Le Kenya et le groupe Agence française de développement (AFD) ont signé le 19 janvier à Paris un accord d’établissement qui formalise la présence institutionnelle complète du groupe dans le pays. Le texte, présenté comme « une étape importante dans le renforcement de ce partenariat de longue date », vise à consolider la capacité du groupe à mobiliser « son expertise, ses financements et ses partenariats, en étroite adéquation avec les priorités de développement du Kenya ».
L’accord couvre l’ensemble des entités du groupe. Proparco, la filiale dédiée au secteur privé, est présente depuis 1995 et a financé environ 1 milliard d’euros de projets dans la santé, l’énergie, l’agriculture et les PME. L’AFD intervient depuis 1997 avec plus de 2 milliards d’euros engagés dans l’énergie, l’eau, les transports, la santé et la biodiversité. Expertise France, active depuis 2022 dans le numérique, la finance verte, la biodiversité et la protection sociale, « ne bénéficiait pas jusque-là d’un accord d’établissement avec le Kenya », ce que le nouveau cadre vient corriger.
Un pivot stratégique vers l’Afrique de l’Est
Au-delà de sa portée juridique, l’accord s’inscrit dans une logique de repositionnement stratégique de la France, engagé depuis plusieurs années en Afrique. Confronté à un recul de son influence dans plusieurs pays francophones, Paris mise désormais sur des économies anglophones jugées plus dynamiques et stables. En 2024, le Nigeria et l’Afrique du Sud se sont ainsi imposés comme ses principaux partenaires commerciaux en Afrique subsaharienne. Ces deux pays qui ont reçu ces dernières années les visites de plusieurs officiels du gouvernement français — dont le président Emmanuel Macron — sont au cœur de la nouvelle stratégie française sur le continent, le premier avec un marché potentiel de plus de 237 millions de consommateurs, le second en tant que première puissance industrielle.
Face à ces enjeux, le Kenya apparaît comme un point d’ancrage naturel. Première économie d’Afrique de l’Est en termes de PIB selon les chiffres du FMI, hub financier et logistique de la région, le pays concentre des flux d’investissements — 1,5 milliard $ de flux d’IDE en 2024 — accueille des sièges régionaux d’entreprises et d’institutions multilatérales, et joue un rôle clé dans la diplomatie climatique et la transition énergétique.
Pour l’AFD, s’implanter dans un tel environnement permet, d’accroître la visibilité du groupe dans une région dominée par la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni, de développer des projets structurants dans l’énergie, l’urbanisation, la finance verte et le numérique et de renforcer les partenariats public-privé via Proparco dans un marché du capital privé en expansion.
Du côté de Nairobi, l’accord offre un levier de financement concessionnel dans un contexte de forte pression sur la dette. Le Kenya cherche à rééquilibrer son financement externe entre dette commerciale et financements concessionnels afin de réduire les risques de soutenabilité. Selon le FMI, « une grande partie de la dette publique extérieure du Kenya reste contractée à des conditions concessionnelles », mais le pays reste vulnérable aux chocs externes et à l’évolution des marchés financiers.
Dans ce contexte, la présence institutionnelle renforcée de l’AFD peut faciliter l’accès à des ressources concessionnelles et catalyser d’autres financements multilatéraux, souvent conditionnés à des programmes avec les bailleurs officiels.
France-Kenya : des échanges commerciaux encore modestes
Les relations économiques entre la France et le Kenya restent limitées en volume, mais en progression dans un cadre de diversification des partenariats africains de Paris.
En 2024, les exportations françaises vers le Kenya ont atteint environ 193 millions d’euros, tandis que les importations françaises depuis le Kenya se sont élevées à 90 millions d’euros, selon l’International Trade Center (ITC). Les échanges bilatéraux restent donc modestes à l’échelle globale, mais s’inscrivent dans un mouvement plus large d’intensification des flux entre la France et l’Afrique subsaharienne, où les exportations françaises ont atteint 11 milliards d’euros en 2024.
Pour Paris, le Kenya s’impose comme une porte d’entrée stratégique vers la Communauté d’Afrique de l’Est et comme un hub régional pour les entreprises françaises actives dans les télécommunications, l’énergie, les infrastructures et la distribution. De son côté, Nairobi voit en la France un partenaire européen de choix, dans une logique de diversification de ses alliances économiques, notamment face au poids croissant de la Chine et des États-Unis.