{"id":124487,"date":"2026-06-08T13:34:16","date_gmt":"2026-06-08T13:34:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/124487\/"},"modified":"2026-06-08T13:34:16","modified_gmt":"2026-06-08T13:34:16","slug":"peut-il-exister-une-strategie-numerique-africaine-efficace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/124487\/","title":{"rendered":"Peut-il exister une strat\u00e9gie num\u00e9rique \u00ab africaine \u00bb efficace ?"},"content":{"rendered":"<p>[DIGITAL Business Africa \u2013 Avis d\u2019expert] \u2013\u00a0Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, l\u2019expression \u00ab strat\u00e9gie num\u00e9rique africaine \u00bb s\u2019est impos\u00e9e dans les discours institutionnels, les rapports de bailleurs et les sommets internationaux. Elle \u00e9voque une ambition positive : coordonner les politiques num\u00e9riques, r\u00e9duire la fracture technologique et inscrire le continent dans l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique mondiale.\u00a0\u00a0 Mais derri\u00e8re cette formule apparemment mobilisatrice se cache une question rarement pos\u00e9e : de quelle Afrique parle-t-on ? Car parler d\u2019Afrique au singulier rassure, mais simplifie. Et dans le num\u00e9rique, la simplification est souvent le pr\u00e9lude \u00e0 l\u2019\u00e9chec.<\/p>\n<p>Une r\u00e9alit\u00e9 num\u00e9rique profond\u00e9ment fragment\u00e9e<\/p>\n<p>Les chiffres suffisent \u00e0 dissiper l\u2019illusion d\u2019une trajectoire commune\u00a0: en 2024, environ 38 % de la population africaine utilise Internet, contre pr\u00e8s de 68 % \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Autrement dit, plus de 6 Africains sur 10 restent hors ligne, malgr\u00e9 une croissance rapide des infrastructures. Dans certains pays, le taux d\u00e9passe 70 %, tandis que dans d\u2019autres \u2014 notamment en zones rurales ou enclav\u00e9es \u2014 il reste inf\u00e9rieur \u00e0 20 %. Ces \u00e9carts ne sont pas marginaux. Ils refl\u00e8tent des diff\u00e9rences majeures de revenus, de couverture r\u00e9seau, de co\u00fbt de la donn\u00e9e\u2026et de priorit\u00e9s politiques. Parler d\u2019une strat\u00e9gie num\u00e9rique unique pour un continent aussi h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne revient \u00e0 ignorer ces r\u00e9alit\u00e9s structurelles.<\/p>\n<p>Le mythe de l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des usages<\/p>\n<p>M\u00eame l\u00e0 o\u00f9 l\u2019acc\u00e8s existe, les usages diff\u00e8rent radicalement. L\u2019Afrique compte aujourd\u2019hui environ 570 millions d\u2019internautes, dont la grande majorit\u00e9 acc\u00e8de au num\u00e9rique exclusivement via le t\u00e9l\u00e9phone mobile. Cependant, seuls environ 416 millions d\u2019utilisateurs utilisent r\u00e9ellement Internet mobile, ce qui signifie que la couverture ne se traduit pas m\u00e9caniquement par l\u2019adoption. Dans de nombreux territoires : l\u2019usage se limite aux r\u00e9seaux sociaux et \u00e0 la messagerie, l\u2019e-administration (ou e-Gov, Egouv\u2026) reste marginale, les services num\u00e9riques structurants (sant\u00e9, \u00e9ducation, \u00e9nergie, services publics) sont peu accessibles. Une strat\u00e9gie qui ignore cette diversit\u00e9 d\u2019usages confond la connexion et la transformation.<\/p>\n<p>Une strat\u00e9gie sans v\u00e9ritable sujet politique<\/p>\n<p>Toute strat\u00e9gie suppose un acteur capable de d\u00e9cider, de financer et d\u2019arbitrer. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle continentale, ce r\u00f4le est th\u00e9oriquement assum\u00e9 par l\u2019Union africaine. Or celle-ci souffre de trois fragilit\u00e9s majeures : un d\u00e9ficit de l\u00e9gitimit\u00e9 populaire, un pouvoir contraignant tr\u00e8s limit\u00e9 sur les \u00c9tats, une d\u00e9pendance financi\u00e8re partielle vis-\u00e0-vis de partenaires ext\u00e9rieurs, ce qui affaiblit toute pr\u00e9tention \u00e0 la souverainet\u00e9 num\u00e9rique. Peut-on r\u00e9ellement parler de strat\u00e9gie lorsque les moyens, les priorit\u00e9s et l\u2019ex\u00e9cution restent largement nationaux \u2014 voire locaux ?<\/p>\n<p>Le danger tr\u00e8s concret du discours globalisant<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me n\u2019est pas seulement conceptuel. L\u2019id\u00e9e d\u2019une strat\u00e9gie num\u00e9rique africaine produit des effets tr\u00e8s concrets :\u00a0 elle encourage des solutions standardis\u00e9es, souvent import\u00e9es, elle favorise des projets pens\u00e9s pour des moyennes statistiques, pas pour des territoires r\u00e9els, elle invisibilise des innovations locales pourtant efficaces, elle reproduit une logique descendante d\u00e9j\u00e0 connue dans l\u2019aide au d\u00e9veloppement. En voulant penser large, on pense parfois mal.<\/p>\n<p>Pourtant, le num\u00e9rique africain fonctionne\u2026ailleurs<\/p>\n<p>Le paradoxe est l\u00e0 : le num\u00e9rique africain produit d\u00e9j\u00e0 des r\u00e9sultats mesurables, mais pas l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019attend\u00a0:\u00a0 Le secteur du mobile repr\u00e9sente pr\u00e8s de 7,7 % du PIB africain, soit plus de 220 milliards de dollars (dont une proportion non n\u00e9gligeable des profits op\u00e9rateurs est rapatri\u00e9e vers les actionnaires \u00e9trangers). Les services de mobile money comptent des centaines de millions de comptes actifs et ont profond\u00e9ment transform\u00e9 l\u2019inclusion financi\u00e8re, des \u00e9cosyst\u00e8mes locaux \u00e9mergent dans les grandes villes, mais aussi dans des territoires interm\u00e9diaires, port\u00e9s par les usages r\u00e9els plut\u00f4t que par des plans continentaux. Le num\u00e9rique progresse malgr\u00e9 l\u2019absence de strat\u00e9gie unifi\u00e9e, gr\u00e2ce \u00e0 des dynamiques territoriales, pragmatiques et souvent informelles.<\/p>\n<p>Changer de regard : de la strat\u00e9gie unique aux trajectoires multiples<\/p>\n<p>Ce constat invite \u00e0 un d\u00e9placement conceptuel majeur\u00a0:<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de parler d\u2019une strat\u00e9gie num\u00e9rique africaine, il serait plus juste de parler : des strat\u00e9gies num\u00e9riques en Afrique, d\u2019une vision panafricaine aux trajectoires diff\u00e9renci\u00e9es, ou d\u2019un num\u00e9rique construit depuis les territoires.<\/p>\n<p>Comme l\u2019a souvent soulign\u00e9 Achille Mbembe, le d\u00e9fi n\u2019est pas d\u2019imiter des mod\u00e8les globaux, mais de penser depuis les r\u00e9alit\u00e9s africaines elles-m\u00eames. La vraie question n\u2019est donc pas :\u00ab Peut-il exister une strat\u00e9gie num\u00e9rique africaine ? \u00bb,<\/p>\n<p>La vraie question est plut\u00f4t : Avons-nous le courage d\u2019abandonner une fiction confortable\u00a0 pour penser la complexit\u00e9 r\u00e9elle du continent ? Le num\u00e9rique ne fera pas l\u2019unit\u00e9 africaine par d\u00e9cret institutionnel.<\/p>\n<p>Mais pens\u00e9 depuis les territoires, les usages et les besoins concrets, il peut devenir un levier de transformation cr\u00e9dible, mesurable et durable. \u00c0 condition de ne plus demander : quelle strat\u00e9gie pour l\u2019Afrique ? Mais : quelles Afriques, pour quels num\u00e9riques, \u00e0 quelles \u00e9ch\u00e9ances et pour quels peuples ?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.digitalbusiness.africa\/le-conseil-it-en-afrique-sortir-des-mythes-affronter-la-realite\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Par Pierre Ndjop POM<\/a><\/p>\n<p>Conseil en strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement et Transformation Num\u00e9rique<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"[DIGITAL Business Africa \u2013 Avis d\u2019expert] \u2013\u00a0Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, l\u2019expression \u00ab strat\u00e9gie num\u00e9rique africaine \u00bb s\u2019est impos\u00e9e&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":124488,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[4],"tags":[6,3451,41977,6028,38531,1352,4736,416,38534,4042,3109,15748,1785,513,38535],"class_list":["post-124487","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-afrique","tag-afrique","tag-complexite","tag-e-administration","tag-economie-numerique","tag-fracture-technologique","tag-inclusion-financiere","tag-internet-mobile","tag-numerique","tag-pierre-ndjop-pom","tag-souverainete-numerique","tag-strategie","tag-territoires","tag-transformation","tag-union-africaine","tag-usages"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@afrique\/116714750959000097","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/124487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=124487"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/124487\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/124488"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=124487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=124487"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=124487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}