Le projet d’infrastructure gazière, pierre angulaire de la transition énergétique du royaume, a été stoppé net par des réserves de l’argentier de l’État. Selon un document officiel consulté par Reuters, le ministère des Finances a refusé de valider l’appel d’offres, pointant l’absence d’approbation préalable pour ce partenariat public-privé. La ministre a également souligné une « répartition déséquilibrée des risques » entre l’État et le secteur privé, ainsi que des incertitudes pesant sur la « soutenabilité budgétaire » du projet.

Lire aussi : GNL au Maroc : le projet de gazoduc stratégique mis en pause

L’infrastructure prévue devait relier le futur terminal de Nador West Med au gazoduc Maghreb-Europe existant, afin d’alimenter les zones industrielles de Mohammedia et Kénitra. Ce gel intervient alors que Rabat cherche urgemment à diversifier son mix énergétique pour réduire sa dépendance au charbon, qui génère encore 60 % de l’électricité nationale, et anticipe une demande gazière multipliée par huit d’ici 2027.

Lire aussi : 51 milliards de dirhams et 50 000 emplois : l’incroyable pari du Maroc avec Nador West Med

Pour certains analystes, ce contretemps pourrait s’avérer stratégiquement opportun. Rachid Ennasiri, du think-tank IMAL, estime que cette pause est une mesure de « gestion des risques prudente » face à la volatilité des marchés fossiles. Il suggère que le Maroc a tout intérêt à éviter un verrouillage à long terme sur le gaz pour privilégier l’accélération des énergies renouvelables, secteur où le pays vise 52 % de capacité installée à l’horizon 2030.

Le ministère des Finances a toutefois précisé que le projet n’était pas abandonné. Dans le document, il réitère son engagement à soutenir l’initiative une fois que le cadre juridique sera clarifié et les critères de rentabilité respectés. En attendant, le Maroc continue de sécuriser ses approvisionnements via les terminaux espagnols, utilisant le gazoduc existant en flux inversé.