{"id":125544,"date":"2026-06-09T15:37:22","date_gmt":"2026-06-09T15:37:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/125544\/"},"modified":"2026-06-09T15:37:22","modified_gmt":"2026-06-09T15:37:22","slug":"migrants-en-tunisie-la-fable-du-retour-volontaire-nawaat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/125544\/","title":{"rendered":"Migrants en Tunisie\u00a0: La fable du \u00abretour volontaire\u00bb \u2013 Nawaat"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\">Le \u00ab\u00a0retour volontaire\u00a0\u00bb est devenu la formule f\u00e9tiche du discours officiel tunisien. L\u2019expression s\u2019est m\u00eame invit\u00e9e dans l\u2019une des affaires les plus sordides. La semaine derni\u00e8re, une vid\u00e9o relay\u00e9e sur les r\u00e9seaux sociaux montrait des Tunisiens tentant de violer une femme subsaharienne.<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur a r\u00e9agi en d\u00e9non\u00e7ant un complot visant \u00e0 nuire \u00e0 l\u2019image de l\u2019Etat, avant de conclure sa d\u00e9claration en r\u00e9affirmant sa \u00ab\u00a0d\u00e9termination \u00e0 assurer les retours volontaires des migrants irr\u00e9guliers\u00a0\u00bb. La r\u00e9ponse \u00e0 une tentative de viol collectif s\u2019achevait ainsi sur une promesse de d\u00e9parts.<\/p>\n<p>Cette rh\u00e9torique s\u2019inscrit dans une trajectoire politique bien balis\u00e9e. Depuis le discours du pr\u00e9sident Kais Saied en f\u00e9vrier 2023, qualifiant la pr\u00e9sence de migrants subsahariens de menace existentielle pour l\u2019identit\u00e9 tunisienne, les violences, les expulsions et les refoulements vers les fronti\u00e8res d\u00e9sertiques se sont multipli\u00e9s et syst\u00e9matis\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce discours, largement relay\u00e9 et amplifi\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux par des contenus haineux et x\u00e9nophobes, a contribu\u00e9 \u00e0 installer un climat d\u2019hostilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e envers les migrants subsahariens. Contact\u00e9e par Nawaat, l\u2019Union des Ivoiriens en Tunisie (UIT) d\u00e9nonce cette situation et rappelle que la loi tunisienne de 2018 criminalisant la discrimination raciale demeure largement inappliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Des chiffres records<\/p>\n<p>Depuis le lancement du programme en juillet 2025, mis en \u0153uvre avec la participation du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, du Croissant-Rouge tunisien et des autorit\u00e9s locales, environ 4 500 ressortissants d\u2019Afrique subsaharienne auraient regagn\u00e9 leur pays d\u2019origine, selon des sources officielles.<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es sont reprises sans distance critique par de nombreux m\u00e9dias, comme si le qualificatif \u00ab\u00a0volontaire\u00a0\u00bb suffisait \u00e0 en garantir la teneur. Elles s\u2019apparentent davantage \u00e0 une propagande officielle calibr\u00e9e pour apaiser les tensions int\u00e9rieures autour de la maitrise des flux.<\/p>\n<p>L\u2019Organisation internationale pour les migrations (OIM) dispose \u00e9galement d\u2019un programme dit d\u2019\u00ab\u00a0Aide au retour volontaire et \u00e0 la r\u00e9int\u00e9gration (AVRR)\u00a0\u00bb, suppos\u00e9 offrir aux migrants bloqu\u00e9s ou en situation irr\u00e9guli\u00e8re les moyens de rentrer dans leur pays d\u2019origine en toute s\u00e9curit\u00e9. Ce programme inclut le transport (vol) et l\u2019assistance m\u00e9dicale, et pr\u00e9voit dans certains cas un soutien financier ou logistique \u00e0 la r\u00e9int\u00e9gration.<\/p>\n<p>En mars 2025, Kais Saied s\u2019\u00e9tait personnellement charg\u00e9 de faire pression sur l\u2019OIM, l\u2019appelant \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer ces expulsions d\u00e9guis\u00e9es en \u00ab\u00a0retours volontaires\u00a0\u00bb. Insatisfait du chiffre de 1 544 migrants rapatri\u00e9s depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, le pr\u00e9sident tunisien avait jug\u00e9 ce bilan insuffisant, estimant qu\u2019il \u00ab\u00a0aurait pu \u00eatre bien plus \u00e9lev\u00e9\u00a0\u00bb. Dans la m\u00eame d\u00e9claration, il avait somm\u00e9 l\u2019ensemble des organisations concern\u00e9es de redoubler d\u2019efforts pour vider le territoire tunisien de ses migrants irr\u00e9guliers.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/retour-force-1-2000px.jpg\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>18 mai 2026. Mohamed Ali Nafti, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, de la Migration et des Tunisiens \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, a re\u00e7u Azzouz Samri, chef de mission de l\u2019Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Tunisie pour faire le bilan du programme de \u00ab\u00a0retour volontaire\u00a0\u00bb. Fb MAE.<\/p>\n<p>Cette pression a port\u00e9 ses fruits. En 2025, l\u2019OIM a atteint un \u00ab\u00a0record\u00a0\u00bb de 8 853 retours, contre 6 885 en 2024 et 2 558 en 2023. Par ailleurs, re\u00e7u le 18 mai 2026 par le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Mohamed Ali Nafti, le chef de mission de l\u2019OIM en Tunisie, Azouz Samri, a pr\u00e9sent\u00e9 le bilan du programme de retour volontaire et de r\u00e9int\u00e9gration. Depuis son lancement en 2022, celui-ci a permis le retour de 22 377 migrants en situation irr\u00e9guli\u00e8re, dont 2 103 depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2026, tandis qu\u2019environ 400 retours suppl\u00e9mentaires sont en pr\u00e9paration.<\/p>\n<p>Un chiffre pr\u00e9sent\u00e9 comme une performance, voire une r\u00e9ussite, mais qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre questionn\u00e9 : dans quelle mesure ces d\u00e9parts sont-ils r\u00e9ellement \u00ab\u00a0volontaires\u00a0\u00bb lorsqu\u2019ils s\u2019inscrivent dans un contexte de r\u00e9pression, de pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame et de pressions politiques assum\u00e9es ? Nawaat a contact\u00e9 l\u2019OIM pour obtenir des r\u00e9ponses, en vain.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Oek77bO9mts\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Le programme a par ailleurs montr\u00e9 ses limites<\/a> : revenus dans leur pays d\u2019origine, des migrants se sont retrouv\u00e9s rapidement sans ressources et livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. Des associations se sont form\u00e9es pour d\u00e9fendre les droits des personnes retourn\u00e9es dans leurs pays.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"hpspace lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/crime-raciste-feat.jpg\"\/><\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, un second m\u00e9canisme s\u2019est mis en place en 2025, enti\u00e8rement pilot\u00e9 par les autorit\u00e9s tunisiennes, en dehors de tout cadre international. C\u2019est ce second programme, opaque et incontr\u00f4l\u00e9, qui cristallise toutes les inqui\u00e9tudes de l\u2019Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dans un rapport publi\u00e9 r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Ce que le droit international interdit et que la Tunisie pratique<\/p>\n<p>Le cadre juridique international est sans ambigu\u00eft\u00e9. Pour qu\u2019un retour soit qualifi\u00e9 de volontaire, trois conditions cumulatives doivent \u00eatre r\u00e9unies : la libert\u00e9 de choix, sans contrainte physique ni psychologique ; une d\u00e9cision \u00e9clair\u00e9e, fond\u00e9e sur des informations exactes et objectives et la capacit\u00e9 juridique de la personne \u00e0 consentir en connaissance de cause.<\/p>\n<p>Le Pacte mondial sur les migrations impose en outre aux Etats de proc\u00e9der \u00e0 des \u00e9valuations individuelles avant tout processus de retour, et de s\u2019abstenir d\u2019expulsions collectives ou de tout renvoi en violation du principe de non-refoulement.<\/p>\n<p>Les Etats ont \u00e9galement l\u2019obligation de garantir la s\u00e9curit\u00e9 juridique du retour (absence de pers\u00e9cution ou de sanction dans le pays d\u2019origine), la s\u00e9curit\u00e9 physique, et la s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle, impliquant un acc\u00e8s aux moyens de subsistance et aux services essentiels apr\u00e8s le retour.<\/p>\n<p>Pour les enfants, le droit international est encore plus strict : aucun mineur ne peut \u00eatre renvoy\u00e9 dans son pays sans une d\u00e9termination pr\u00e9alable de son int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur. Un parent, tuteur ou fonctionnaire comp\u00e9tent doit l\u2019accompagner tout au long de la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>Or, depuis juin 2024, les proc\u00e9dures d\u2019enregistrement et de d\u00e9termination du statut de r\u00e9fugi\u00e9 par le HCR sont au point mort. Au 31 d\u00e9cembre 2025, 7 929 personnes se trouvaient sous protection internationale dans le pays, dont 5 550 demandeurs d\u2019asile sans d\u00e9cision. Parmi ceux qui n\u2019ont pas pu s\u2019enregistrer, 75 % \u00e9taient originaires de pays couverts par la politique de non-retour du HCR, comme le documente l\u2019OMCT.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/retour-force-2-2000px.jpg\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>24 mars 2026. L\u2019OIM a organis\u00e9 le 4e vol charter de l\u2019ann\u00e9e permettant \u00e0 97 personnes de retourner en Guin\u00e9e. Fb OIM<\/p>\n<p>Dans ce contexte de vide institutionnel total, accepter de monter dans un bus ne constitue pas un choix :c\u2019est une capitulation face \u00e0 l\u2019absence d\u2019alternative.<\/p>\n<p>Des groupes WhatsApp \u00e0 la place des proc\u00e9dures<\/p>\n<p>Depuis juin 2025, des bus quittent r\u00e9guli\u00e8rement le quartier du Lac 0 \u00e0 Tunis, ainsi que Sfax et Sousse. A bord : des hommes, des femmes, des enfants originaires d\u2019Afrique subsaharienne, en route vers des vols commerciaux avec escale en Turquie.<\/p>\n<p>Le programme des autorit\u00e9s tunisiennes ne dispose d\u2019aucun cadre formel rendu public. Il se diffuse via des groupes Facebook et WhatsApp d\u00e9di\u00e9s au \u00ab\u00a0retour volontaire\u00a0\u00bb, parfois forts de plus d\u2019un millier de membres, dont certains, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s par les autorit\u00e9s, promettent des d\u00e9parts en quelques jours.<\/p>\n<p>Comme le note le rapport de l\u2019OMCT, \u00ab\u00a0les informations disponibles via les r\u00e9seaux sociaux peuvent \u00eatre diffus\u00e9es de mani\u00e8re partielle, impr\u00e9cise ou potentiellement trompeuse, limitant la capacit\u00e9 des b\u00e9n\u00e9ficiaires potentiels \u00e0 prendre une d\u00e9cision \u00e9clair\u00e9e, fond\u00e9e sur une compr\u00e9hension approfondie du programme, de ses avantages et des risques qu\u2019il comporte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les personnes concern\u00e9es re\u00e7oivent une aide financi\u00e8re de 100 euros au moment de leur d\u00e9part. Selon plusieurs t\u00e9moignages, l\u2019organisation et la promotion de ces retours s\u2019appuieraient parfois sur des migrants r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s par les autorit\u00e9s pour inciter d\u2019autres personnes en mobilit\u00e9 \u00e0 s\u2019inscrire au programme.<\/p>\n<p>Aucune \u00e9valuation individuelle des risques n\u2019est ainsi conduite. Aucun plan de r\u00e9int\u00e9gration n\u2019est pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Les d\u00e9lais entre l\u2019inscription et le d\u00e9part seraient parfois limit\u00e9s \u00e0 quelques jours, rendant toute v\u00e9rification du consentement r\u00e9el structurellement impossible. Les certificats de naissance et documents d\u2019identit\u00e9 des enfants ne seraient pas syst\u00e9matiquement v\u00e9rifi\u00e9s, faisant planer un risque r\u00e9el de traite d\u2019\u00eatres humains, selon l\u2019OMCT.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"hpspace lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/subsahariennes-enceintes-feat.jpg\"\/><\/p>\n<p>Ce climat d\u2019urgence s\u2019inscrit dans un contexte de terreur g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Les campagnes d\u2019arrestation se multiplient dans les zones \u00e0 forte concentration de migrants. Une tendance particuli\u00e8rement pr\u00e9occupante s\u2019est accentu\u00e9e entre mai et d\u00e9cembre 2025 : la multiplication des arrestations de femmes et d\u2019enfants pour \u00ab\u00a0d\u00e9lit de mendicit\u00e9\u00a0\u00bb dans les centres urbains, cons\u00e9quence directe du d\u00e9mant\u00e8lement des campements informels ayant priv\u00e9 des centaines de personnes de tout abri.<\/p>\n<p>L\u2019Union des Ivoiriens en Tunisie a document\u00e9 des arrestations men\u00e9es au domicile des personnes concern\u00e9es, sur leurs lieux de travail, dans les march\u00e9s et les transports publics. Ces interpellations toucheraient \u00e9galement des migrants en situation r\u00e9guli\u00e8re, dont les documents d\u2019identit\u00e9 (passeports, cartes de s\u00e9jour ou cartes consulaires) seraient parfois ignor\u00e9s, voire d\u00e9truits, par les forces de l\u2019ordre.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"hpspace lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/racism-parlement-feat.jpg\"\/><\/p>\n<p>El Ouardia : le cas qui dit tout<\/p>\n<p>Dans son r\u00e9cent rapport, l\u2019OMCT pr\u00e9sente le centre d\u2019El Ouardia, \u00e0 Tunis, comme l\u2019un des principaux rouages de cette m\u00e9canique d\u2019expulsion d\u00e9guis\u00e9e. R\u00e9ouvert pour d\u00e9tenir des personnes arr\u00eat\u00e9es dans l\u2019espace public, le centre fonctionnerait dans une grande opacit\u00e9.<\/p>\n<p>Les personnes d\u00e9tenues ne seraient pas inform\u00e9es des motifs de leur d\u00e9tention, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un avocat y serait limit\u00e9 et les conditions de vie y seraient particuli\u00e8rement d\u00e9grad\u00e9es, marqu\u00e9es notamment par une alimentation insuffisante, l\u2019insalubrit\u00e9 des locaux et un acc\u00e8s inad\u00e9quat aux soins. L\u2019OMCT rel\u00e8ve \u00e9galement que, depuis novembre 2025, les organisations charg\u00e9es de surveiller les lieux de privation de libert\u00e9 se sont vu refuser l\u2019acc\u00e8s au centre \u00e0 de nombreuses reprises.<\/p>\n<p>Le rapport cite notamment le cas de dix-huit femmes et vingt-quatre enfants arr\u00eat\u00e9s en novembre 2025 puis transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 El Ouardia apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9s pour \u00ab\u00a0d\u00e9lit de mendicit\u00e9\u00a0\u00bb. Selon l\u2019OMCT, leurs t\u00e9l\u00e9phones et leur argent ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s d\u00e8s leur arrestation et ils n\u2019ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 ni d\u2019un acc\u00e8s \u00e0 un avocat ni d\u2019une assistance linguistique par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un interpr\u00e8te.<\/p>\n<p>Parmi les personnes transf\u00e9r\u00e9es au centre d\u2019El Ouardia figuraient huit nourrissons \u00e2g\u00e9s d\u2019un an ou moins, des enfants non accompagn\u00e9s d\u2019environ douze ans, des femmes enceintes ainsi que des femmes victimes de violences sexuelles, dont certaines \u00e9taient tomb\u00e9es enceintes \u00e0 la suite des agressions subies au cours de leur parcours migratoire.<\/p>\n<p>L\u2019organisation rapporte \u00e9galement que plusieurs enfants, s\u00e9par\u00e9s de leurs parents, pr\u00e9sentaient des signes importants de d\u00e9tresse psychologique et \u00e9taient pris en charge de mani\u00e8re informelle par d\u2019autres d\u00e9tenues qui n\u2019\u00e9taient pas leurs m\u00e8res.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/retour-force-3-2000px.jpg\" class=\"center-block img-responsive lazy\"\/><\/p>\n<p>Le 25 f\u00e9vrier 2026. 309 migrants guin\u00e9ens et ivoiriens sont rentr\u00e9s dans leur pays d\u2019origine gr\u00e2ce \u00e0 deux vols charters organis\u00e9s par l\u2019OIM Tunisie. Fb OIM.<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, des documents r\u00e9dig\u00e9s en arabe leur auraient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la signature sans qu\u2019elles en comprennent le contenu. Ce n\u2019est qu\u2019ult\u00e9rieurement qu\u2019elles auraient appris avoir sign\u00e9 leur consentement \u00e0 leur expulsion. L\u2019une des femmes aurait alors menac\u00e9 de se suicider plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre renvoy\u00e9e dans son pays d\u2019origine.<\/p>\n<p>L\u2019OMCT indique qu\u2019une partie du groupe a finalement \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9e le 10 d\u00e9cembre vers le Nigeria et la Sierra Leone. Les personnes concern\u00e9es auraient voyag\u00e9 sans nourriture suffisante ni v\u00eatements ad\u00e9quats jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une organisation humanitaire intervienne lors de leur escale en Turquie.<\/p>\n<p>Parmi les personnes expuls\u00e9es figuraient au moins deux enfants d\u2019environ douze ans, renvoy\u00e9s seuls, sans leurs parents et sans qu\u2019aucune v\u00e9rification n\u2019ait \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e quant \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019un membre de leur famille ou d\u2019un tuteur susceptible de les accueillir \u00e0 leur arriv\u00e9e.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"hpspace lazy\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/afrique\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/femmes-migrantes-racisme-feat.jpg\"\/><\/p>\n<p>Sur le terrain, le pr\u00e9sident de l\u2019UIT, Ferdinand Tohbi, est sans ambigu\u00eft\u00e9. \u00ab\u00a0Nous sommes en pleine crise\u00a0\u00bb, dit-il, d\u00e9crivant une communaut\u00e9 submerg\u00e9e d\u2019appels de compatriotes en d\u00e9tresse. <\/p>\n<p>Au vu de ce qui se passe ici, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un retour forc\u00e9 organis\u00e9 visant les personnes en situation irr\u00e9guli\u00e8re. Aujourd\u2019hui, les gens craignent pour leur s\u00e9curit\u00e9. Ils sont donc contraints de quitter le pays.<\/p>\n<p>Il d\u00e9crit le sort de migrants traqu\u00e9s par la garde nationale et la police alors qu\u2019ils attendaient une travers\u00e9e vers l\u2019Europe. \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019elles sont arr\u00eat\u00e9es, les autorit\u00e9s leur imposent ce retour en le qualifiant de \u201cvolontaire\u201d.\u00a0\u00bb Il signale \u00e9galement que parmi les personnes renvoy\u00e9es figurent des individus qui ne sont pas ivoiriens, mais ont utilis\u00e9 de faux documents pour fuir leur propre pays en guerre, et se retrouvent d\u00e9pos\u00e9s en C\u00f4te d\u2019Ivoire, un pays qui n\u2019est pas le leur.<\/p>\n<p>L\u2019Europe, partenaire silencieux<\/p>\n<p>Pendant ce temps, la M\u00e9diterran\u00e9e continue de faire des morts. Au moins 30 naufrages ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s au large des c\u00f4tes tunisiennes en 2025, causant la mort ou la disparition de 533 personnes, dont 29 enfants.<\/p>\n<p>Un bilan probablement sous-estim\u00e9, souligne l\u2019OMCT. Plus de 12 000 personnes intercept\u00e9es lors de tentatives de travers\u00e9e vers l\u2019Italie ont par ailleurs \u00e9t\u00e9 d\u00e9barqu\u00e9es de force sur les c\u00f4tes tunisiennes.<\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne porte une responsabilit\u00e9 directe dans ce tableau. Le m\u00e9morandum d\u2019entente sign\u00e9 en 2023 entre Bruxelles et Tunis, pr\u00e9sent\u00e9 comme un partenariat global, a en pratique transform\u00e9 la Tunisie en gendarme externalis\u00e9 des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes, sans m\u00e9canismes contraignants de respect des droits humains. En \u00e9change d\u2019un soutien financier et politique, les autorit\u00e9s tunisiennes ont intensifi\u00e9 les interceptions en mer et les refoulements, avec la b\u00e9n\u00e9diction tacite de Bruxelles.<\/p>\n<p>L\u2019Europe a simultan\u00e9ment r\u00e9duit ses propres engagements en mati\u00e8re de r\u00e9installation. Son plan adopt\u00e9 en d\u00e9cembre 2025 ne pr\u00e9voit que 10 430 places pour 2026 et 2027, soit une baisse de 83 % par rapport aux engagements pris pour la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente. En Tunisie, seules 72 personnes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9install\u00e9es dans un pays tiers entre mai et d\u00e9cembre 2025, pour un quota annuel de 235 places \u00e0 peine utilis\u00e9 au tiers.<\/p>\n<p>Les bus continuent ainsi de partir. Les chiffres continuent de grimper. Les communiqu\u00e9s continuent de parler de \u00ab\u00a0d\u00e9part volontaire\u00a0\u00bb. Mais tant qu\u2019un migrant pr\u00e9f\u00e9rera quitter un pays par peur plut\u00f4t que par choix, le mot \u00ab\u00a0retour\u00a0\u00bb restera un euph\u00e9misme, et le mot \u00ab\u00a0volontaire\u00a0\u00bb, une fiction.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le \u00ab\u00a0retour volontaire\u00a0\u00bb est devenu la formule f\u00e9tiche du discours officiel tunisien. 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