Quel sera le visage de l’Afrique dans deux générations ? Sera-t-elle la nouvelle puissance agricole mondiale, l’exportatrice incontournable de ressources indispensables pour la transition écologique et la force d’innovation sur laquelle le reste du monde s’appuiera ? Elle en a les atouts, parmi lesquels se trouvent aussi bien la vitalité de sa population que ses ressources, qu’elles soient humaines, minières ou sous forme de terres arables. Elle en a aussi l’ambition, sous-tendue par l’Agenda 2063. Adopté en 2013 par l’ancêtre de l’Union africaine, ce schéma directeur vise à faire du continent une puissance mondiale de premier plan.

« D’égal à égal »

Mais l’Afrique peut-elle relever seule les défis d’un développement économique et social accéléré ?- « tout en étant en cohérence avec l’Accord de Paris sur le climat », comme l’a précisé Sandra Kassab, directrice du Département Afrique de l’Agence française de développement. L’Europe est en tout cas prête à l’accompagner sur ce chemin. Dans le cadre d’une relation réinventée, cependant. Représentant le Maroc, pays mis à l’honneur à la quatrième édition du Forum Europe Afrique, organisé par La Tribune le 6 mai à Marseille, Samira Sitaïl, Ambassadeure de Sa Majesté le Roi du Maroc en France, en est convaincue. S’il reste encore des passifs à solder et des clichés à déconstruire, il s’agit aujourd’hui que la France et l’Europe, d’une part, et le Maroc et l’Afrique, de l’autre, « se regardent avec confiance et d’égal à égal ». Il s’agit en somme de co-construire un nouveau modèle, bien loin des postures d’antan.

Une fois cette vision posée, place à l’action. Elle est déjà en marche et prend diverses formes. Des partenariats, public-privé, pour de grandes réalisations en matière d’infrastructures, comme l’usine de dessalement d’eau de mer (qui sera la plus grande d’Afrique et la deuxième plus grande au monde), près de Rabat. La construction, le financement et l’exploitation seront effectués par Veolia sur 35 ans, selon un accord de partenariat stratégique signé en octobre 2024. Ou la future ligne de train à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech, avec Alstom, qui a déjà relié Tanger à Casablanca en 2018. Autre grand projet, encore en gestation mais emblématique des ambitions panafricaines du Maroc et de sa volonté d’être également un pont entre l’Afrique et l’Europe, le gazoduc Afrique Atlantique à partir du Nigéria. Initié par le Maroc en 2016, il devrait traverser 13 pays et atteindre l’Europe.