme la volonté de l’émetteur de diversifier sa base de créanciers.

L’attractivité de l’obligation repose également sur sa structure fiscale. En tant que « Green Bond » certifié, l’instrument bénéficie d’une exonération de la retenue à la source sur les intérêts, conformément à la réglementation de l’Autorité des Marchés de Capitaux (CMA) du Kenya. Couplé à un coupon facial de 10,40%, cet avantage fiscal offre un rendement net compétitif par rapport aux autres actifs disponibles pour l’épargnant kenyan moyen.

L’impact sur l’infrastructure et l’économie locale

Les fonds levés sont spécifiquement fléchés vers le refinancement et l’expansion des infrastructures durables de l’opérateur. L’objectif principal est la solarisation des stations de base (tours télécoms) et l’installation de batteries de stockage, visant à réduire la dépendance aux générateurs diesel. Ce modèle de financement permet de transformer des dépenses opérationnelles (achat de carburant) en investissements en capital financés par la dette locale.

En conclusion, l’émission de décembre 2025 établit un précédent technique et financier. Elle démontre que l’épargne domestique, lorsqu’elle est sollicitée via des canaux technologiques adaptés et des structures incitatives claires, constitue un levier de financement substantiel pour l’économie réelle. Sur le marché des capitaux de Nairobi, l’intégration réussie de plus de 28 000 investisseurs particuliers valide le modèle de distribution numérique des titres financiers.