{"id":106613,"date":"2026-05-19T03:35:19","date_gmt":"2026-05-19T03:35:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/106613\/"},"modified":"2026-05-19T03:35:19","modified_gmt":"2026-05-19T03:35:19","slug":"ide-le-defi-central-est-de-maximiser-limpact-de-ces-investissements","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/106613\/","title":{"rendered":"IDE : \u00abLe d\u00e9fi central est de maximiser l&rsquo;impact de ces investissements\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Finances News Hebdo : Le Maroc a enregistr\u00e9 une hausse de 73% des IDE sur quatre ans. Cette dynamique repose-t-elle sur des fondamentaux structurels solides ou sur une conjonction de facteurs conjoncturels qui pourraient s&rsquo;inverser rapidement ? <\/p>\n<p>Abdelaaziz Ait Ali : Il faut d&rsquo;abord replacer l\u2019\u00e9volution des IDE au Maroc dans un contexte mondial. Depuis plusieurs ann\u00e9es, et bien avant la pand\u00e9mie, les flux mondiaux d&rsquo;investissements directs \u00e9trangers connaissent une tendance baissi\u00e8re. Cette tendance a commenc\u00e9 \u00e0 se dessiner avec les tensions commerciales sino-am\u00e9ricaines, puis s&rsquo;est renforc\u00e9e avec la mont\u00e9e des politiques industrielles nationales et les mesures am\u00e9ricaines de soutien \u00e0 l&rsquo;investissement sur le territoire am\u00e9ricain. Le Maroc n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 totalement \u00e9pargn\u00e9 par cette \u00e9volution. Les IDE nets, c&rsquo;est-\u00e0-dire les recettes\u00a0d&rsquo;IDE diminu\u00e9es des d\u00e9penses, ont recul\u00e9 dans les ann\u00e9es r\u00e9centes, avec un creux observ\u00e9 en 2023, autour de 0,7% du PIB. C&rsquo;est, \u00e0 mon sens, la m\u00e9trique la plus appropri\u00e9e pour \u00e9valuer l&rsquo;attractivit\u00e9 r\u00e9elle d&rsquo;une \u00e9conomie aux yeux des investisseurs \u00e9trangers. En 2024 et 2025, la tendance s&rsquo;est invers\u00e9e, avec un niveau qui s&rsquo;est \u00e9tabli autour de 1,3% du PIB. Je ne pense donc pas que le redressement auquel vous faites r\u00e9f\u00e9rence s&rsquo;agisse simplement d&rsquo;un mouvement conjoncturel. Nous sommes plut\u00f4t face \u00e0 un nouveau cycle, qui refl\u00e8te \u00e0 la fois des facteurs internationaux et des fondamentaux propres au Maroc. Sur le plan international, la reconfiguration des cha\u00eenes de valeur, la fragmentation g\u00e9opolitique et la recherche de plateformes de production plus stables jouent en faveur du Maroc. Sur le plan interne, cette dynamique consacre\u00a0aussi des r\u00e9formes structurelles engag\u00e9es depuis plusieurs ann\u00e9es, qui ont fait de l&rsquo;ouverture \u00e9conomique, commerciale et financi\u00e8re un ancrage de la politique \u00e9conomique du pays. <\/p>\n<p>Un investisseur \u00e9tranger cherche d&rsquo;abord un cadre stable, pr\u00e9visible et transparent. C&rsquo;est ce que le Maroc offre, notamment en comparaison avec plusieurs pays de la r\u00e9gion. Le pays dispose d&rsquo;une continuit\u00e9 dans ses politiques \u00e9conomiques, ce qui permet aux investisseurs de se projeter. Il b\u00e9n\u00e9ficie \u00e9galement d&rsquo;un cadre de gouvernance \u00e9conomique qui, malgr\u00e9 les d\u00e9fis que nous connaissons, demeure tr\u00e8s attentif \u00e0 l&rsquo;investissement \u00e9tranger. Le Maroc dispose aussi d&rsquo;un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 une part importante du march\u00e9 mondial \u00e0 travers ses accords commerciaux, avec une position \u00e0 la porte de l&rsquo;Europe, de l&rsquo;Afrique et, dans une certaine mesure, des Etats-Unis. Mais le principal facteur de force, qui commence \u00e0 \u00eatre de plus en plus valoris\u00e9, est sa posture de neutralit\u00e9 g\u00e9ostrat\u00e9gique. Dans un monde o\u00f9 les blocs se recomposent, notamment autour d&rsquo;un bloc occidental men\u00e9 par les Etats-Unis et d&rsquo;un autre centr\u00e9 autour de la Chine, le Maroc peut jouer un r\u00f4le de connecteur. Cela commence \u00e0 appara\u00eetre dans les chiffres, dans les \u00e9valuations des institutions internationales et dans nos propres analyses au Policy Center for the New South. Le Maroc est en train de tirer son \u00e9pingle du jeu dans un contexte international tr\u00e8s mouvement\u00e9. <\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>F. N. H. : Quels sont les deux ou trois signaux d&rsquo;alerte que vous surveillez personnellement pour \u00e9valuer si cette dynamique tient dans la dur\u00e9e ? <\/p>\n<p>A. A. A. : Le premier \u00e9l\u00e9ment \u00e0 suivre de pr\u00e8s est la structure de l&rsquo;investissement. Il ne suffit pas de constater une hausse des IDE; il faut regarder leur origine, leur diversification et leur contribution r\u00e9elle \u00e0 la transformation productive. Sur ce point, le Maroc a commenc\u00e9 \u00e0 relever un d\u00e9fi important ces derni\u00e8res ann\u00e9es, notamment avec la mont\u00e9e en puissance de la Chine, y compris Hong Kong, qui est devenue le 2\u00e8me investisseur en 2024 et le 5\u00e8me en 2025. Historiquement, la Chine n&rsquo;\u00e9tait pas aussi pr\u00e9sente dans le paysage des IDE au Maroc. Elle voyait plut\u00f4t le pays comme un march\u00e9. Les choses semblent changer, et le Maroc est de plus en plus per\u00e7u comme une plateforme d&rsquo;investissement et de production. Le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment est la diversification sectorielle. L&rsquo;industrie est devenue, depuis un certain temps, le secteur qui attire le plus les investisseurs. C&rsquo;est un signal important. Le Maroc entre clairement dans une nouvelle phase, notamment avec des investissements de grande taille dans la mobilit\u00e9 \u00e9lectrique. Ce secteur peut conf\u00e9rer au pays un avantage strat\u00e9gique sur la sc\u00e8ne internationale. C&rsquo;est un secteur d&rsquo;avenir. Pour la premi\u00e8re fois, en Europe, les ventes de voitures \u00e9lectriques ont d\u00e9pass\u00e9 celles des voitures \u00e0 essence. Cela repr\u00e9sente un d\u00e9fi majeur pour l&rsquo;automobile\u00a0classique, mais cela ouvre aussi une fen\u00eatre d&rsquo;opportunit\u00e9 pour le Maroc. Le pays est bien parti pour trouver sa place dans le cercle restreint des producteurs li\u00e9s \u00e0 la voiture \u00e9lectrique, notamment \u00e0 travers la production de batteries, qui reste l&rsquo;une des composantes les plus importantes en mati\u00e8re de valeur ajout\u00e9e. <\/p>\n<p>Mais il faudra suivre de pr\u00e8s la profondeur de cette insertion : est-ce que le Maroc attire seulement des unit\u00e9s de production, ou est-ce qu&rsquo;il d\u00e9veloppe progressivement un \u00e9cosyst\u00e8me industriel complet ? Le troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, justement, est l&rsquo;int\u00e9gration locale. C&rsquo;est probablement le plus d\u00e9cisif. Les IDE ne doivent pas fonctionner comme des enclaves. Ils doivent irriguer le tissu productif national, cr\u00e9er des liens avec les PME, renforcer les comp\u00e9tences locales et permettre un transfert r\u00e9el de savoir-faire. C&rsquo;est \u00e0 cette condition que l&rsquo;investissement \u00e9tranger devient un levier de d\u00e9veloppement et pas seulement un flux financier. Cela dit, le Maroc peut encore faire mieux. Des pays qui b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un positionnement g\u00e9ostrat\u00e9gique comparable arrivent parfois \u00e0 mieux valoriser leur situation sur la carte mondiale des investissements \u00e9trangers. Le Mexique, par exemple, a mieux exploit\u00e9 sa proximit\u00e9 avec les Etats-Unis, m\u00eame si son mod\u00e8le est aujourd&rsquo;hui expos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 de la politique commerciale am\u00e9ricaine. Le Maroc a donc des atouts consid\u00e9rables, mais il doit encore renforcer sa capacit\u00e9 \u00e0 convertir ces atouts en investissements productifs, durables et mieux int\u00e9gr\u00e9s localement. <\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>F. N. H. : Dans quelle mesure les tensions commerciales mondiales, notamment les tarifs de Donald Trump, peuvent-elles d\u00e9tourner des IDE pr\u00e9vus au Maroc, en particulier dans le secteur automobile ?<\/p>\n<p>A. A. A. : Les tensions commerciales mondiales introduisent effectivement beaucoup d&rsquo;incertitude. Le Maroc est concern\u00e9, notamment avec les tarifs am\u00e9ricains de 10% et les discussions en cours\u00a0avec les \u00c9tats-Unis autour de nouveaux termes de l&rsquo;accord de libre\u00e9change. Le secteur automobile est naturellement au centre de ces n\u00e9gociations, compte tenu de son importance dans la trajectoire industrielle du pays. Mais il faut garder une lecture nuanc\u00e9e. Le Maroc n&rsquo;est pas exclusivement adoss\u00e9 au march\u00e9 am\u00e9ricain. Son principal ancrage reste europ\u00e9en. L&rsquo;Union europ\u00e9enne offre un cadre plus pr\u00e9visible, et le Maroc a construit avec elle un capital \u00e9conomique, industriel et institutionnel de longue date. Ce sont d&rsquo;ailleurs les entreprises fran\u00e7aises et espagnoles qui continuent d&rsquo;occuper une place importante parmi les investisseurs au Maroc, avec une grande partie de leurs activit\u00e9s orient\u00e9es vers l&rsquo;exportation, notamment vers le march\u00e9 europ\u00e9en. La politique commerciale am\u00e9ricaine introduit n\u00e9anmoins une incertitude structurelle. Elle finit n\u00e9cessairement par affecter les mouvements internationaux de capitaux, et donc, directement ou indirectement, le Maroc. Mais je pense que le Royaume reste l&rsquo;une des \u00e9conomies les plus r\u00e9silientes de la r\u00e9gion face \u00e0 ces recompositions. Il peut m\u00eame, dans certains cas, en tirer parti, \u00e0 condition de consolider son positionnement comme plateforme stable, comp\u00e9titive et capable de servir plusieurs march\u00e9s. L&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas seulement tarifaire. Il est aussi r\u00e9glementaire, logistique et industriel. Le Maroc doit continuer \u00e0 s\u00e9curiser ses d\u00e9bouch\u00e9s, \u00e0 renforcer sa comp\u00e9titivit\u00e9, \u00e0 anticiper les r\u00e8gles d&rsquo;origine et \u00e0 s&rsquo;adapter aux nouvelles exigences environnementales et industrielles des grands march\u00e9s. Dans un monde plus incertain, la valeur d&rsquo;un pays comme le Maroc r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans sa capacit\u00e9 \u00e0 offrir de la stabilit\u00e9 et de la visibilit\u00e9. <\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>F. N. H. : La concentration des IDE au Maroc, notamment dans l&rsquo;automobile et l&rsquo;a\u00e9ronautique, est-elle une force ou une vuln\u00e9rabilit\u00e9 ? Que se passerait-il si l&rsquo;un de ces secteurs d\u00e9crochait ? <\/p>\n<p>A. A. A. : Je suis d&rsquo;accord pour dire que le secteur automobile tire\u00a0fortement les IDE ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Il repr\u00e9sente \u00e0 peu pr\u00e8s 40% des investissements dans le secteur manufacturier en 2024 et 2025, mais seulement 15% du total des investissements nets sur la m\u00eame p\u00e9riode. Cela signifie qu&rsquo;il ne faut pas surestimer la d\u00e9pendance globale de l&rsquo;\u00e9conomie marocaine \u00e0 ce seul secteur. Les activit\u00e9s immobili\u00e8res attirent, sur la m\u00eame p\u00e9riode, davantage d&rsquo;investissements en valeur totale. Le Maroc reste l&rsquo;une des \u00e9conomies les plus diversifi\u00e9es de la r\u00e9gion, et cela commence effectivement \u00e0 se refl\u00e9ter dans la structure des investissements. Les IDE se r\u00e9partissent entre plusieurs secteurs : automobile, chimie, h\u00f4tellerie, \u00e9nergies renouvelables, a\u00e9ronautique, tourisme, services en g\u00e9n\u00e9ral et immobilier. Le fait d&rsquo;attirer davantage d&rsquo;investissements dans un secteur aussi porteur que l&rsquo;automobile est donc plut\u00f4t un signe positif. Je ne le vois pas comme un signe de d\u00e9pendance ou de vuln\u00e9rabilit\u00e9 imm\u00e9diate. Au contraire, cela conforte les choix strat\u00e9giques du pays et son int\u00e9gration progressive dans les cha\u00eenes de valeur mondiales. L&rsquo;automobile et l&rsquo;a\u00e9ronautique sont des secteurs exigeants. Ils imposent des standards \u00e9lev\u00e9s en mati\u00e8re de qualit\u00e9, de logistique, de formation et de discipline industrielle. Leur pr\u00e9sence contribue \u00e0 transformer la base productive du pays au-del\u00e0 des secteurs eux-m\u00eames. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce type de secteurs qui peut permettre au Maroc de franchir de nouvelles \u00e9tapes dans son d\u00e9veloppement industriel. Pour mettre en valeur la r\u00e9silience de l\u2019\u00e9conomie marocaine face au flux des investissements \u00e9trangers, je reviens \u00e0 2019 avec l&rsquo;exemple de Bombardier qui est int\u00e9ressant.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Bombardier de vendre son usine \u00e0 un autre investisseur avait fait couler beaucoup d&rsquo;encre et avait laiss\u00e9 penser que le Maroc pouvait perdre son positionnement dans l&rsquo;a\u00e9ronautique. Ce n&rsquo;est pas ce qui s&rsquo;est produit. Bombardier, comme d&rsquo;autres op\u00e9rateurs internationaux, peut revoir sa strat\u00e9gie mondiale et r\u00e9allouer ses activit\u00e9s. Ce type de mouvement fait partie de\u00a0la vie normale des multinationales. Ce qui compte, c&rsquo;est que l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me marocain demeure attractif et que d&rsquo;autres entreprises continuent de maintenir, voire de renforcer, leur int\u00e9r\u00eat pour le pays. La profondeur de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me est donc plus importante que la pr\u00e9sence ou le d\u00e9part d&rsquo;un acteur particulier. Si les comp\u00e9tences, les fournisseurs, les infrastructures et les op\u00e9rateurs restent, le pays conserve son avantage. Sur la question du capital national, la nouvelle Charte de l&rsquo;investissement apporte une r\u00e9ponse importante. Elle ne se limite pas \u00e0 l&rsquo;investissement \u00e9tranger. Elle replace l&rsquo;investissement priv\u00e9 national au c\u0153ur du mod\u00e8le de croissance. C&rsquo;est un point essentiel, parce que la r\u00e9silience du mod\u00e8le productif marocain ne peut pas d\u00e9pendre uniquement des investisseurs \u00e9trangers. Elle d\u00e9pend aussi de la capacit\u00e9 des investisseurs nationaux \u00e0 entrer dans les secteurs productifs, \u00e0 co-investir, \u00e0 former des joint-ventures, \u00e0 absorber la technologie et \u00e0 d\u00e9velopper progressivement leurs propres capacit\u00e9s industrielles.\u00a0Je comprends bien que certains secteurs de pointe exigent une expertise que tous les investisseurs nationaux ne poss\u00e8dent pas encore. Mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela qu&rsquo;il faut encourager les strat\u00e9gies de partenariat entre investisseurs marocains et \u00e9trangers. Les joint-ventures peuvent devenir un levier de transfert technologique, d&rsquo;apprentissage industriel et d&rsquo;appropriation locale. C&rsquo;est une fa\u00e7on concr\u00e8te de renforcer la r\u00e9silience du Maroc face aux fluctuations des investissements \u00e9trangers. <\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>F. N. H. : Dans dix ans, le Maroc sera-t-il un pays qui aura transform\u00e9 ses IDE en richesse partag\u00e9e, ou un pays qui aura accueilli des capitaux \u00e9trangers sans en retenir suffisamment la valeur ? <\/p>\n<p>A. A. A. : C&rsquo;est une question extr\u00eamement pertinente. La finalit\u00e9 de l&rsquo;attractivit\u00e9 n&rsquo;est pas d&rsquo;attirer les IDE pour eux-m\u00eames. Les IDE sont un moyen, pas une fin. Ils doivent \u00eatre un vecteur de croissance, de cr\u00e9ation de richesse,\u00a0de transfert de savoir-faire et de mont\u00e9e en gamme productive. Ils doivent permettre au pays de franchir de nouveaux paliers de d\u00e9veloppement. Le Maroc a globalement relev\u00e9 le d\u00e9fi de l&rsquo;attraction, m\u00eame s&rsquo;il existe encore un potentiel pour faire mieux. Le d\u00e9fi central, d\u00e9sormais, est de maximiser l&rsquo;impact de ces investissements. Autrement dit, comment faire en sorte que les IDE ne se limitent pas \u00e0 des flux de capitaux, mais deviennent un levier de transformation \u00e9conomique ? Comment retenir davantage de valeur ? Comment int\u00e9grer davantage les PME ? Comment cr\u00e9er plus d&#8217;emplois qualifi\u00e9s ? Comment faire monter les comp\u00e9tences ? Comment renforcer l&rsquo;appropriation technologique ? C&rsquo;est dans ce cadre que je trouve utile de rappeler les enseignements du rapport de la Banque\u00a0mondiale sur la croissance et emploi, et qui a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une pr\u00e9sentation au Policy Center for the New South. <\/p>\n<p>Ce rapport ne parle pas uniquement de croissance au sens macro\u00e9conomique. Il pose une question plus fondamentale : comment transformer les atouts du Maroc en croissance plus forte, plus inclusive et plus cr\u00e9atrice d&#8217;emplois ? Il s&rsquo;inscrit d&rsquo;ailleurs dans la continuit\u00e9 des ambitions du Nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement, qui insiste lui aussi sur la transformation structurelle de l&rsquo;\u00e9conomie, le r\u00f4le moteur de l&rsquo;investissement priv\u00e9 et la n\u00e9cessit\u00e9 de construire une \u00e9conomie productive, cr\u00e9atrice de richesse et d&#8217;emplois de qualit\u00e9. Parmi les leviers mis en avant, quatre me semblent particuli\u00e8rement importants dans le d\u00e9bat sur les IDE. Le premier est l&rsquo;investissement public. Le Maroc a beaucoup investi dans ses infrastructures, et cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminant pour son attractivit\u00e9. Mais l&rsquo;enjeu aujourd&rsquo;hui est de renforcer encore l&rsquo;impact de l&rsquo;investissement public sur l&rsquo;investissement priv\u00e9. <\/p>\n<p>L&rsquo;investissement public doit davantage jouer un r\u00f4le d&rsquo;entra\u00eenement : ouvrir des march\u00e9s, am\u00e9liorer la connectivit\u00e9, r\u00e9duire les co\u00fbts logistiques, faciliter l&rsquo;acc\u00e8s au foncier industriel et soutenir les \u00e9cosyst\u00e8mes productifs. Ce n&rsquo;est pas seulement le volume d&rsquo;investissement public qui compte, mais sa capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer de l&rsquo;investissement priv\u00e9 et de la productivit\u00e9. Le deuxi\u00e8me levier est la concurrence. Une \u00e9conomie plus concurrentielle est une \u00e9conomie o\u00f9 les entreprises performantes peuvent cro\u00eetre, o\u00f9 les nouveaux entrants peuvent acc\u00e9der au march\u00e9 et o\u00f9 les rentes sont progressivement r\u00e9duites. C&rsquo;est essentiel pour que les IDE aient un effet d&rsquo;entra\u00eenement r\u00e9el. Si les march\u00e9s restent insuffisamment concurrentiels, l&rsquo;investissement \u00e9tranger peut coexister avec un tissu local peu dynamique. En revanche, lorsque la concurrence fonctionne mieux, les entreprises locales sont incit\u00e9es \u00e0 monter en qualit\u00e9, \u00e0 innover et \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer dans les\u00a0cha\u00eenes de valeur. Le troisi\u00e8me levier est la formation. Les IDE de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, notamment dans l&rsquo;automobile \u00e9lectrique, les batteries, l&rsquo;a\u00e9ronautique ou les \u00e9nergies renouvelables, exigent des comp\u00e9tences de plus en plus sp\u00e9cialis\u00e9es. Le Maroc ne pourra retenir davantage de valeur que s&rsquo;il dispose d&rsquo;une main-d&rsquo;\u0153uvre form\u00e9e, adaptable et capable d&rsquo;accompagner la mont\u00e9e en gamme industrielle. <\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me levier est l&rsquo;int\u00e9gration des PME. C&rsquo;est un point d\u00e9cisif. Les IDE ne produisent pas le m\u00eame effet selon qu&rsquo;ils s&rsquo;implantent dans un \u00e9cosyst\u00e8me dense ou dans un environnement o\u00f9 les fournisseurs locaux restent faibles. Pour que les IDE deviennent un moteur de richesse partag\u00e9e, il faut que les PME marocaines puissent acc\u00e9der aux cha\u00eenes de valeur, r\u00e9pondre aux standards des grands donneurs d&rsquo;ordre, b\u00e9n\u00e9ficier de transferts de savoir-faire et monter progressivement en comp\u00e9tence. Sans cette int\u00e9gration, l&rsquo;impact des IDE restera partiel. Je reviens ici \u00e0 un point que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, et que je r\u00e9p\u00e8te volontairement : l&rsquo;appropriation de la technologie reste un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9. Je me r\u00e9p\u00e8te, mais c&rsquo;est important. Le transfert technologique ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Il suppose une base locale capable d&rsquo;apprendre, d&rsquo;absorber, d&rsquo;adapter et, \u00e0 terme, de produire par elle-m\u00eame. C&rsquo;est l\u00e0 que se joue la diff\u00e9rence entre un pays qui accueille des capitaux \u00e9trangers et un pays qui transforme ces capitaux en capacit\u00e9s productives nationales. Dans dix ans, le Maroc peut \u00eatre un pays qui aura transform\u00e9 les IDE en richesse partag\u00e9e. Mais cela d\u00e9pendra de sa capacit\u00e9 \u00e0 passer d&rsquo;une logique d&rsquo;attraction \u00e0 une logique d&rsquo;appropriation. Le contexte change, mais la boussole doit rester la m\u00eame : transformer l\u2019attractivit\u00e9 en d\u00e9veloppement durable et partag\u00e9, en agissant sur l\u2019investissement public, la concurrence, la formation, l\u2019int\u00e9gration des PME et l\u2019appropriation de la technologie. Je suis optimiste par conviction, mais vigilant par obligation.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Finances News Hebdo : Le Maroc a enregistr\u00e9 une hausse de 73% des IDE sur quatre ans. 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