{"id":100119,"date":"2026-05-12T05:13:11","date_gmt":"2026-05-12T05:13:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/100119\/"},"modified":"2026-05-12T05:13:11","modified_gmt":"2026-05-12T05:13:11","slug":"stress-hydrique-comment-le-maroc-securise-son-approvisionnement-en-eau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/100119\/","title":{"rendered":"Stress hydrique : comment le Maroc s\u00e9curise son approvisionnement en eau"},"content":{"rendered":"<p>Sept ann\u00e9es de s\u00e9cheresse. Sept ann\u00e9es sans pluie, ou presque, entre 2018 et 2024 sur le sol du territoire marocain. Sept ann\u00e9es d\u2019une crise hydrique qui a braqu\u00e9 les projecteurs, plus que jamais, sur cet enjeu de s\u00e9curit\u00e9 et de souverainet\u00e9 essentiel pour le pays. \u00ab\u00a0Par sa situation g\u00e9ographique, le Royaume a toujours souffert d\u2019un climat aride ou semi-aride mais cet \u00e9pisode aigu a constitu\u00e9 une situation in\u00e9dite, qui a mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve notre politique hydrique\u00a0\u00bb, explique Salahddine Dahbi, directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019hydraulique, au sein du minist\u00e8re de l\u2019Equipement et de l\u2019eau du Maroc. Le niveau des nappes phr\u00e9atiques, comme celui des barrages, est tomb\u00e9 au plus bas, mettant directement en p\u00e9ril l\u2019approvisionnement en eau potable, notamment dans les grandes agglom\u00e9rations \u2013 Rabat, Casablanca et Marrakech. \u00ab\u00a0Les barrages du bassin d\u2019Oum Errabi\u00e2 ont vu leur niveau de remplissage passer de 57\u202f% en avril 2018 \u00e0 5\u202f% en octobre 2024\u00a0\u00bb, cite par exemple Lamia Housni, directrice business d\u00e9veloppement d\u2019OCP Green Water.<\/p>\n<p>La situation est d\u2019autant plus compliqu\u00e9e \u00e0 g\u00e9rer que la pluviom\u00e9trie, en forte baisse, est tr\u00e8s concentr\u00e9e. \u00ab\u00a0La majorit\u00e9 de la pluie &#8211; 51\u202f% &#8211; tombe dans le nord, dans un bassin qui ne repr\u00e9sente que 7\u202f% de la surface du pays\u00a0\u00bb, explique Rachid Madah, directeur des am\u00e9nagements hydrauliques au sein du minist\u00e8re de l\u2019Equipement et de l\u2019eau. A l\u2019inverse, le bassin de Bouregreg et de la Chaouia, qui regroupe 23\u202f% de la population et 68\u202f% de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique sur 3\u202f% du territoire, re\u00e7oit tr\u00e8s peu d\u2019eau.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" class=\"Image\" alt=\"WhatsApp Image 2026-04-29 at 18.33.31.jpeg\"  width=\"840\" height=\"397\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1778562790_566_.jpeg\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>                Les sept ann\u00e9es de s\u00e9cheresse ont fortement entam\u00e9 les r\u00e9serves d\u2019eau du Maroc. <\/p>\n<p>                    \u00a0&#8211;\u00a0<\/p>\n<p>                MAP<\/p>\n<p>La demande, elle, ne cesse de progresser\u00a0: estim\u00e9s \u00e0 16,2 milliards de m\u00e8tres cubes par an actuellement, les besoins pourraient atteindre 18,6 milliards \u00e0 l\u2019horizon 2050. En six d\u00e9cennies, la dotation en eau par habitant a chut\u00e9 de pr\u00e8s de 75\u202f%\u00a0: elle s\u2019\u00e9tablit aujourd\u2019hui \u00e0 600 m\u00e8tres cubes, contre 2\u202f560 dans les ann\u00e9es 1960. Et les \u00e9tudes annoncent d\u00e9j\u00e0 que le niveau risque de descendre en dessous du seuil de 500 m\u00e8tres cubes, qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0p\u00e9nurique\u00a0\u00bb par la Banque mondiale. Concr\u00e8tement, la majeure partie de l\u2019eau utilis\u00e9e au Maroc (autour de 12 milliards de m\u00e8tres cubes), soit 80 \u00e0 85\u202f%, sert \u00e0 l\u2019irrigation agricole. L\u2019eau potable repr\u00e9sente environ 1,7 milliard de m\u00e8tres cubes, y compris les usages industriels et touristiques.<\/p>\n<p>Plan d\u2019urgence<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9t\u00e9 2022, tous les indicateurs passent au rouge. Face \u00e0 l\u2019ampleur de la crise, en octobre 2022, le Roi prend la parole sur \u00ab la probl\u00e9matique de l\u2019eau et les d\u00e9fis urgents et futurs qui s\u2019y rattachent \u00bb, demandant l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de tous les projets hydriques. Et c\u2019est un v\u00e9ritable plan d\u2019urgence qui est lanc\u00e9, dans le but premier de garantir l\u2019acc\u00e8s de la population \u00e0 l\u2019eau potable. Il comprend notamment le d\u00e9marrage &#8211; au plus t\u00f4t &#8211; d\u2019une \u00ab  autoroute de l\u2019eau\u00a0\u00bb destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9orienter la ressource depuis les bassins du nord du pays, vers la zone urbaine de Rabat-Casablanca, particuli\u00e8rement d\u00e9ficitaire.<\/p>\n<p>Parmi les autres projets, de nouveaux barrages venant \u00e9largir le parc historique. Une large politique de  barrages avait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960, sous l\u2019impulsion d\u2019Hassan II, dans un \u00ab\u00a0triple objectif d\u2019irrigation, de satisfaction des besoins en eau potable, mais aussi pour assurer une production d&rsquo;\u00e9nergie hydro\u00e9lectrique\u00a0\u00bb, explique Rachid Madah. D\u00e9but 2026, deux nouveaux barrages sont venus s\u2019ajouter au parc du pays, pour un total de 158 \u00ab\u00a0grands\u00a0\u00bb barrages (plus de 25 m\u00e8tres de hauteur). Et quatorze sont actuellement en construction, en plus de tr\u00e8s nombreux barrages locaux, destin\u00e9s \u00e0 soutenir le d\u00e9veloppement local, notamment dans les zones rurales et p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" class=\"Image\" alt=\"WhatsApp Image 2026-04-29 at 15.43.36.jpeg\"  width=\"840\" height=\"582\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1778562791_394_.jpeg\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>                Salaheddine Dahbi, directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019hydraulique, au sein du minist\u00e8re de l\u2019Equipement et de l\u2019eau du Maroc<\/p>\n<p>                    \u00a0&#8211;\u00a0<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me sujet majeur, le d\u00e9veloppement de nouvelles sources d\u2019eau dites \u00ab\u00a0non conventionnelles\u00a0\u00bb. Avec, en premier lieu, le dessalement. \u00ab\u00a0Plusieurs grands projets sont en cours\u00a0: la capacit\u00e9 install\u00e9e est pass\u00e9e de 46,4 millions de m\u00e8tres cubes en 2021 \u00e0 plus de 410 millions aujourd\u2019hui. Nous visons 1,7 milliard \u00e0 l\u2019horizon 2030\u00a0:  l\u2019objectif est qu\u2019alors 55 \u00e0 60\u202f% de l\u2019eau potable provienne de l\u2019eau dessal\u00e9e, ainsi que 36\u202f% pour l\u2019industrie et 14\u202f% pour l\u2019irrigation \u00bb, indique Salahddine Dahbi. Encore r\u00e9cemment, de nouvelles stations ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es \u00e0 Nador, Driouch et \u00e0 Tanger. Et d\u2019autres sont programm\u00e9es pour l\u2019ann\u00e9e prochaine \u00e0 Souss-Massa, Tiznit, Guelmim, Tan-Tan ou Rabat. De quoi changer consid\u00e9rablement la donne, notamment pour les zones littorales urbaines. <\/p>\n<p>L\u2019utilisation des eaux us\u00e9es constitue \u00e9galement une piste importante, m\u00eame si son usage reste aujourd\u2019hui limit\u00e9 \u00e0 l\u2019arrosage des espaces verts. \u00ab\u00a0La qualit\u00e9 de l\u2019eau permettrait son utilisation dans l\u2019agriculture  et m\u00eame comme eau potable, mais aujourd\u2019hui il y a encore un sujet d\u2019acceptabilit\u00e9 sociale pour d\u00e9velopper ces usages \u00bb, explique Lamia Housni. Un projet de loi en cours devrait permettre de faire \u00e9voluer les pratiques pour une utilisation dans l\u2019irrigation agricole. Des proc\u00e9d\u00e9s innovants, comme des syst\u00e8mes de collecte des eaux de brouillard sont aussi sur la table. \u00ab Avant de les mettre en place, il faut \u00e9tudier tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment les donn\u00e9es m\u00e9t\u00e9o : nous en sommes \u00e0 cette phase-l\u00e0 \u00bb, pr\u00e9cisent les responsables.<\/p>\n<p>Efficience et \u00e9conomies<\/p>\n<p>Parmi les autres pistes explor\u00e9es, l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019efficience des r\u00e9seaux. \u00ab\u00a0Nous visons un taux moyen d\u2019efficience autour de 80 \u00e0 85\u202f% d\u2019ici 2050, contre 78\u202f% actuellement. Certaines villes comme Rabat ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 82\u202f%\u00a0\u00bb, souligne Oudbib Youssef, chef de division \u00e0 l\u2019ONEE-BO (Office national de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et de l\u2019eau potable &#8211; Branche eau). Depuis 2021, plusieurs villes ont ainsi d\u00e9velopp\u00e9 des syst\u00e8mes num\u00e9riques intelligents pour le suivi des pressions et la d\u00e9tection des fuites, r\u00e9duisant ainsi le gaspillage.<\/p>\n<p>Le pays travaille aussi \u00e0 la limitation de la demande. Tout d\u2019abord agricole. \u00ab\u00a0Les m\u00e9thodes d\u2019irrigation ont \u00e9volu\u00e9 et sont d\u00e9sormais beaucoup plus pr\u00e9cises. Par ailleurs, les projets les moins consommateurs d\u2019eau sont privil\u00e9gi\u00e9s, notamment lors de l\u2019octroi de subvention\u00a0\u00bb, explique Salahddine Dahbi. Plusieurs campagnes de sensibilisation du grand public ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es, davantage dans le but de faire changer les mentalit\u00e9s que dans l\u2019espoir de v\u00e9ritablement faire baisser les volumes.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" class=\"Image\" alt=\"Image1.jpg\"  width=\"840\" height=\"846\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1778562791_382_.jpeg\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>                En 10 ans, le niveau du deuxi\u00e8me plus grand barrage du Maroc (Al Massira) est pass\u00e9 de 100% \u00e0 seulement 1%.<\/p>\n<p>                    \u00a0&#8211;\u00a0<\/p>\n<p>                Direction de l\u2019Hydraulique, Maroc.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la p\u00e9riode de crise est officiellement close. Le 12 janvier 2026, le ministre de l\u2019Equipement et de l\u2019Eau, Nizar Baraka, a indiqu\u00e9 que le pays \u00e9tait \u00ab\u00a0sorti de la s\u00e9cheresse\u00a0\u00bb\u00a0: apr\u00e8s cinq mois de fortes pr\u00e9cipitations et des chutes de neige exceptionnelles, le taux de remplissage des barrages avait atteint 46\u202f%, repr\u00e9sentant 7,7 milliards de m\u00e8tres cubes d\u2019eau. D\u00e9but avril 2026, les barrages \u00e9taient remplis, en moyenne, \u00e0 75\u202f%\u202f! Et un grand nombre d\u2019entre eux ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 conduits \u00e0 effectuer des l\u00e2chers d\u2019eau \u2026<\/p>\n<p>Reste qu\u2019\u00e0 moyen terme, il ne faut pas rel\u00e2cher les efforts. \u00ab\u00a0Avec le r\u00e9chauffement climatique, nous savons que de tels \u00e9pisodes de s\u00e9cheresse vont se multiplier, souligne Salahddine Dahbi. En tenant compte de l\u2019impact des changements climatiques, les simulations montrent que, sans action, le d\u00e9ficit annuel pourrait atteindre pr\u00e8s de 7 milliards de m\u00e8tres cubes \u00e0 l\u2019horizon 2050.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Retrouvez tous les papiers de notre dossier sp\u00e9cial\u00a0: <a class=\"Link \" href=\"https:\/\/www.lopinion.fr\/dossiers\/stress-hydrique-comment-le-maroc-securise-son-approvisionnement-en-eau\" data-cms-ai=\"0\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Stress hydrique &#8211; Comment le Maroc s\u00e9curise son approvisionnement en eau<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Sept ann\u00e9es de s\u00e9cheresse. 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