{"id":10031,"date":"2026-02-11T01:43:06","date_gmt":"2026-02-11T01:43:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/10031\/"},"modified":"2026-02-11T01:43:06","modified_gmt":"2026-02-11T01:43:06","slug":"une-nouvelle-donne-pour-le-maroc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/10031\/","title":{"rendered":"une nouvelle donne pour le Maroc"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Avant les bilans, avant les controverses, avant m\u00eame les chiffres froids et les proc\u00e8s d\u2019intention, il y a les visages. Ceux que la cam\u00e9ra saisit mal et que les statistiques, par nature, oublient. Des regards hagards, creus\u00e9s par la fatigue et travers\u00e9s par cette douleur sourde qui ne s\u2019exprime pas encore. Celle des familles sinistr\u00e9es, bien s\u00fbr ; mais plus encore celle des paysans modestes, pour qui une crue ne d\u00e9truit pas seulement des biens mais efface, en quelques minutes, le travail d\u2019une vie enti\u00e8re. Une maison emport\u00e9e, un champ ravag\u00e9, un troupeau disparu, un commerce noy\u00e9 sous la boue\u2026 Ce qui s\u2019effondre n\u2019est pas uniquement mat\u00e9riel\u00a0; c\u2019est un \u00e9quilibre fragile, patiemment b\u00e2ti, une dignit\u00e9 brusquement mise \u00e0 nu. Une telle souffrance n\u2019appelle ni slogans ni r\u00e9cup\u00e9rations morales. Elle impose, d\u2019abord, le silence respectueux ; ensuite, l\u2019\u00e9coute ; enfin, la solidarit\u00e9 concr\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, les eaux ont atteint des niveaux que la m\u00e9moire collective croyait rel\u00e9gu\u00e9s aux archives. En quelques heures, des rues sont devenues des torrents, des quartiers ont perdu leurs rep\u00e8res, des int\u00e9rieurs ont \u00e9t\u00e9 envahis par la boue et par l\u2019angoisse. L\u2019inondation n\u2019a pas seulement \u00e9t\u00e9 violente\u00a0; elle a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment d\u00e9sorientante. Elle a laiss\u00e9 derri\u00e8re elle des d\u00e9g\u00e2ts lourds, certes, mais surtout une population atteinte dans ce qu\u2019elle a de plus intime : le sentiment de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ici que l\u2019\u00e9v\u00e9nement d\u00e9passe le fait divers et rejoint une v\u00e9rit\u00e9 mondiale : nous ne vivons plus \u00e0 l\u2019\u00e8re des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00ab exceptionnels \u00bb. Apr\u00e8s des ann\u00e9es de s\u00e9cheresse, d\u2019arbitrages douloureux sur l\u2019eau, de barrages sous tension et de r\u00e9coltes menac\u00e9es, l\u2019eau revient, concentr\u00e9e, incontr\u00f4lable, d\u00e9vastatrice. Ce renversement n\u2019a rien d\u2019une anomalie passag\u00e8re, il dessine un futur inconfortable o\u00f9 un m\u00eame pays peut conna\u00eetre la soif et la crue, la p\u00e9nurie et l\u2019exc\u00e8s, parfois dans un m\u00eame cycle. Ce n\u2019est pas une contradiction climatique ; c\u2019est, d\u00e9sormais, la nouvelle normalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce contexte, une v\u00e9rit\u00e9 doit \u00eatre dite sans emphase, mais sans faux-semblant non plus : face \u00e0 l\u2019urgence, l\u2019\u00c9tat a r\u00e9pondu pr\u00e9sent. Les alertes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9es, les \u00e9vacuations engag\u00e9es, les forces de s\u00e9curit\u00e9, les autorit\u00e9s territoriales, les services de secours et les volontaires mobilis\u00e9s avec une rapidit\u00e9 d\u00e9cisive. Des vies ont \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9es. Et dans ces moments-l\u00e0, ce ne sont ni les discours ni les pol\u00e9miques qui comptent, mais la d\u00e9cision rapide, le sang-froid et l\u2019engagement humain total. \u00c0 ce rendez-vous-l\u00e0, les institutions et les femmes et les hommes du terrain ont \u00e9t\u00e9 au rendez-vous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s les premi\u00e8res heures, une mobilisation nationale d\u2019ampleur s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e. Forces arm\u00e9es, protection civile, police, forces auxiliaires, sapeurs-pompiers, \u00e9quipes m\u00e9dicales, autorit\u00e9s locales \u2026 tous ont travaill\u00e9 sans rel\u00e2che, souvent dans des conditions extr\u00eames, parfois au p\u00e9ril de leur propre s\u00e9curit\u00e9. Et, comme souvent au Maroc, la soci\u00e9t\u00e9 a suivi : associations d\u2019abord, citoyens ensuite, renfor\u00e7ant une cha\u00eene de solidarit\u00e9 tangible, discr\u00e8te parfois, mais constante.<\/p>\n<p>LIRE AUSSI :\u00a0<a style=\"color: #008000;\" href=\"https:\/\/maroc-diplomatique.net\/can-2025-quand-la-raison-detat-surplombe-lemotion\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">CAN 2025 : Quand la raison d\u2019\u00c9tat surplombe l\u2019\u00e9motion<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jour et nuit, des op\u00e9rations de sauvetage, d\u2019\u00e9vacuation et d\u2019assistance ont permis de mettre \u00e0 l\u2019abri des milliers de personnes. Derri\u00e8re ces chiffres, il y a des gestes pr\u00e9cis : des personnes \u00e2g\u00e9es port\u00e9es \u00e0 bout de bras, des enfants extraits de maisons encercl\u00e9es par l\u2019eau, des familles arrach\u00e9es \u00e0 leurs foyers non pour \u00eatre d\u00e9plac\u00e9es, mais pour \u00eatre sauv\u00e9es. Des infrastructures publiques ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9es en refuges temporaires, assurant h\u00e9bergement, alimentation, soins et accompagnement psychologique. Cette organisation r\u00e9v\u00e8le une gestion structur\u00e9e de la crise ; mais elle dit aussi quelque chose de plus profond \u2026 la compr\u00e9hension humaine de ce que signifie perdre, en quelques heures, son toit, ses rep\u00e8res, parfois son histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour autant, l\u2019essentiel commence souvent lorsque l\u2019actualit\u00e9 s\u2019\u00e9loigne. Dans l\u2019\u00e9preuve, le Maroc a montr\u00e9 une capacit\u00e9 r\u00e9elle de mobilisation collective. Une solidarit\u00e9 qui ne rel\u00e8ve ni de l\u2019autosatisfaction ni de l\u2019effet d\u2019annonce, mais qui s\u2019inscrit dans les actes et dans la dur\u00e9e. Reste d\u00e9sormais le plus difficile et le plus politique \u00e0 savoir transformer l\u2019urgence en lucidit\u00e9 durable. Car un pays qui sait sauver dans la temp\u00eate doit, \u00e0 pr\u00e9sent, apprendre \u00e0 se pr\u00e9parer au monde qui vient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et d\u00e9j\u00e0, les voix famili\u00e8res surgissent : indignations instantan\u00e9es, expertises improvis\u00e9es \u00e0 distance du danger, col\u00e8re num\u00e9rique plus performative qu\u2019efficace. Elle soulage parfois celui qui la prof\u00e8re, mais ne prot\u00e8ge personne. Surtout, elle confond trop souvent la critique n\u00e9cessaire, celle qui \u00e9claire et qui corrige, avec la posture st\u00e9rile, celle qui accuse sans construire. Rappelons alors une \u00e9vidence que l\u2019\u00e9motion tend \u00e0 effacer : les catastrophes climatiques frappent tous les pays, y compris les plus riches et les mieux \u00e9quip\u00e9s. Elles causent partout des pertes humaines et mat\u00e9rielles. Le Maroc n\u2019est ni une exception ni un angle mort du progr\u00e8s. Il est, comme les autres, expos\u00e9 \u00e0 une violence climatique qui d\u00e9passe les mod\u00e8les et met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve les certitudes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, les pluies ont \u00e9t\u00e9 d\u2019une intensit\u00e9 rare. Oui, il s\u2019agit d\u2019une catastrophe naturelle. Mais s\u2019arr\u00eater \u00e0 cette seule explication serait une facilit\u00e9 dangereuse , car la nature d\u00e9clenche mais l\u2019am\u00e9nagement d\u00e9cide de l\u2019ampleur. Les zones les plus touch\u00e9es ne sont ni invisibles ni inconnues\u00a0; elles figurent depuis longtemps sur les cartes de vuln\u00e9rabilit\u00e9, dans les \u00e9tudes hydrologiques, et dans la m\u00e9moire collective. Si des habitations, des routes et des activit\u00e9s y restent expos\u00e9es, ce n\u2019est pas par fatalit\u00e9, mais par accumulation de d\u00e9cisions, et parfois, par empilement de renoncements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une inondation n\u2019est jamais un accident isol\u00e9. Elle est la somme patiente de vuln\u00e9rabilit\u00e9s. Certes, la pluie ne tue pas ; mais l\u2019absence de garde-fous, oui. Les drames surgissent l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on a grignot\u00e9 les zones naturelles d\u2019expansion des crues, l\u00e0 o\u00f9 les oueds ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s comme des r\u00e9serves fonci\u00e8res, l\u00e0 o\u00f9 la croissance urbaine a \u00e9t\u00e9 confondue avec une urbanisation r\u00e9fl\u00e9chie. Nous oublions que la nature ne \u00ab reprend pas ses droits \u00bb \u2026 elle reprend ce qu\u2019on lui a retir\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faut-il, pour autant, suspendre toute r\u00e9flexion ? Certainement pas. Mais cette r\u00e9flexion doit venir apr\u00e8s l\u2019urgence, avec m\u00e9thode, humilit\u00e9 et responsabilit\u00e9. On a longtemps redout\u00e9 le tsunami, symbole spectaculaire de la peur ; on a beaucoup moins pens\u00e9 aux crues ordinaires, aux arbitrages de barrages, \u00e0 la violence silencieuse de l\u2019eau int\u00e9rieure lorsqu\u2019elle d\u00e9borde. D\u00e9sormais, cette r\u00e9alit\u00e9 impose un travail s\u00e9rieux sur la pr\u00e9vention, l\u2019am\u00e9nagement et la gestion du risque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi reconna\u00eetre l\u2019engagement des secours ne doit jamais servir de paravent \u00e0 l\u2019inaction future. Au contraire, \u00a0l\u2019hommage sinc\u00e8re oblige \u00e0 penser la suite, car l\u2019illusion la plus tenace des pays en modernisation rapide est de croire que l\u2019infrastructure suffit. Barrages, digues, canalisations sont indispensables, mais insuffisants sans doctrine claire. Un barrage prot\u00e8ge, certes, mais il pose des choix lourds : quand rel\u00e2cher, \u00e0 quel rythme, au b\u00e9n\u00e9fice de qui, au risque de quoi. Ce n\u2019est pas seulement une question technique ; c\u2019est une question de confiance. Or la confiance se construit par la transparence, la p\u00e9dagogie, l\u2019alerte pr\u00e9coce, la clart\u00e9 des responsabilit\u00e9s et, surtout, la coh\u00e9rence des d\u00e9cisions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c\u2019est ici qu\u2019il faut parler avec nettet\u00e9. Tol\u00e9rer durablement des constructions en zones inondables, fermer les yeux sur des extensions urbaines mal ma\u00eetris\u00e9es, rel\u00e9guer la pr\u00e9vention derri\u00e8re l\u2019urgence sociale ou la pression fonci\u00e8re, pr\u00e9f\u00e9rer la r\u00e9paration apr\u00e8s coup \u00e0 l\u2019anticipation en amont \u2026 tout cela n\u2019est pas de l\u2019impr\u00e9vu. Ce sont des choix. Et les choix, qu\u2019on le veuille ou non, engagent des responsabilit\u00e9s. Ces responsabilit\u00e9s ne sont ni simples ni caricaturales. Elles sont diffuses, syst\u00e9miques, mais parfaitement r\u00e9elles. Elles prennent racine dans des d\u00e9cisions d\u2019urbanisation d\u00e9connect\u00e9es du risque hydrologique, dans des contr\u00f4les intermittents, dans une pr\u00e9vention sacrifi\u00e9e sur l\u2019autel du court terme, et dans cette culture rassurante, mais d\u00e9sormais p\u00e9rim\u00e9e, du \u00ab on g\u00e9rera le moment venu \u00bb. \u00c0 l\u2019\u00e8re du d\u00e9r\u00e8glement climatique, ce pari n\u2019est plus seulement fragile \u2026 il est dangereux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, il serait trop facile, et trop injuste, de d\u00e9signer un coupable unique. Les responsabilit\u00e9s traversent tous les niveaux : local, r\u00e9gional, national. Elles concernent la planification autant que le contr\u00f4le, la coh\u00e9rence autant que l\u2019ex\u00e9cution, l\u2019entretien autant que la vision d\u2019ensemble. La fragmentation de l\u2019action publique, quand chacun agit dans son p\u00e9rim\u00e8tre sans logique de bassin versant, fabrique une vuln\u00e9rabilit\u00e9 collective. L\u2019eau circule librement ; la responsabilit\u00e9, elle, demeure cloisonn\u00e9e. Il serait injuste de transformer ces inondations en proc\u00e8s politique. Mais il serait tout aussi p\u00e9rilleux de les refermer comme un simple accident climatique. Un \u00c9tat solide est celui qui sait distinguer ce qui rel\u00e8ve de l\u2019al\u00e9a et ce qui rel\u00e8ve de sa propre responsabilit\u00e9. Et, plus encore, celui qui accepte de regarder cette fronti\u00e8re en face, sans se d\u00e9fausser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u00e0 que se joue la suite. L\u2019\u00c9tat qui agit avec efficacit\u00e9 dans l\u2019urgence doit avoir le courage d\u2019agir avec fermet\u00e9 dans l\u2019anticipation. L\u2019hommage rendu aujourd\u2019hui aux forces mobilis\u00e9es cr\u00e9e une obligation morale, celle de ne plus leur demander demain d\u2019\u00eatre h\u00e9ro\u00efques pour compenser des failles connues. Car la r\u00e9p\u00e9tition des m\u00eames drames, aux m\u00eames endroits, ne serait pas le signe d\u2019une nature capricieuse, mais d\u2019un refus d\u2019arbitrer. Exiger toujours plus d\u2019h\u00e9ro\u00efsme pour pallier des fragilit\u00e9s structurelles n\u2019est pas une strat\u00e9gie mais un aveu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re maturit\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir est celle du temps long. Il faut passer d\u2019une gestion des catastrophes \u00e0 une politique du risque. Cela suppose des cartes de vuln\u00e9rabilit\u00e9 juridiquement opposables, une planification urbaine capable de renoncer \u00e0 certains espaces, des normes de construction adapt\u00e9es, un entretien rigoureux des r\u00e9seaux d\u2019\u00e9vacuation, la restauration des bassins versants, et la reconnaissance des zones inondables non comme des marges sacrifiables, mais comme des infrastructures naturelles vitales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me maturit\u00e9 est celle de la responsabilit\u00e9 partag\u00e9e. L\u2019\u00c9tat ne peut pas tout, mais il doit fixer la r\u00e8gle, la faire respecter, et prot\u00e9ger les plus expos\u00e9s. Les communes et les r\u00e9gions ne peuvent plus \u00eatre seulement des relais de crise\u00a0; elles doivent devenir des architectes du territoire. Le secteur priv\u00e9, lui, ne peut rester spectateur : assurance, BTP, ing\u00e9nierie, t\u00e9l\u00e9coms, logistique, donn\u00e9e\u2026 tous doivent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 une doctrine nationale du risque. Quant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile, elle ne doit plus \u00eatre convoqu\u00e9e uniquement lorsque l\u2019eau monte, mais associ\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9vention, \u00e0 la veille locale, et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation au risque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reste enfin la maturit\u00e9 la plus d\u00e9cisive, celle du r\u00e9cit national. Le Maroc ne manque ni de comp\u00e9tences ni de courage. Ce qui fait parfois d\u00e9faut, c\u2019est l\u2019alignement entre l\u2019ambition et l\u2019ex\u00e9cution, entre les plans et les contr\u00f4les, entre les annonces et la maintenance, entre la r\u00e9activit\u00e9 et l\u2019anticipation. Les catastrophes n\u2019exigent pas des discours plus forts, mais une capacit\u00e9 collective \u00e0 dire : voici o\u00f9 nous avons failli, voici ce que nous changeons, voici comment nous rendons des comptes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Maroc a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il sait se mobiliser ; il doit d\u00e9sormais prouver qu\u2019il sait pr\u00e9venir, arbitrer et prot\u00e9ger sur le temps long. Cela implique des d\u00e9cisions parfois impopulaires : sanctuariser des zones inondables, revoir certaines implantations, renforcer la responsabilit\u00e9 locale, rendre les cartes de risques contraignantes, investir davantage dans la pr\u00e9vention que dans la r\u00e9paration. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur dans l\u2019urgence qu\u2019il doit l\u2019\u00eatre dans l\u2019anticipation. La suite ne se jouera pas dans les communiqu\u00e9s, mais dans des d\u00e9cisions concr\u00e8tes d\u2019assumer des interdictions de construire, de geler certains projets, de renforcer la coordination territoriale, et d\u2019accepter que la s\u00e9curit\u00e9 collective ait un co\u00fbt politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fond, un pays n\u2019est pas jug\u00e9 sur la pluie qui tombe. Il est jug\u00e9 sur ce qu\u2019il avait pr\u00e9par\u00e9 avant qu\u2019elle ne tombe, sur la mani\u00e8re dont il prot\u00e8ge pendant, et sur la lucidit\u00e9 avec laquelle il reconstruit apr\u00e8s. L\u2019eau est revenue et avec force. La question aujourd\u2019hui est : le Maroc reviendra-t-il avec des responsables plus pr\u00e9voyants, des villes plus intelligentes et un pacte social plus protecteur ? Ou se contentera-t-il, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine crue, de panser les m\u00eames fractures ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019imm\u00e9diat, pourtant, l\u2019essentiel est ailleurs : ne pas oublier les sinistr\u00e9s lorsque l\u2019actualit\u00e9 se retire. Ne pas laisser la solidarit\u00e9 s\u2019\u00e9vaporer avec les eaux. Et ne jamais perdre de vue que derri\u00e8re chaque catastrophe, il y a des vies qui continuent \u2026 ou qui tentent de recommencer. Un pays ne devient pas r\u00e9silient en multipliant les cellules de crise, mais en rendant certaines crises structurellement improbables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 cette hauteur-l\u00e0 que se mesure une soci\u00e9t\u00e9. Et c\u2019est \u00e0 cette exigence que doit d\u00e9sormais se mesurer le pays.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Avant les bilans, avant les controverses, avant m\u00eame les chiffres froids et les proc\u00e8s d\u2019intention, il y a&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":10032,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[83],"tags":[2423,5447,5465,1459,577,86,3805],"class_list":{"0":"post-10031","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-maroc","8":"tag-barrages","9":"tag-crues","10":"tag-dereglement-climatique","11":"tag-inondations","12":"tag-ksar-el-kebir","13":"tag-maroc","14":"tag-pluies"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116049464712762968","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10031","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10031"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10031\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10032"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10031"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10031"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10031"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}