Lorsque la Basketball Africa League (BAL) a été lancée en 2021, peu imaginaient qu’elle deviendrait, en quatre ans, le symbole d’un nouvel âge du sport africain. En 2025, la ligue entre dans sa cinquième saison, avec un objectif clair : passer à 12 franchises permanentes d’ici 2027, sur un modèle directement inspiré de la NBA.
Mais à la différence des ligues traditionnelles dépendantes des subventions publiques, la BAL repose sur un système de franchises : chaque équipe devient un actif privé, générant ses propres revenus grâce à la billetterie, au sponsoring, aux droits de diffusion ou à la vente de produits dérivés. Ce modèle attire de nouveaux investisseurs, africains et internationaux, et contribue à structurer un écosystème économique jusque-là informel.
Une visibilité et des revenus
Selon la Société Financière Internationale (SFI, groupe de la Banque mondiale) dans un blog publié en juillet 2025 intitulé « Boosting Job Creation in Africa’s Sports Sector », le franchising sportif pourrait générer 20 milliards d’USD d’ici 2035 et créer des centaines de milliers d’emplois, en reliant sport, médias, technologie et tourisme.
Clare Akamanzi confirme cette dynamique : « Le basketball génère des emplois, attire des capitaux et inspire la jeunesse africaine ». Depuis 2021, la BAL aurait déjà contribué à 250 millions d’USD au PIB africain et soutenu près de 40 000 emplois, de la construction d’arènes à la production audiovisuelle.
La montée en puissance d’équipes comme Al Ahly Tripoli (Libye) ou Nairobi City Thunder (Kenya), qui vient de renouveler son partenariat avec M-Kopa pour les qualifications de l’Elite 16 de novembre 2025, illustre comment les franchises locales deviennent des acteurs économiques à part entière. Des sponsors régionaux remplacent désormais les mécènes ponctuels, transformant la pratique sportive en une chaîne de valeur.
Au-delà du basketball, le modèle inspire déjà le cricket (South African T20 League) et le rugby (United Rugby Championship). Ibrahim Sagna, président exécutif de Silverbacks Holdings, résume : « Le franchising offre une visibilité claire sur les revenus futurs ; il transforme le sport en une classe d’actifs. »
Des succès perceptibles, mais un équilibre fragile
L’impact économique est mesurable : la BAL attire plus de 140 000 spectateurs cumulés en 2025, ce qui stimule le tourisme et la consommation locales. Des partenariats structurants, tels que celui signé avec Afreximbank, soutiennent la formation et l’entrepreneuriat. Le Triple-Double Accelerator de NBA Africa, lancé pour financer dix startups du sport et de la culture, illustre cette hybridation entre le sport et l’innovation technologique.
L’émergence de talents comme Khaman Maluach, drafté en 10ᵉ position par les Los Angeles Clippers, symbolise la réussite du modèle : l’Afrique ne se contente plus d’exporter ses athlètes ; elle capitalise sur leur formation et leur image. Comme le dit Luol Deng, ancien All-Star devenu investisseur : « Investir dans le sport africain, c’est garder la valeur sur le continent. »
Mais l’optimisme doit rester mesuré. Le déficit d’infrastructures demeure le principal frein : seuls quelques pays — Rwanda, Sénégal, Afrique du Sud — disposent d’arènes aux standards internationaux. La rentabilité des ligues reste fragile ; la BAL dépend encore du soutien financier de la NBA.
Les inégalités régionales persistent, et les risques de dépendance à l’égard de capitaux étrangers soulèvent la question de la souveraineté économique du sport africain. L’absence de régulation efficace des paris sportifs ou de la piraterie audiovisuelle, qui coûte jusqu’à un milliard de dollars par an, pourrait aussi freiner la consolidation du modèle.
Pour Clare Akamanzi, la clé réside dans une approche intégrée : « Si nous voulons un développement durable, il faut investir dans l’ensemble de l’écosystème, pas seulement sur le terrain. » Des initiatives, comme le partenariat entre la BAL et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) au Maroc, en faveur de la jeunesse, illustrent cette volonté de long terme.
Vers une révolution durable ?
L’horizon s’annonce prometteur. En 2027, la BAL espère atteindre la rentabilité grâce à la vente de franchises et à la croissance du marché régional. Des projets similaires émergent dans le football et la Formule 1, avec un Grand Prix en Afrique du Sud envisagé. Des forums comme Africa SportsBiz 2025 à Kigali rassemblent désormais investisseurs, institutions et startups, renforçant la dynamique continentale.
Le franchising sportif ne se limite donc plus à une idée importée : il s’enracine dans une Afrique qui veut créer son propre modèle économique du sport. Une Afrique où le terrain devient un marché, où chaque panier marqué peut désormais peser dans le PIB.