{"id":100452,"date":"2026-05-12T12:40:09","date_gmt":"2026-05-12T12:40:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/100452\/"},"modified":"2026-05-12T12:40:09","modified_gmt":"2026-05-12T12:40:09","slug":"soha-benchekroun-la-planification-climatique-au-maroc-reste-largement-axee-sur-la-decarbonation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/100452\/","title":{"rendered":"Soha Benchekroun : \u201cLa planification climatique au Maroc reste largement ax\u00e9e sur la d\u00e9carbonation\u201d"},"content":{"rendered":"<p>Dans cette interview, Soha Benchekroun, chercheure et conseill\u00e8re en politiques climatiques et d\u00e9veloppement, Afrique et coop\u00e9ration Sud-Sud fait le point sur la politique environnementale au Maroc.<\/p>\n<p>Quel regard portez-vous sur la gouvernance climatique mondiale actuelle ?<br \/>Il me semble important de commencer par apporter un regard sur la gouvernance climatique mondiale, o\u00f9 s\u2019inscrivent les Conf\u00e9rences des parties (COP), et qui reste ancr\u00e9e dans des m\u00e9canismes de march\u00e9 et logiques n\u00e9olib\u00e9rales perp\u00e9tuant les in\u00e9galit\u00e9s structurelles entre pays historiquement pollueurs et pays en d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>En ce sens, les solutions climatiques \u00e0 l\u2019ordre du jour \u2013 quels que soient les objectifs globaux, feuilles de route ou instruments financiers dits innovants mis en avant au fil des COP \u2013 sont de nature \u00e0 impliquer l\u2019endettement syst\u00e9matique des pays du Sud, \u00e0 promouvoir une tendance vers un certain \u00abtechnosolutionnisme vert\u00bb souvent parachut\u00e9 et dont la viabilit\u00e9 est discutable, ou des approches pansements typiques de l\u2019\u00abaide\u00bb qui alimentent des d\u00e9pendances sur le long terme. S\u2019ajoute \u00e0 cela le contexte des mesures unilat\u00e9rales de protectionnisme commercial (tarification du carbone) impos\u00e9s par certains pays du Nord. Ces \u00e9l\u00e9ments, en particulier dans la conjoncture actuelle de crise du multilat\u00e9ralisme, et avec la bureaucratisation accrue des COP \u2013 invitent \u00e0 remettre en question l\u2019utilit\u00e9 de ces processus globaux.<\/p>\n<p>Comment voyez-vous l\u2019\u00e9volution de la politique environnementale au Maroc, dans le contexte actuel au niveau mondial, notamment par rapport aux objectifs des COP ?<br \/>Le Maroc a pris, depuis des ann\u00e9es, des engagements climatiques ambitieux dans ce contexte international, surtout en mati\u00e8re de r\u00e9duction des \u00e9missions, bien qu\u2019il soit, au m\u00eame titre que tous les pays d\u2019Afrique, un tr\u00e8s faible \u00e9metteur. Si cette politique peut faire sens \u00e9tant donn\u00e9 le potentiel solaire et \u00e9olien important du pays, elle ne doit pas \u00eatre prioris\u00e9e aux d\u00e9pens de la probl\u00e9matique environnementale premi\u00e8re du pays, \u00e0 savoir la crise de l\u2019eau.<\/p>\n<p>Le Maroc se trouvera de plus en plus \u00e0 devoir arbitrer entre ses besoins agricoles, industriels (phosphatiers, en l\u2019occurrence), et les besoins de ses populations, notamment rurales. C\u2019est bien l\u00e0 qu\u2019une ambition est n\u00e9cessaire pour construire une v\u00e9ritable r\u00e9silience sociale et environnementale, ces deux dimensions ne pouvant \u00eatre approch\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>Quels types de projets devraient voir le jour dans les ann\u00e9es \u00e0 venir afin de mieux pr\u00e9parer le pays aux \u00e9volutions climatiques ?<br \/>La planification climatique au Maroc reste largement ax\u00e9e sur la d\u00e9carbonation malgr\u00e9 l\u2019\u00e9tendue des besoins urgents en mati\u00e8re de renforcement de la r\u00e9silience et d\u2019adaptation aux impacts du changement climatique, rappel\u00e9s par les derni\u00e8res inondations tragiques ou encore les effets de la s\u00e9cheresse chronique amplifi\u00e9s par l\u2019augmentation des temp\u00e9ratures. Si des investissements m\u00eame \u00e9normes dans la d\u00e9carbonation cr\u00e9ent relativement peu d\u2019emplois et ont des retomb\u00e9es sociales limit\u00e9es, l\u2019adaptation climatique, elle, est intrins\u00e8quement li\u00e9e aux moyens de subsistance des populations, \u00e0 leur s\u00e9curit\u00e9 physique, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019approvisionnement en eau et \u00e0 la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9gionales.<\/p>\n<p>Cette \u00abd\u00e9priorisation\u00bb des projets d\u2019adaptation, \u00e0 l\u2019image de la tendance mondiale, s\u2019explique par leur rentabilit\u00e9 relative ou plus lente qui contraste avec les mod\u00e8les court-termistes favoris\u00e9s par la plupart des investisseurs. Pour revenir au Maroc, il est d\u2019abord essentiel que les politiques publiques et territoriales soient coh\u00e9rentes avec la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019aridit\u00e9 et du stress hydrique du pays. Cela nous renvoie au d\u00e9bat national qui a eu lieu ces derni\u00e8res ann\u00e9es sur l\u2019exportation de cultures \u00e0 forte consommation d\u2019eau malgr\u00e9 les risques d\u2019\u00e9puisement des nappes phr\u00e9atiques.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le agro-exportateur ne fait que se confirmer avec la nouvelle subvention octroy\u00e9e par le gouvernement aux exportations de tomates en mars dernier (750 dirhams par tonne), au moment o\u00f9 le consommateur marocain conna\u00eet une augmentation du co\u00fbt des denr\u00e9es de base et o\u00f9 les cultures vivri\u00e8res nourrici\u00e8res (l\u00e9gumineuses et c\u00e9r\u00e9ales) ne re\u00e7oivent pas assez d\u2019appui technique et de subventions.<\/p>\n<p>Il y a aussi le d\u00e9fi de la s\u00e9cheresse structurelle malgr\u00e9 une bonne saison pluvieuse\u2026<br \/>Faire face \u00e0 la s\u00e9cheresse structurelle persistante ne peut se r\u00e9sumer \u00e0 une approche purement techniciste reposant sur le recours au dessalement par exemple. Au-del\u00e0 des contraintes environnementales et de co\u00fbt \u00e9nerg\u00e9tique de cette option, il s\u2019agit de prendre conscience que la voie n\u2019est pas uniquement, ni n\u00e9cessairement, d\u2019ordre technologique. Nous ne pouvons pas aller \u00e0 l\u2019encontre de la nature et esp\u00e9rer ensuite que des solutions technologiques r\u00e9parent les dommages socio-environnementaux caus\u00e9s.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 m\u00eame de l\u2019approche \u00abprojets\u00bb (souvent soit des \u00abprojets pilotes\u00bb loin de r\u00e9pondre aux besoins \u00e0 l\u2019\u00e9chelle, soit des interventions esth\u00e9tiques r\u00e9pondant \u00e0 de faux besoins), il s\u2019agit de construire des syst\u00e8mes urbains, industriels, agricoles et alimentaires r\u00e9silients qui red\u00e9finissent notre rapport \u00e0 l\u2019eau. Cela passe, notamment, par l\u2019optimisation des processus industriels pour une gestion rationnelle de la demande en eau, l\u2019adoption de syst\u00e8mes en circuit ferm\u00e9, de m\u00e9canismes de r\u00e9duction des fuites, d\u2019une comptabilit\u00e9 de l\u2019eau, etc. qui doivent relever d\u2019une strat\u00e9gie de p\u00e9rennisation des entreprises et non d\u2019une simple contrainte op\u00e9rationnelle ou d\u2019une RSE symbolique. S\u2019adapter implique aussi de revaloriser nos habitudes alimentaires locales et non transform\u00e9es ; plusieurs \u00absuperaliments\u00bb locaux peuvent s\u2019av\u00e9rer bien plus pertinents que le quinoa sans qu\u2019ils soient cultiv\u00e9s \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p>Dans ce sens, les syst\u00e8mes de connaissances et de savoir-faire traditionnels des petits agriculteurs, \u00e9conomes en eau et en autres intrants, sont indispensables \u00e0 toute transition agro\u00e9cologique et \u00e0 toute politique de souverainet\u00e9 et d\u2019auto-suffisance alimentaires.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9conomique, comment devrait se r\u00e9percuter la politique climatique du Maroc sur ses entreprises et tissu industriel ?<br \/>Le concept de \u00abtransitions justes\u00bb, s\u2019il est approch\u00e9 de la bonne fa\u00e7on, peut permettre d\u2019\u00e9tablir ce rapport entre politiques climatiques et autres secteurs de l\u2019\u00e9conomie. Alors que le Maroc s\u2019interroge sur ce que peut vouloir dire une mise en \u0153uvre responsable de ses engagements climatiques \u00e0 l\u2019international et cherche \u00e0 \u00e9tablir un cadre national de \u00abtransition juste\u00bb, il est essentiel, \u00e0 mon avis, que ce dernier ne se concentre pas outre mesure sur les questions de r\u00e9duction des \u00e9missions et puisse mettre en relief la question de \u00abl\u2019adaptation juste\u00bb \u00e0 la raret\u00e9 croissante de l\u2019eau ; \u00abjuste\u00bb ici pour renvoyer \u00e0 la dimension de l\u2019\u00e9quit\u00e9 sociale, le cas du petit agriculteur en particulier (PMAF), mais \u00e9galement aux objectifs de cr\u00e9ation d\u2019emplois.<\/p>\n<p>Il y a en effet mati\u00e8re \u00e0 explorer les liens avec la Feuille de route pour l\u2019emploi, notamment, visant \u00e0 r\u00e9duire le ch\u00f4mage \u00e0 9% d\u2019ici 2030 ; le potentiel est important et ne concerne pas uniquement les m\u00e9tiers et entreprises li\u00e9s aux \u00e9nergies renouvelables ou \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, mais \u00e9galement \u00e0 la rationalisation de la gouvernance de l\u2019eau, aux infrastructures r\u00e9silientes au climat dans des contextes urbains, industriels, c\u00f4tiers, etc.<\/p>\n<p>Abdellah Benahmed \/ Les Inspirations \u00c9CO<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans cette interview, Soha Benchekroun, chercheure et conseill\u00e8re en politiques climatiques et d\u00e9veloppement, Afrique et coop\u00e9ration Sud-Sud fait&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":100453,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[83],"tags":[3032,86,35781],"class_list":["post-100452","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-maroc","tag-cop","tag-maroc","tag-soha-benchekroun"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116561656135050293","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/100452","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=100452"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/100452\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/100453"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=100452"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=100452"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=100452"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}