DÉCRYPTAGE – Alors que le pays des Pharaons séduit plus que jamais les touristes, français en particulier, de plus en plus de voyageurs choisissent de l’explorer seuls. Cela exige pourtant une préparation minutieuse, entre questions de sécurité, arnaques et accès aux principaux sites.
C’est souvent le voyage d’une vie : admirer les pyramides de Gizeh ou parcourir le Nil en bateau. Avec l’ouverture du Grand Musée égyptien (GEM) au Caire en novembre dernier, la destination attire de plus en plus de visiteurs étrangers, dont des voyageurs en solo. Arnaques, sécurité, sollicitations… certains stéréotypes de l’Égypte peuvent freiner ceux qui envisagent de s’y rendre seuls. Le pays est-il réellement adapté à ce type de voyage ? Quelques précautions sont à connaître avant le départ.
Anticiper son itinéraire
«Voyager seul en Égypte est une aventure faisable, à condition de s’y préparer et de savoir à quoi s’attendre», annonce d’emblée Walid Faissal, guide touristique depuis 29 ans. Pour lui, le secret d’un séjour solo réussi repose sur l’organisation : le pays est vaste, les distances importantes, il faut donc prévoir un itinéraire précis et réaliste. Mieux vaut se concentrer sur quelques étapes bien desservies – Le Caire, Louxor, Assouan, éventuellement une station de mer Rouge – plutôt que de vouloir tout voir en deux semaines.
Pour l’hébergement, mieux vaut viser un hôtel minimum trois étoiles ou un Airbnb, et vérifier les avis clients. Lire les commentaires les plus récents permet aussi de repérer les problèmes de quartier, de bruit ou d’hygiène qui ne figurent pas toujours dans les descriptions officielles. «Certains établissements ont de très belles vues sur les pyramides, mais sont dans un mauvais état», admet le guide.
D’après l’agence de voyage francophone Authentique Égypte, l’anticipation est d’autant plus importante durant la haute saison, d’octobre à avril. «À cette période, certains voyageurs pensent pouvoir réserver un hôtel à la dernière minute, sur un coup de tête, mais c’est quasiment impossible», observe Mélanie Adam, directrice de l’agence. Et d’ajouter : «Pour accéder à certains sites, des permis spécifiques doivent être demandés à l’avance, notamment pour les temples de Kalabsha, près d’Assouan, donc il faut tout vérifier en amont».
Quant aux arnaques, pour les éviter, se renseigner à l’avance sur les prix reste essentiel : course de taxi, excursions, entrées de sites ou sorties en bateau. Avant de monter dans un taxi ou de réserver une excursion, se faire une idée des tarifs pratiqués (applications de VTC, agences locales, forums) limite les mauvaises surprises. Léna et Jérémy, un couple de Parisiens parti un mois en septembre 2025, en ont fait l’expérience : un inconnu a tenté de les entraîner dans un minaret, un chauffeur voulait leur faire payer les bagages en soute et un taxi affirmait que le tarif affiché sur l’application ne concernait «qu’une personne». Face à leurs refus et à leurs menaces de signalement, les arnaqueurs ont renoncé. «Ce sont les trois seuls problèmes que nous avons rencontrés. Avant de partir, nous avions beaucoup de préjugés sur les arnaques, mais cela a finalement occupé une place minime dans notre séjour», reconnaît Léna.
« Il faut s’attendre à être sollicitée »
Olivia visitant des temples a Louxor.
Olivia R. / Photo personnelle
Olivia, 30 ans, revient d’un séjour de trois semaines en Égypte, seule. «Je ne me suis jamais sentie en insécurité, mais il faut s’attendre à être sollicitée», admet la Montpelliéraine. Autour des sites touristiques et dans les marchés, de nombreux vendeurs tentent de lui faire acheter leurs biens. «C’est un peu comme dans les souks marocains», compare la voyageuse habituée à partir en solo.
Pour s’habiller, elle respecte les usages locaux en couvrant systématiquement épaules et genoux, y compris dans les grandes villes, ce qui lui permet de se fondre davantage dans le paysage. Elle évite les tenues trop moulantes ou décolletées et conseille de toujours avoir un foulard dans son sac, utile pour certains sites religieux ou pour se sentir plus à l’aise dans les quartiers populaires : des vêtements discrets facilitent le quotidien, surtout pour les femmes seules. Afin de relier les villes qu’elle sillonne, d’Assouan à Louxor, elle se déplace en taxis (commandés sur des applications comme Uber ou Careem, pour avoir un tarif réglementaire) et en bus. Sur place, en tant que femme seule, les locaux lui déconseillent de faire des trajets routiers la nuit. «Au Caire, des voitures réservées aux femmes existent dans le métro, c’est rassurant», précise-t-elle.
Côté comportements, Olivia évite de se déplacer tard le soir dans les zones peu animées, décline poliment les invitations trop insistantes à boire un verre ou à «découvrir un endroit secret», et partage régulièrement sa position avec ses proches. En conclusion ? «C’est totalement possible d’aller seule en Égypte, mais je ne recommanderais pas pour un premier voyage solo : on est confronté à beaucoup de négociations et de sollicitations», avise-t-elle.
«Méfiez-vous des faux guides» : quand le voyage en Égypte se révèle moins idyllique que prévu
Les zones à visiter en solo et celles à éviter
Léna au coeur des pyramides de Gizeh.
Jeremy D / Photo personnel
La plupart des grandes villes du pays se prêtent à des expéditions solitaires, comme Louxor ou la capitale. «Je conseille de débuter par le Caire, l’ambiance est détendue et les sites historiques faciles d’accès», estime Salah Elbarbary, guide au Caire. Pour se loger, il recommande les quartiers de Zamalek ou Maadi, plus calmes et résidentiels, bien desservis et perçus comme rassurants pour un voyageur seul. Côté mer, Dahab ou Charm el-Cheikh (Sud-Sinaï) sont idéales pour les adeptes de plongée et de snorkeling, avec une forte présence de touristes et de clubs organisés. «Alexandrie a aussi une atmosphère méditerranéenne très agréable et différente du reste du pays, parfaite à découvrir en solo», ajoute Salah Elbarbary.
En revanche, certaines zones restent à éviter, comme le Nord-Sinaï (frontière Gaza-Israël), ainsi que les zones proches de la Libye et du Soudan. N’en déplaise aux plus farouches des globe-trotteurs, mieux vaut oublier aussi les grands espaces désertiques à l’ouest du Nil (hors oasis et routes balisées), difficilement contrôlables en solo. Globalement, les autorités françaises recommandent une vigilance renforcée sur l’ensemble du pays, avec des restrictions plus strictes dans certaines régions : un cadre qui incite à bien choisir son itinéraire et à renoncer à certaines zones.
Dernier conseil : consulter le site de France Diplomatie avant de partir, afin d’ajuster les étapes en fonction de l’actualité sécuritaire, de vérifier les conseils pratiques (assurance, papiers, santé) et, si possible, de s’inscrire sur Ariane pour être joignable en cas d’événement majeur. Un voyage en solo en Égypte demeure possible pour un voyageur averti, à condition de ne pas l’improviser et de respecter quelques règles de prudence.
Égypte : nos hôtels préférés au Caire pour rêver aux pharaons