Trois jours après le vote, la commission électorale tanzanienne a officiellement proclamé, samedi 1er novembre, la réélection de la présidente sortante, Samia Suluhu Hassan. Avec près de 98 % des voix, elle obtient un nouveau mandat de cinq ans, ainsi que 170 députés sur 172, “dans un contexte de troubles qui secouent depuis plusieurs jours” ce pays d’Afrique de l’Est de 68 millions d’habitants, souligne la BBC.

Ce “score soviétique” annoncé à la télévision publique “n’a surpris personne”, cingle Afrik.com : l’élue de 65 ans étant la “seule véritable candidate encore en lice après des mois de répression politique et de marginalisation des figures de l’opposition”. Dès son accession au pouvoir, en mars 2021, à la mort du président John Magufuli, elle avait “entrepris de restaurer une certaine ouverture politique et diplomatique”, rappelle le site d’information panafricain. “Mais à l’approche du scrutin de 2025, ce souffle d’apaisement s’est transformé en reprise en main autoritaire.”

En effet, ses principaux opposants, notamment ceux du parti Chadema, ont été “arrêtés, intimidés ou empêchés de faire campagne”, poursuit Afrik.com, et plusieurs partis ont boycotté le scrutin, dénonçant une “mascarade électorale” orchestrée par le parti au pouvoir depuis les années 1970, le Chama Cha Mapinduzi (CCM). Dans ces conditions, la victoire de Samia Suluhu Hassan apparaissait surtout comme une “formalité”. Malgré un taux de participation officiel de 87 %, “les observateurs internationaux ont noté une affluence extrêmement faible dans les bureaux de vote”, précise le site francophone.

Mécontentement économique

Depuis le jour de l’élection, mercredi, des manifestations ont éclaté dans les principales villes du pays et, selon le journal tanzanien The Citizen (citant Reuters), “des bâtiments gouvernementaux ont été incendiés”. La police aurait réagi par “des coups de feu”, qui auraient fait jusqu’à 200 morts selon le parti d’opposition Chadema. Ce que le gouvernement dément, tout en ayant imposé un couvre-feu et restreint l’accès à Internet, rendant toute évaluation indépendante de la situation difficile.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, de son côté, fait état d’au moins dix morts dans trois villes, tandis que le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à “une enquête approfondie et impartiale sur toutes les allégations d’usage excessif de la force”.

Selon le New York Times, au-delà des tensions politiques, ces troubles seraient aussi nourris par un “mécontentement économique sous-jacent, notamment lié au chômage des jeunes”. Le quotidien américain relève “certaines similitudes avec les manifestations ayant éclaté ces dernières semaines au Maroc et à Madagascar, où le président a été de facto contraint de quitter le pouvoir”.

La porte-parole du parti Chadema a même appelé l’armée à prendre le contrôle “le temps de superviser l’annulation du scrutin, la libération des détenus politiques, la rédaction d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’un nouveau vote” — une position “très inhabituelle de la part d’un parti d’opposition”, souligne le journal new-yorkais.

Atmosphère chaotique

Dans son discours de victoire, samedi, Samia Suluhu Hassan a pour sa part affirmé que l’élection avait été “libre et démocratique”, accusant les manifestants d’être “antipatriotiques”, et appelant le pays à l’union pour “ne pas détruire ce que nous avons construit pendant plus de soixante ans”.

Selon le quotidien kenyan The Standard, des milliers de jeunes en colère se sont rassemblés après l’annonce des résultats à Dar Es-Salaam, la plus grande ville du pays, tandis que d’autres se massaient à Dodoma, la capitale, “avec l’intention de marcher vers les résidences présidentielles dans les deux villes”. Les habitants “chantent et dansent en scandant qu’ils ne veulent pas de Samia. L’atmosphère reste très chaotique et personne ne sait ce qui va se passer”, a raconté à The Standard un résident de Dar Es-Salaam, ajoutant que de nombreux citadins fuyaient vers les campagnes, de peur d’être pris au piège des violences.

La question, conclut le principal journal du Kenya, est désormais de “savoir si, comment et quand “Mama Samia” (comme elle est surnommée dans le pays) prêtera serment et quelle sera la réaction” des citoyens. Le quotidien s’interroge aussi “sur la présence éventuelle de dirigeants des pays voisins à la cérémonie d’investiture”, alors que de “fortes pressions diplomatiques seraient exercées pour désamorcer la situation en concluant un accord quelconque avec l’opposition”.