{"id":109943,"date":"2026-05-22T12:48:20","date_gmt":"2026-05-22T12:48:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/109943\/"},"modified":"2026-05-22T12:48:20","modified_gmt":"2026-05-22T12:48:20","slug":"lentreprise-laboratoire-de-laudace-africaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/109943\/","title":{"rendered":"L\u2019entreprise, laboratoire de l\u2019audace africaine"},"content":{"rendered":"<p>            <a href=\"https:\/\/mondafrique.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1-1-10.jpeg\" data-caption=\"\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"696\" height=\"996\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1-1-10-696x996.jpeg\"   alt=\"\" title=\"L'audace africaine\"\/><\/a><\/p>\n<p>Dans L\u2019Audace africaine, L\u00e9ontine Atayi Relange pense l\u2019entreprise comme un espace de d\u00e9sali\u00e9nation, d\u2019\u00e9mancipation et de souverainet\u00e9. Loin des vieux clich\u00e9s sur l\u2019entrepreneuriat africain, elle y esquisse une mutation intime, collective et politique du continent.<\/p>\n<p>Une chronique de Paolo Vieira<\/p>\n<p>Publi\u00e9 en 2025, L\u2019Audace africaine commence par d\u00e9jouer les conventions en pr\u00e9sentant d\u2019embl\u00e9e le r\u00f4le de la trajectoire de l\u2019autrice dans la formulation de sa vision. Le mod\u00e8le disruptif qu\u2019offrit la m\u00e8re, la double appartenance \u00e0 l\u2019Afrique et \u00e0 l\u2019Europe et un parcours de professionnelle de l\u2019humain en entreprise entretiennent le dialogue entre les dynamiques globales de l\u2019Afrique et les chemins personnels de la subjectivation. La subjectivation d\u00e9signe le processus par lequel l\u2019individu acquiert une identit\u00e9 qui lui est personnelle. Une d\u00e9marche d\u00e9licate qui demande, comme L\u00e9ontine Atayi Relange l\u2019explique tout au long de son livre, des exercices de d\u00e9sali\u00e9nation, de transformation, de r\u00e9invention et d\u2019\u00e9mancipation. Cette mutation mentale ne plonge pas dans ce que l\u2019on nommait, il y a bien longtemps et \u00e0 tort, l\u2019ajustement culturel de l\u2019Africain. Ainsi, Daniel Etounga Manguelle, dans L\u2019Afrique a-t-elle besoin d\u2019un programme d\u2019ajustement culturel ?, paru en 1991, reliait la stagnation du secteur priv\u00e9 aux obstacles \u00e0 la modernit\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise, extrapol\u00e9e \u00e0 tout le continent.<\/p>\n<p>Sans oser, ou r\u00e9ussir \u00e0 le formuler comme Daniel Etounga Manguelle, l\u2019analyse occidentale de la pratique africaine des activit\u00e9s \u00e9conomiques \u00e9voquait aussi l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me social et imaginaire suppos\u00e9ment d\u00e9favorable \u00e0 l\u2019entrepreneuriat noir. Les sp\u00e9cialistes de l\u2019usine ou les universitaires rassembl\u00e9s sous la houlette de Stephen Ellis et Yves-A. Faur\u00e9 dans Entreprises et entrepreneurs africains \u2014 Paris, Karthala\/ORSTOM, 1995 \u2014 agr\u00e9geaient p\u00eale-m\u00eale la pression communautaire ou familiale, incitant \u00e0 l\u2019abus de biens sociaux, le mythe du chef qui d\u00e9responsabilise les cadres, le temps \u00e9lastique qui nuit \u00e0 la productivit\u00e9, etc. Toutes les entr\u00e9es des contributions de cette somme fastidieuse sont absentes, en 2026, de L\u2019Audace africaine: Afrique subsaharienne, politique industrielle, petites et moyennes entreprises, chefs d\u2019entreprise, entrepreneurship, businessmen, etc.<\/p>\n<p>L\u2019Audace africaine n\u2019a donc rien \u00e0 voir avec l\u2019imaginaire et\/ou le business d\u2019un mode noir de conduite de l\u2019entreprise. Mais ce livre se distingue \u00e9galement de mani\u00e8re radicale des deux p\u00e8res fondateurs de la science du travail rationnel et de la technologie de l\u2019organisation, F. W. Taylor et H. Fayol, souvent r\u00e9unis sous la d\u00e9nomination d\u2019\u00ab \u00e9cole classique \u00bb. Taylor sera pris pour r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fois par L\u00e9nine et Henry Ford. Taylor et Fayol sont tous les deux les champions de l\u2019action organis\u00e9e et de la concentration de la production dans le temps. Ils manifestent une commune aversion pour les \u00ab incapables \u00bb qui ne peuvent ou ne veulent s\u2019adapter aux \u00ab Temps modernes \u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/2.jpeg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"340\" height=\"598\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-153533\"  \/><\/a>L\u00e9ontine Atayi Relange<\/p>\n<p>D\u00e9sali\u00e9ner l\u2019entreprise, r\u00e9inventer le continent<\/p>\n<p>Cit\u00e9s dans le corps du texte, et non en notes de bas de page, Nietzsche, Fanon, Hegel montrent la vis\u00e9e \u00e9mancipatrice de l\u2019autrice de L\u2019Audace africaine. En praticienne de la transformation des entit\u00e9s et des sujets, elle d\u00e9noue les sch\u00e9mas limitants et leurs composantes: croyances, d\u00e9pendances, pr\u00e9jug\u00e9s, pertes de confiance, etc. Cette introspection partag\u00e9e en entreprise permet l\u2019ench\u00e2ssement des sujets individuels dans la strat\u00e9gie continentale africaine de red\u00e9finition des relations avec le reste du monde. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une d\u00e9connexion des autres continents, mais plut\u00f4t de la fabrication d\u2019une autonomie collective et individuelle int\u00e9grant le feedback endog\u00e8ne et exog\u00e8ne. Ambition et audace, avec un impact attendu de cette thermodynamique du sous-syst\u00e8me entrepreneurial: un nouveau contrat social, un leadership souverain et \u00e9thique, des rapports r\u00e9ajust\u00e9s de l\u2019Afrique avec les puissances mondiales, etc.<\/p>\n<p>Cet \u00e9lan lib\u00e9rateur provient de la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9voiler l\u2019aspect historique, voire id\u00e9ologique, de la structure de domination \u2014 h\u00e9ritage invisible de l\u2019esclavage et du colonialisme \u2014 r\u00e9actualis\u00e9e chaque jour pour les Africain(e)s dans ce que l\u2019autrice nomme la servitude involontaire.<\/p>\n<p>D\u2019autant plus qu\u2019\u00e0 travers la sph\u00e8re non \u00e9tatique, on assiste \u00e0 la formulation postcoloniale de la gouvernance, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de dynamiques plurielles d\u2019innovations et de cr\u00e9ativit\u00e9 sociales. De fait, l\u2019\u00e9miettement de nombreuses fonctions sociales de l\u2019\u00c9tat, d\u00fb \u00e0 la pr\u00e9carisation continue des institutions, ne cesse de d\u00e9boucher sur des trajectoires centrifuges \u00e9chappant au seul diktat de l\u2019\u00e9lite au pouvoir. Ainsi l\u2019Afrique adopte, de Dakar \u00e0 Nairobi, la responsabilit\u00e9 sociale des entreprises. Au Nigeria, la RSE est n\u00e9e de la crise des Ogonis dans les ann\u00e9es 1990. Shell et d\u2019autres compagnies p\u00e9troli\u00e8res, op\u00e9rant dans le delta du Niger, ont essay\u00e9 de pr\u00e9server leur r\u00e9putation \u00e0 la suite de la crise, en se pr\u00e9sentant comme des acteurs socialement sensibles. Depuis lors, la RSE est devenue une pratique et une politique courante dans les principaux secteurs de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique nationale. Sa mise en \u0153uvre se traduit principalement par des contributions au d\u00e9veloppement local \u00e0 travers la mise \u00e0 disposition d\u2019infrastructures socio-\u00e9conomiques de base. Dans cette filiation, L\u00e9ontine Atayi Relange n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 rappeler l\u2019exigence de r\u00e9parations adress\u00e9e \u00e0 toutes les entreprises occidentales, de l\u2019\u00e9poque de l\u2019esclavage \u00e0 l\u2019extractivisme actuel, en passant par l\u2019enfer colonial de la spoliation.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de cette nouvelle configuration postcoloniale de l\u2019entreprise, l\u2019ancrage en soi se r\u00e9v\u00e9lerait comme un facteur historique de la m\u00e9tamorphose profonde du continent, encore insuffisamment conceptualis\u00e9 dans l\u2019\u00e9tat actuel de la litt\u00e9rature africaniste. Pour cela, il faut de l\u2019audace, car \u00ab esp\u00e9rer, c\u2019est d\u00e9sirer sans jouir, sans savoir, sans pouvoir \u00bb, \u00e9crit Andr\u00e9 Comte-Sponville. Alors que l\u2019audace rel\u00e8ve de la transgression, de l\u2019anticipation et de l\u2019action, soit la combinaison de la connaissance, de la puissance et de la r\u00e9alisation. On renoue ainsi avec le cadre th\u00e9orique et pratique \u00e9tabli par Walter Rodney dans The Grounding with my Brothers. Rodney demande un engagement actif et novateur \u00e0 l\u2019intellectuel africain et carib\u00e9en. Celui-ci n\u2019est pas enferm\u00e9 dans sa salle de classe et ne se contente pas de quelques articles de presse: il d\u00e9veloppe des espaces d\u2019\u00e9change, et son travail s\u2019ancre dans la communaut\u00e9 comme dans son environnement imm\u00e9diat, physique, historique et culturel. Ce geste de constitution de communaut\u00e9s est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9volutionnaire, car il permet une parole, et in fine une action, \u00e0 partir d\u2019une prise de conscience des individus opprim\u00e9s, et non pas une imposition par le haut de directions en inad\u00e9quation avec les conditions r\u00e9elles de l\u2019\u00e9mancipation dans les organisations et dans la cit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Audace africaine. L\u2019entreprise comme laboratoire d\u2019un continent en action<br \/>L\u00e9ontine Atayi Relange<br \/>Hello \u00c9ditions, 132 pages, 16,90 \u20ac<br \/>D\u00e9cembre 2025<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans L\u2019Audace africaine, L\u00e9ontine Atayi Relange pense l\u2019entreprise comme un espace de d\u00e9sali\u00e9nation, d\u2019\u00e9mancipation et de souverainet\u00e9. 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